‹ De l'existence de Dieu: Lettres sur la religion. Discours pour le sacre de l'électeur de CologneChapitre 140 sur 165 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Nécessité d'une autorité visible pour réunir et fixer tons les esprits.

Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous fasse sentir combien les hommes les plus éclairés ont besoin d'humilier leur esprit sous une autorité visible. Les mystères nous sont proposés pour dompter notre raison et pour la sacrifier à la suprême rai son de Dieu. La religion n'est qu'humilité; on n'est digne de la trouver, on ne la pratique même qu'autant qu'on s'abaisse intérieurement , qu'on reconnolt sa foibtesse , et qu'on croit sans comprendre. Quand on entre dans le détait des points contestés, on voit d'abord que nos frères séparés de nous ont voulu justifier leur séparation en nous imputant des erreurs et des idolâtries dont nous sommes infiniment éloignés. Ce détail démontre l'injustice du schisme et la nécessité de se réunir. Mais, de plus, il faut toujours revenir au point principal; c'est celui d'une autorité visible qui parte et qui décide, pour soumettre, pour réunir et pour fixer tous les esprits dans une même explication des saintes Écritures : autrement ce livre divin, qui nous a été donné pour nous humilier, ne serviroit qu'à nourrir notre vaine curiosité, notre présomption, la jalousie de nos opinions et l'ardeur des disputes scandaleuses. Il n'y auroit qu'un seul texte des saintes Écritures; mais il y auroit autant de manières de les expliquer, autant de religions &ue de tètes. Que diroit-on d'une

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république qui auroit des lois écrites, mais où tous les particuliers seroient libres de s'élever au-dessus des décisions des magistrats sur la police? Chacun, le livre des lois en main, voudrait corriger les jugements des magistrats, et on disputerait au lieu d'obéir, et pendant la dispute, le livre des lois, loin de réunir et de soumettre les esprits, serait lui-même le jouet des vaines subtilités de tous les citoyens. Une telle république serait dans l'état le plus ridicule et le plus déplorable.

Mais comment peut-on croire que 'Jésus-Christ, ce divin législateur de l'Église, Tait abandonnée à ce désordre, que le moins prudent de tous les hommes n'aurait pas manqué de prévoir et de prévenir? Il faut donc une autorité .qui vive, qui parle, qui décide, qui explique le texte sacré, et qui soumette tous ceux qui veulent l'expliquer à leur mode : quand on est présomptueux, on supporte impatiemment le joug de cette autorité; mais dès qu'on le secoue, on tombe dans la licence monstrueuse des opinions, dans la multitude honteuse des religions opposées, et enfin dans cette indifférence entre les sectes qui dégénère en irréligion dans les nations du Nord.

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