I. Ephet., v
pourvue de ce qui est nécessaire pour garder quelque subordination dans toute société réglée, je veux dire un chef visible qui soit le premier de tous les pasteurs, qui préside parmi eux, et qui soit le centre de l'unité catholique, en sorte que tous les membres demeurent unis et subordonnés à ce chef. C'est le successeur de saint Pierre, remplissant sa chaire à Rome, que je reconnois pour être ce pasteur principal, suivant cette parole de Jésus-Christ : « Tu es Pierre, et c'est sur cette pierre que j'édifierai mon Église 1 .» Je sais que toute la sainte antiquité a regardé ces paroles non comme bornées à la personne de saint Pierre, qui devoit mourir bientôt, mais comme étendues à ses successeurs, qui doivent perpétuer cet ordre si nécessaire, et servir de pierre fondamentale pour l'unité jusqu'à la un des siècles.
VU. Je crois que quand on aperçoit des abus, des superstitions et des scandales dans cette Église, on doit se souvenir que cette Église naissante même n'étoit pas exempte de cet inconvénient; que les sectes qui ont prétendu établir la réforme souffrent tous les jours l'ignorance, les abus grossiers, les vices contagieux, et qu'elles tolèrent les erreurs les plus énormes sur la religion tt faut, selon la parole de Jésus-Christ, laisser croître le mauvais grain avec le bon, de peur qu'on n'arrache le bon et le mauvais* il faut souffrir l'un pour conserver l'autre jusqu'à la moisson. Souvent une critique âpre et hautaine, un zèle amer, une prévention contre l'Église, nous grossit les objets. Il falloit demeurer en esprit de paix et de charité dans le sein de l'ancienne Église, pour lui aider à faire une réforme modérée. Quand on se sépare d'elle, on veut la combattre et non la réformer. La réforme la plus pressée est celle de corriger la présomption des réformateurs, qui veulent être les juges de l'Église et de l'Écriture pai leurs propres sens, pour corriger tout à leur mode. Pour moi, je ne veux me mêler que de la réforme de ma personne, pour m' humilier et me corriger de mes défauts. Je laisse à l'Église le
t. Matth., xvi, 18.
soin de réformer les abus dont je ne suis pas responsable; je comprends même qu'elle ne peut le faire que peu à peu, et qu'elle est toujours à recommencer.
VIII. Je ne saurois craindre aucun reproche de Jésus-Christ au jour de son jugement pour avoir pris avec une religieuse simplicité, selon la tradition de l'Église, les paroles avec lesquelles le Sauveur a institué l'eucharistie. Que Luther fasse dire à Jésus-Christ : « Ceci est du pain où mon corps se trouve ca ché ; » que Calvin lui fasse dire : « Ceci est la propre substance de mon corps, qu'on recevra, quoiqu'elle n'y soit point, et que ce ne soit que du pain ; » que Zuingle lui fasse dire : « Ce n'est point mon corps, et ce n'en est que la figure ; » pour moi, je ne veux rien faire dire à Jésus-Christ, et je me borne à croire que ceci, c'est-à-dire ce qui étoit du pain, n'est plus ce qu'il étoit, et que la parole toute-puissante du Fils de Dieu, qui fait ce qu'elle dit, a changé la substance de ce pain en celle du corps de Jésus-Christ rompu sur la croix, et de son sang répandu pour notre salut. Les dons de l'amour de Dieu sont réels. Comme le Fils a pris par son incarnation une chair réelle et non en figure, de même il nous a donné réellement et non en simple figure cette même chair dans l'eucharistie. La loi nouvelle réalise les dons qui n'étoient qu'en figure dans l'ancienne loi. C'est ainsi que l'eucharistie est plus précieuse et plus salutaire même qui ce pain miraculeux qu'on nomme la manne.
IX. Luther peut donner une contorsion aux paroles de Jésus- Christ pour lui faire dire : « Ceci contiendra mon corps au seul moment où vous le mangerez ; » pour moi, je ne veux point restreindre les paroles générales et absolues du Sauveur. Il a dit, sans restriction : a Ceci est mon corps ; » qu'on le mange ou qu'on ne le mange point, sa parole demeure vraie à la lettre. Qu'y a-t-il de plus odieux que d'attaquer l'ancienne Église, de lui faire un crime d'avoir pris religieusement et à la lettre les paroles de Jésus-Christ dans l'institution de ce sacrement?
X. L'Église naissante, qui accomplissoit les prophéties pour la gloire et pour le règne de Jésus-Christ, donnoit l'eucharistie aux
petits enfants sous la seule espèce du vin; elle la donnoit souvent aux absents pendant les persécutions, et aux mourants sous la seule espèce du pain. Faut-il s'en étonner? Les protestants, qui n'admettent dans l'eucharistie que du pain figure du corps, et que du vin figure du sang de Jésus-Christ, peuvent souffrir avec impatience qu'on ne leur laisse que Tune des deux Cgures, et qu'on les prive de l'autre ; c'est retrancher la moitié des figures et du sacrement qu'elles composent. Mais cette sainte antiquité, qui avoit, comme les catholiques de nos jours, des idées de réalité sur ce mystère, ne craignoit point de donner indifféremment l'eucharistie sous les deux espèces ou sous l'une des deux seulement. Jésus-Christ, « ressuscité d'entre les morts, ne meurt plus, » dit l'Apôtre ' ; son corps immortel ne peut plus être séparé de son sang. La séparation des deux espèces n'est faite que pour représenter dans le sacrifice la séparation violente qui fut faite de cette chair et de ce sang pour nous sur la croix. D'ailleurs, nous savons que la chair, maintenant inséparable du sang, est avec lui sous l'espèce du pain, et que le sang, inséparable de la chair, est avec elle sous l'espèce du vin. Pouvonsnous craindre d'être privés de quelque fruit du sacrement, quand nous recevons sous une seule espèce Jésus-Christ tout entier, lui qui est l'unique source de toutes les grâces ? Que craignonsnous, puisque nous imitons l'Église naissante, qui accomplissoit si glorieusement les promesses de son époux ?
XI. Je crois que l'oblation et la manducation de Jésus-Christ dans l'eucharistie est un vrai, propre et propitiatoire sacrifice. J'entends l'Apôtre qui dit : « Nous avons un autel, duquel n'ont pas le pouvoir de manger ceux qui servent encore au tabernacle judaïque *. » Voilà un autel et une victime que l'on mange sous la loi nouvelle. Il est vrai que c'est précisément la même victime qui a été immolée sur la Groix ; il est vrai que c'est la même unique oblation par laquelle la victime se présente à jamais à