LETTRE III
Nécessité d'écouter l'Église : plus on travaille à se réformer soi-même,
moins on veut réformer l'Église.
On ne peut être plus touché, M..., que je le suis de la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous ne sauriez désavouer que Dieu frappe à la porte de votre cœur, il vous fait sentir qu'il ne doit jamais y avoirqu'une seule Église, qu'elle a les promesses de son époux, qu'en vertu de ces promesses elle nous enseigne toute vérité nécessaire au sahit, et
qu'elle nous préserve de toute erreur qui nous exclurait du royaume céleste. Il n'y a plus qu'à écouter, qu'à suivre cette Église partout où elle sera, sans crainte de s'égarer. C'est en nous écoutant nous-mêmes par curiosité, par présomption, par goût de critique et d'indépendance, que nous tombons dans l'illusion. La séparation est contré l'ordre établi par Jésus- Christ. Voyez les sociétés séparées; elles se vantoient de se séparer pour réformer le culte et pour purifier la religion. Qu'ont -elles fait, après tant de disputes scandaleuses et de guerres sanglantes? Elles ont réduit presque tout le Nord à l'incertitude, à l'indifférence, et enfin à l'irréligion. Les branches séparées se sèchent et tombent : la tige que Ton croyoit morte reverdit; elle porte des fruits abondants.
Si vous voulez une sérieuse réforme, ne la commencez point au dehors, comme les protestants, par une critique acre et hautaine; tournez-la contre vous-même; humiliez-vous profondément; défiez- vous de vosfoibles lumières; travaillez à mourir à vos goûts naturels; n'écoutez point les délicatesses de votre amour-propre; rabaissez votre cœur noble, fier et élevé; ne comptez point sur votre courage. Voulez-vous trouver Dieu? rentrez souvent au dedans de vous en silence pour l'y écouter : faites taire votre imagination, pour vous occuper de la présence de Dieu, pour lui demander l'accomplissement de vos devoirs et la correction de vos défauts. Oh ! l'heureuse et solide réforme ! plus vous vous réformerez ainsi, moins vous voudrez réformer l'Église. Si le véritable esprit de prière entre dans votre cœur et parvient à le posséder, vous trouverez le trésor enfoui dans la terre, vous goûterez la manne cachée : vous ne craindrez plus que de n'être pas pauvre avec votre époux; vous serez incapable de craindre jamais de manquer des vrais biens avec lui; vous sentirez sa toute-puissance, son amour infini sans cesse occupé de vos besoins. Si vous ne voulez pas m'en croire, essayez-le ; vous le verrez. Ne manquez point à Dieu, il ne vous manquera jamais. Je prie le Maître d'agir et au dedans et au dehors, pour vous procurer tout dans les bornes du nécessaire.
Vous ne serez jamais si riche que quand vous renoncerez aux richesses superflues pour votre salut. Vous ne serez jamais tant honoré que quand vous aurez fait ce sacrifice. Vous n'aurez que la gloire à craindre en cet état.