‹ De l'existence et de l'institut des Jésuites (volume 2)Chapitre 2 sur 5 · LES EXEKCICES SPIRITUELS EN USAGE DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LES EXEKCICES SPIRITUELS EN USAGE DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Le livre des Exercices spirituels est un manuel de retraite, une méthode de méditation, et en même temps un recueil de pensées et de préceptes propres à diriger l'âme dans le travail de la sanctification intérieure et dans le choix d'un état de vie. Ce livre n'est pas fait pour être lu, mais pour être mis en pratique; aussi ne peut- on ré^'llement l'appiécier avec quelque justice qu'après avoir passé par l'école de l'expérience.

Ces religieux Exercices ont été naguère étrangement défigurés; on s'est complètement mépris sur le sens, le but et l'économie des enseignements qu'ils contiennent; je rendrai à tout cela son véritable caractère.

Le livre des Exercices spirituels (i) est l'ouvrage d'un soldat, non moins étranger aux sciences humaines qu'aux études sacrées. Ignace de Loyola est blessé au siège de Pampelune en 162 i. Dans l'état d'inaction forcée où l'a réduit sa blessure, il demande à ceux qui l'entourent des romans pour se distraire. Il y avait peu de livres sans doute dans le manoir de ses pères ; on lui apporte la vie de Jésus-Christ et des Saints ; il la lit. Son âme en est touchée; une vive lumière brille à ses regards ; il quitte le château paternel. Pèlerin et mendiant volontaire, le guerrier converti veut une solitude où il puisse librement, loin du commerce des hommes, étudier et sonder son âme en conversant avec Dieu. La grotte de Manrèze lui sert d'asile. Là, parmi les rigueurs de la pénitence, s'armant du courage persévérant de la prière, il lutte et il cherche. Il subit des épreuves cruelles qui bouleversent tout

(t) Exercilia spirilualia.—Inslitulum Societatis Jesu, 2 vol. infol, ; PragoR, 1757, t. 2, p. 384.— C'est la meilleure édition de l'Inslitut, et celle que je citerai toujours.

son être. Pâl«, exténué par les macérations, prosterné sous la cendre et le cilice, il semble anéanti. Une main puissante le relève et le conduit au grand jour des illustrations divines, jusque dans les régions les plus élevées de la charité apostolique.

Alors, retournant pour ainsi dire en arrière et comptant tous ses pas, Ignace mesura la carrière parcourue ; il constata un admirable enchaînement de vérités et de luttes intérieures qui épurent l'âme, qui la placent en présence de la volonté divine, trop souvent méconnue, et la rendent à Dieu généreuse et dévouée.

Ignace à Manrèze, après en avoir éprouvé la vertu pour lui-même, pensa qu'il serait utile de retracer pour les autres la suite de ces vérités et l'économie de ces voies : c'est ainsi que fut composé le livre des Exercices spirituels.

Ces Exercices ne sont pas notre Institut ; ils ne font pas même, à proprement parler, partie de nos règles; mais, j'en conviens, ils en sont l'anie et comme la source. Oui, les exercices ont créé la Société; ils la maintiennent, la conservent et la vivifient; ils sont destinés à former en nous le chrétien généreux. Plus tard les constitutions font le Jésuite; les missions le mettent à l'œuvre; les doctrines le guident et l'inspirent. ;

Je sens que je vais nécessairemeat parler une langue étrangère pour un grand nombre. J'ai à exposer le travail intérieur de la régénération véritable; j'ai à raconter cette transformation d'une âme qui passe du monde à Dieu, et qui se revêt d'une vie surnaturelle malgré l'entraînement des inclinations de la nature.

Non seulement j'ai lu, mais j'ai pratiqué ce livre desExercices, Depuis vingt et un ans il est sous mes yeux ; il fut, il est encore le trésor de ma vie ; je l'étudié, je le médite sans cesse avec bonheur, avec amour; j'ai fait, ce livre à la main, les exercices qu'il indique.

Je ne pourrais exprimer ce qu'ils m'apportèrent de lumière, de liberté, de paix intérieure. Je ne me flatte pas cependant de posséder la science cachée dans ce petit livre; j'ai encore besoin , pour l'acquérir, de méditations prolongées et recueillies (i), et je ne m'étonne assurément pas qu'il ait été le livre inconnu et fermé pour plusieurs.

(1) s. Ignace désira que son livre fût scrupuleusement examiné à Rome. Le pape Paul il[ nomma des censeurs. Après un double examen et un double rapport, le 51 juillet 1548, il publia la bulle Pastoralis officii. On y lit, entre autres : « Ayant reconnu que ces enseignements et ces exercices sont remplis de piété et de sainteté, très utiles et très salutaires pour l'édification et l'avancement spirituel des fldèles... De notre scieace certaine, et par l'aulorilé

Ce furent ces exercices suivis et médités ayec constance qui donnèrent à l'Eglise saint Charles Borromée, saint François-Xavier, saint François de Borgia et une foule d'autres. Saint François de Sales, dont la piété ne doit pas faire oublier le génie, disait de ce livre qu'il avait sauvé autant d'âmes qu'il renfermait de lettres.

J'adjure les hommes du monde sérieux et réfléchis, et même les autres, de lire attentivement la rapide analyse que je vais en faire. Ils y trouveront, j'ose le croire, quelque chose qui va bien aux intelligences élevées et aux cœurs généreux.

Le livre des Exercices est partagé en quatre semaines : je suivrai cet ordre.

pontificale, en vertu des présentes, nous approuvons, louons et confirmons lesdils exercices et tout leur contenu. »

» Nos igitur qui Exercitia et docuraenta hujusmodi... pielate ac sanclitale plcna et ad oediricalionem et spirilualein profcclum fldelium vaMe utillaet salubria esse et forecomperimus... Documenta et Exercitia prœdicla ac omnia et singula in eis contenta, auctoritate iiraedicla, tenore praescnlium, ex certa scientia nostra approbamus, c()il-iud;mius .ic praB'^enlis scripli patrocinio communimus.» Insliluluin Sociclatis Jcsu, t. -2, p. 5S7.

Je ne sache ims (]u'il y ail d'autre excni|)le d'un livre aussi forluellement approuvé par une bulle des souverains Pontifes.

Première »eniaiue des Exercices.

Le sujet des méditations, leur distribution dans le cours d'une journée, les avis et les pensées qui doivent diriger les divers exercices : voilà ce qui arrêtera d'abord notre attention.

Les graves souvenirs de la foi s'emparent d'une

âme : cela arrive encore, grâce au ciel ; la lumière

de Dieu n'est pas éteinte dans le monde; elle

va quelquefois chercher ceux qui l'attendent le

moins.

Un homme faisait fausse route dans la vie ; il

s'égarait dans des voies tortueuses à travers les folles opinions et les passions désordonnées. L'ambition, les vives affections de la jeunesse, peut-être le succès lui ont prodigué toutes leurs jouissances; il les a épuisées. Triste maintenant, il s'assied au bord du chemin, comme le voyageur las et déçu.

Tout à coup il sent le besoin de trouver quelque chose de meilleur, de s'élancer au devant de ce bien-être dont l'absence le désole. Il cherche Dieu; il voudrait le ressaisir, se placer près de lui afin de relever son âme abattue et de calmer les

angoisses qu'elle éprouve en présence des redoutables jugements de la conscience.

Pressé d'un indéfinissable désir, il brise ses liens. A l'une de ces heures que Dieu connaît et marque du sceau de ses attentions infinies, disciple nouveau du repentir, il s'enfuit dans la solitude où le Seigneur l'appelle pour parler à son cœur. Durant un temps il a résolu de vivre inconnu, caché, loin de ces illusions qui le fascinèrent, loin de ce tumulte qui l'étourdit. Noble effort ! généreuse entreprise ! car rien n'est difficile comme de s'arracher à l'agitation, au bruit et à toutes ces puissantes entraves qu'on déplore et qu'on aime !

Aussi le début est-il pénible : mais bientôt on sent que le bonheur commence, qu'après tant de fluctuations cruelles on a cessé d'être ballotté : c'est l'orage qui a jeté dans le port. On sent aussi qu'on vient de trouver l'ami nécessaire, l'ami désintéressé qui manquait, le père d'une nouvelle existence : on entend la voix de Dieu dans le prêtre éclairé qui conseille et qui dirige. C'est lui qui apprend à manier les armes spirituelles des Exercices, qui les distribue à propos pour les combats qui se préparent.

Le généreux transfuge va donc poser sa tente dans la solitude pour trente jours, et accomplir la

grande œuvre des exercices qui régénèrent et transforment : comme tant d'autres avant lui, il va renaître à la vie pure, forte et dévouée.

La lui de l'entreprise est du reste proposée sans détour : je lis en titre : « Exercices spirituels pour apprendre à se vaincre soi-même et pour régler à Cavenir tout l'ensemble de sa vie, sans prendre conseil d'aucune affection désordonnée. »

Je me souviens encore de l'impression que produisirent sur moi ces paroles, quand je les lus pour la première fois ; j'y vis tous les engagements de mon avenir. But immense, me disais-je, vue généreuse d'une philosophie supérieure qui s'applique à fonder dans une âme le souverain empire de la vérité, de la grâce et de la vertu !

Vient ensuite le cours de cet apprentissage intérieur et spirituel qui remplit quatre semaines, Mais il faut bien le comprendre, et c'est ce qui échappe aisément à une lecture superficielle : toutes ces formes nécessaires d'examen, de méditation, de contemplation, de prière vocale ou mentale, et les autres opérations qu'on nomme Exercices spirituels^ sont des mouvements pieux et réguliers qui doivent acheminer l'âme vers le grand but; et ce

(1) Lxercilia.— Inslilut. Soc. J., I. 2, p. 393.

but, je le répète, c'est d'arracher toutes les mauvaises passions qui ont troublé et déshon -ré la vie, et de marquer à chacun l'état qui lui convient en ce monde pour l'accomplissement libre des éternelles destinées (i). Et ce sera faire alors un noble ouvrage : ce sera replacer la créature dans toute la dignité véritable qui peut lui appartenir ici-bas.

Dans ce dessein si digne des réflexions et des efforts d'un chrétien et d'un sage, S. Ignace pose d'abord le principe de tout bien moral. L'iiomme est créé de Dieu pour Dieu : roi de l'univers, dans tout ce qui est sujet à son empire, il ne doit ambitionner et choisir que des appuis pour s'élever jusqu'à Dieu et atteindre sa fin sublime. Toutes les créatures qui l'environnent et le servent lui-même n'ont pas d'autre destination à remplir. Il faut donc ici appeler à son aide toute l'énergie de la volonté, tous les élans de la prière, pour demander, pour conquérir ces moyens salutaires (2).

Plus j'avance, plus je m'aperçois que je parle un langage qui conviendi ait mieux aux enseignements de la chaire. Mais puisqu'on a voulu marquer du sceau du ridicule ce livre des Exercices, il faut bien

(I) Exercilia.— Annot. prima.— Iiislitut. Soc, (. t', p. yjo, (:2)lbid.,395.

que je dise ce qui s*y trouve de sérieux et d'élevé.

L'âme ainsi replacée par un violent et généreux effort sous la loi éternelle de tendance vers Dieu; l'âme désormais soumise et dévouée, comme il est juste, aux volontés du Créateur, doit entreprendre un grand combat.

Un mal ennemi, un tyran nous opprime, celui qui asservit le premier homme, qui ravage encore l'humanité : le péché, scission volontaire entre la créature et son auteur par l'infraction des lois divines; révolte funeste, qui entraînant l'âme loin de la majesté et de la beauté infinie, dégrade et souille ses plus nobles facultés.

Pour briser ce joug, et aussi pour expier le trop long règne du mal, l'athlète des Exercices spirituels s'armera de son humiliation même et de ses plus douloureux souvenirs. Le flambeau des justices divines à la main, il descendra dans les profondeurs de sa conscience ; il parcourra d'un regard scrutateur les traces honteuses imprimées par l'iniquité sur tout son être dans le cours des années écoulées. Il viendra soulever, pour ainsi dire, les unes après les autres, et peser au poids du sanctuaire les puissances avilies de son âme (i).

(1) Exercilium... secuûdum (res animae polçntias. — iQStUul. Soc. t. 2, p. 596.

C'est ce que S. Ignace a nommé dans son livre VExercice des trois puissances de l'âme, ou la méditation proprement dite. La mémoire, l'intelligence, la volonté ont successivement leur fonction et leur dçvoir à remplir; en sorte que tout l'être spirituel et moral de l'homme soit replacé dans la sainteté et la Justice de la vérité, comme parle S. Paul.

L'âme commence h considérer dans de rapides préludes les traits hideux du mal qui doivent exciter le vifbesoin de la réparation pénitente. Puis la réflexion patiente, semblable à la charrue qui laboure un champ, exerce tour à tour chacune des facultés par la vue sévère des caractères et des châtiments d'un mal qu'on méconnut longtemps, par l'action des motifs impérieux qui nous pressent de le haïr et de le déplorer.

Telle est la méditation de S. Ignace (i), comme elle se trouve dans le livre des Exercices.

Elle se fait le jour, elle se fait la nuit. Elle partage régulièrement le cours des heures, et laisse au repos ou au loisir silencieux les intervalles nécessaires. Ce mystérieux combat, quand on l'accepte l)lcinement, demande une constante énergie: ce-

(i) Exercilia. — lnslilut., tjoc. t. 2, p. 39'.

pendant un sage et intelligent régulateur veille près du combattant; il consulte et ménage la mesure des forces. L'action intérieure et les fatigues des exercices ne doivent jamais la dépasser, on le conçoit. •

Dans les limites d'une juste discrétion, S. Ignace veut donc qu'au milieu de la nuit, comme autrefois les illustres pénitents du désert , le solitaire des Exercices soit appelé du sommeil à la lutte. Sous la religieuse impression de l'obscurité et du silence le plus profond, une heure s'écoule lentement dans le travail de la pensée et des affections qui pressurent et purifient l'âme. Heureuse nuit que celle qui s'ajoute ainsi aux jours les mieux remplis ! Elle portera des fruits abondants d : lumière et de paix.

Le matin, au second réveil, la première heure qui nous rend à nous-mêmes doit nous rendre à Dieu et aux lois austères de la méditation. Deux autres heures dans le courant du jour doivent mûrir encore les pensées et faire croître les sentiments de la nuit et du matin.

Ce labeur est aimé : je me souviens cependant qu'il appelle quelquefois la fin du jour; la fin du jour tarde quelquefois à venir. C'est que la vie de l'esprit fatigue la chair. Et pourtant, le soir venu,

on est content; on sent que la journée a été bonne, et on se repose dans la joie de la conscience.

Il va sans dire que la loi qui préside à tout dans le cours des exercices, c'est la belle loi de la solitude et du silence ; elle doit être toujours religieusement gardée : (i) la solitude et le silence, ces deux grandes choses qui touchent de si près à Difeu, qui semblent nous donner quelque idée de la nature même divine , et nous plonger plus avant dans son immensité pour y retremper nos âmes amollies ! La solitude est la patrie des forts , le silence leur prière. Là Dieu parle et agit en eux ; il les enfante aux généreux desseins , aux énergiques entreprises.

L'homme captif de la chair et du sang a horreur de la solitude et du silence ; les hommes du monde le savent, et combien de fois ne m'en ont-ils pas fait l'aveu? Ce que leur pèse la solitude, ils le sentent; c'est qu'ils y retrouvent Dieu ; c'est qu'ils s'y retrouvent eux-mêmes, et leur vie entière est un long effort pour y échapper. Je raconte ici ce que j'ai vu trop de fois : déplorables faiblesses de l'àme pour lesquelles le souvenir de ma délivrance m'inspire un plus profond et plus tendre intérêt.

(1) Ibid., aQUOt. 20*, p. 395; addil. 7», 8^o^ Inslilut. Soc. I. t>, p. 400.

-sa-

Seconde semaine.

Telle est donc la phase première des Exercices. J'en résume ici les faits.

Déjà l'âme, placée par la méditation sous le regard de Dieu a été fortement exercée au milieu des travaux, des pensées et des douleurs qui purifient et qui réparent; elle a conçu une horreur profonde du mal qui la dégrada et un juste mépris d'elle-même et du monde. C'est un pas immense qui a été fait (i).

Alors Jésus -Christ se présente à ses regards comme un roi vaillant et glorieux ; et pendant tous les jours de la semaine qui commence, ce divin Sauveur, les mystères de sa vie seront l'objet que le livre des Exercices offrira constamment à la méditation.

Jésus-Christ apparaît donc d'abord sous le voile d'une parabole militaire qui rappelle le guerrier et l'apôtre. S. Ignace fut l'un et l'autre; et l'on méconnaît complètement son esprit, si l'on ne

(1) Excrcilia.— S""' exerc, i. heb.— Institul. Soc, t. 2, p. 399.

sait pas voir dans ses Exercices et ses Constitutions la forte union de ces deux caractères. L'apôtre de la Compagnie de Jésus doit apporter dans les combats où son Dieu l'appelle la discipline, la franchise et l'abnégation militaire. Le jésuite est soldat, et c'est peut-être pour cela quenous rencontrons de si vives et de si généreuses sympathies dans les rangs de ces guerriers sans peur, mais aussi sans reproche, qui conservent, avec la piété magnanime des preux, l'antique héritage de la valeur française.

On se persuade trop souvent que la piété affaiblit les courages ;• non, non, elle le fortifie, elle les exalte, et la foi a des méditations où les plus nobles images de la vie du soldat se présentent au cœur qui s'en nourrit.

Jésus-Christ, ce divin héros, et comme le nomme quelque part Bossuet, ce divin capitaine, apparaît sous la figure d'un roi marchant à la conquêle des régions infidèles, et demandant dos soldats courageux qui se dévouent à suivre ses traces et à partager ses fatijïues. Celui qui recule quand Jésus- Christ appelle est un lâche, dit S. lpi:icc [i),ig?îaviis miles œslimandus.

(1) lixercilia. — Conleniplaiio rogni Jesu Chrisli, îasUliil, Soe^'., l. 2, p. 4(it>.

Maintenant le livre des Exercices veut que l'âme solitaire , durant les heures consacrées â la méditation, se tienne constamment placée près du modèle divin. Tous les adorables mystères de la carrière évangéliquc se déroulent successivement à ses regards. Ces mystères devront être pour elle comme s'ils étaient actuellement présents, (i)

S. %nace veut qu'on se recueille assez profondément par le secours de la prière, pour s'isoler quelques instants de toute la vaine fantasmagorie du monde, et s'établir dans le sein même des réalités divines toutes viyantes.

• En effet (et cette observation que je fais ici explique non seulement le secret et la puissance des ^a^^rcices de S. Ignace, mais encore nous révèle l'économie et la raison delà liturgie et des fêtes sacrées du christianisme ;) les faits de l'homme-Dieu opèrent toujours la rédempticm du mon îe ; ce ne sont pas simplement des souvenirs et des histoires du passé; leur vérité, leuT puissance infinie vit et dure, prête à guérir, prête à régénérer en tout temps l'âme docile.

On n'a pas compris ces choses. Des hommes

(1) Exercltia. — .Institul. Soc, t. 2, p. 405.

étrangers à ces voies intérieures et à leur langage n'y ont tu qu'un triste et froid mécanisme, propre seulement à arrêter l'élan de l'inspiration religieuse. Ah !que n'ont-ils éprouvé, comme il me fut donné de l'éprouver un jour, tout ce qu'au milieu de cette économie salutaire des Exercices, l'àme ressent de sainte et généreuse liberté.

A ce jour bienheureux, je sentis que je n'étais plus asservi à un funeste et tyrannique arbitraire; je retrouvais l'onctiorl et la lumière divine de la grâce dans l'ordre qui m'était tracé; j'avais enfin un guide pour le grand voyage. C'est lui, c'est le ministre de Jésus- Christ dont l'expérience paternelle tempère, modifie au besoin la forme, la nature des exercices et leur durée suivant les dispositions et lesf Tces; car l'âme est toujours gouvernée, mais seulement pour être mieux remise entre les mains de son conseil sous l'action divine : et l'on n'a pas voulu comprendre que si des règles, des méthodes sont tracées, elles sont le moyen, non le but ; qu'elles n'enchaînent pas, mais qu'elles aident et dirigent.

L'àmen'en demeure pasmoinslibresouslàmain de Dieu.. Saliberté se fortifie, s'élève, et ceux qui se plaignent du joug qu'on luiimposc, ncYcient pas que c'est uniquement la digue pour n€ pas tomber dans les flots du torrent: car se précipiter parmi les profon-

deiirsdes choses divines, s'aventurer dans les vastes déserts de la contemplation sans règle, sans appui, pour ne suivre que l'élan spontané et le caprice de l'inspiratioti, c'est accepter tous les dangers des illusions extrêmes et des plus désastreuses folies, (i)

Election ou choix d'un état de vie.

11 ne faut pas croire que le livre des Exercices ait été fait pour occuper saintement les loisirs de l'esprit. C'est surlout pour se décider et pour agir. Ce nVst pas seulement pour réparer le passé, c'est pour fixer l'avenir , c'est poui' décider le temps et l'éternité. Ce n'est pas un pur délassement contemplatif. Le guerrier de Pampelune qui avait emprunté au métier des armes plus d'une idée, en a tsanspoité une ici : les soldats ne font Vexcrcice (\}i(t pour se préparer à la guerre.

Yoilà pourquoi au milieu de la sainte carrière une

(1) Exercilia. — Addit., 4». — Notaiid. 5""' ii"^ heLd. — Colloq. de incarn. — Aunot., 15^, iTs is^ — Inslitul. Soc, l. 2, p, 400, 404, 408, Ô92.

— .)/ grave délibcralioiidoit s'ouvrir, en picsciicc des divins exemples de Jésus-Christ, ({ui fixent le b au idéal de la perfiction pour tous, etpourceuxquisont appelés à la vie d'apoîre, et pour ceux qui sont appelés à la vie du monde et de famille ; c'est le temps arrivé de ce que le livre des Exercices nomme l'élection, c'est à dire le choix d'un état de vie. L'âme libre encore doit donc mûrement considérer quel genre de vie il lui convient d'embrasser en vue de la gloire de Dieu et del'éternel avenir. Elle considère fidèlement le divin Rédempteur; elle s'interroge et prie toujours.

Telle est cette grande affaire du choix d'un état de vie; c'est le centre des Exercices, c'est le foyer où tout vient aboutir, et le nœud puissant auquel se rattachent nos espérances et nos destinées.

Que d'existences aventureuses et manquées dans le monde! Que l'histoire en serait longue et triste !

Non , elles ne furent point délibéréeset choisies aux pieds du souverain maître de la vie, à la source des religieuses pensées. Ah! si comJ)atissant pour soi-même et généreux envers le Créateur, on daignait arracher au tourbillon qui emporte, quelques heures et quelques journéfis recueillies , avant de courir tête baissée dans les fonctions si diverses de l'ordre social ;

si, jeune encore, on n'acceptait une détermination . de son avenir qu'en présence de celui qui prodigua son sang et sa vie pour le salut de tous ; alors on comprendrait la haute mission de tout chrétien , de tout homme éclairé dans ce monde : magistrat, guerrier, homme d'état, père, époux, littérateur , savant , pontife , prêtre ou religieux , on marcherait sous l'étendard de la foi , prudent et dévoué pour remédier aux maux , pour accroître les biens communs : et ce serait le chiistianisme réalisé à sa plus haute puissance pour le bonheur de l'humanité ; mais on ne sait plus guère ni délibérer , ni choisir , ni prier , et la désolation couvre la terre.

Ce fut à la vue de cette indifférence lamentable de la plupart des hommes que S. Ignace résolut de placer au centre des Exercices cette délibération décisive. Et pour mieux y parvenir, il demande à ceux qui se font ses disciples de réaliser ce qu'il accomplit lui-même, et de faire la méditation que lui inspira dans la grotte de Manrèze le souvenir récent de la carrière des armes et des brillantes espérances qu'elle lui offrait.

11 y a là devant vous deux camps, deux étendards , deux chefs, deux armées , deux esprits. Satan, le prince du monde apparaît dans Babylone. Le bruit, l'agitation, le trouble, un faux éclat l'en-

vironnent. Sur son drapeau, en traits enflammés, sont gravés ces mots ; Richesse , honneur^ orgueil. Et il ordonne à ses ministres de faire partout brilkr l'éclat de ses promesses , et d'établir au loin l'empire de ses puissantes illusions. Jésus , assis dans une humble plaine, auprès de Jérusalem, offre à tous les regards la toucliante et divine image de la paix et de la douceur. On lit sur son étendard : Pauvreté, opprobres], kwniiité Noble et courageuse devise ; et Jésus- Christ demande à ses soldats d'en propager au loin la puissance et les bienfaits. Il faut donc choisir ; saint Ignace , dans le calme constant qui n'abandonne jamais ses en* geignements, avertit qu'il faut prier, conjurer instamment Marie , pour qu'elle nous range et nous retienne sous la bannière de son fils. Ensuite on devra choisir. C'est ce qu'on nomme la méditation des deux étendards. D'un côté s'offrent les jouissances qui donnent la mort , de l'autre les sacrifices qui apportent la vie (i).

Une plainte douloureuse s'échappe souvent de ma conscience : pourquoi de jeunes courages n'osent-ils presque jamais affronter dans le silence de

(1) ExercUia.— Institut., Soc. t. 2, p, 406 et 407,

- /lO — la retraite le combat des affections et des pensées, afin de co quérir la sécurité, le bonheur que donne seule une vocation divine connue et embrassée, quelle qu'elle soit? Et je dirai toujours : Si le monde est agité par tant d'inquiétudes, par tant de tiraillements en sens contraire , c'est parceque beaucoup de natures fortes et ardentes ne sont point à la place que la Providence leur avait marquée. Et qui donc se recueille en son cœur pour chercher à la connaître?

Mais les Exercices réservent pour ce moment un magnifique spectacle. Ils nous présentent le plus noble et le plus bel usage de la liberté humaine : c'est la situation la plus élevée pour l'homme ; rien n'est plus solennel dans une existence, et Dieu lui-même n'a pas eu de but plus divin. C'est le but même de la création. Dieu ne place jamais une âme ici-bas sans décider qu'il y aura pour elle un moment qui la verra faire bien ou faire mal la grande option. Et quand cela se fait bien, c'est la plus sublime prérogative exercée; c'est l'élection de Dieu par la créature.

L'âme donc à ce moment des Exercices est placée dans la vive présence de Jesus-Christ et de son Evangile , en présence de la un suprême de tout homme voyageur ici-bas , en présence de

tous les états et de tous les moyens lé^'itimes. Elle est libre, soumise néanmoins au travail intérieur d une double action et d'influences ennemies. Que de troubles quelquefois et de violents orages! que de combats et d'alternatives! c'est comme une mer agitée ; les flots montent, les flots baissent. Un balancement immense comme le balancement d'un monde se fait sentir. Et l'âme est réellement entre deux mondes, entre deux éternités.

C'est chose admirable d'observer comment Ignace dans son invincible assurance conduit son disciple à travers tous les écueils et l'établit dans un port tranquille.

L'action de l'esprit de Dieu est diverse : tantôt c'est l'aigle qui fond et qui enlève, tantôt c'est la colombe qui se repose et charme doucement.

Une grâce puissante vient-elle saisir et terrasser Saul persécuteur sur le chemin de Damas ; il n'y a plus guère de délibération possible ; « Paul, hier Saul, lève-toi; va porter mon nom devant les nations. » L'âme obéit.

L'action divine par des attraits doux et constants incline-t-elle vers un choix clairement montré; on avance dans le calme, ce sera un avenir béni du Seigneur.

Mais ces signes privilégiés n'apparaissent-ils pas dans leur indubitable éclat; la raison éclairée de la foi devra remplir alors sa fonction la plus haute et sa mission la plus auguste sur la terre.

Quand l'âme est tranquille , qu'elle possède en paix toutes ses puissances , elle balancera > elle pèsera les motifs opposés , consultant Dieu dans la prière. Elle se placera sur le lit de mort, aux pieds du souverain Juge; ou bien près d'un inconnu qui, rencontré pour la première fois dans la vie, exposerait ses doutes, demanderait la solution, appellerait tout le désintéressement du plus libre conseil.

La lumière se fait ainsi; le choix se détermine; il immole sur l'autel du sacrifice toutes les répugnances de la nature. Jésus -Christ a vaincu, et le disciple fidèle, vainqueur avec lui , chante et célèbre son triomphe en dévouant au Seigneur ses forces, ses travaux et sa vie tout entière (i), ou dans l'apostolat du monde ou dans la milice consacrée.

O Dieu! je vous bénis et vous rends grâces : c'est ainsi que vous avez fixé ma vie et assuré pour jamais ma bienheureuse existence.

(1) Exercitia.— Institut. Soc, t., 2. p. 407-410.

Troisième et f|uatrièine semaine.

La grande œuvre de l'élection est accomplie; la vie est fixée. Mais ce qu'il faut bien remarquer, et ce que S. Ignace n'avait garde d'oublier, c'est que quelque état qu'on ait embrassé, la croix, la croix et ses épreuves doivent être contemplées dans leur réalité la plus vive et la plus présente. Rien n'est jdIus nécessaire ni plus sage. Quel temps , quel lieu , quel état furent jamais exempts de souffrances ? Les croix sont partout; quand on les fuit on les trouve. Les plus heureux sont ceux qui les embrassent. La terre n'est-elle pas une immense Calvaire? 11 faut savoir comme le fils de Dieu, se réduire par obéissance à l'état de mort volontaire, pour ressusciter, pour vivre de sa vie, pour agir, parler en son nom avec puissance (i) , pour se dévouer à sa suite dans la carrière élue, à tous les travaux de rabnégàtioû , de la mortifica-

(l)Ibi(l., t.2,p. 410-414.

- u — tion et de l'apostolat. Et alors que resle-t-il? Vue seule cho-;e, qui comprend et résume tous les exercices, qui assure et féconde l'avenir créé par leur vertu : l'amour divin.

La philosophie a bien peu la conscience de la dignité de sa mission parmi les hommes, quand elle néglige dans ses hautes spéculations de se joindre à la foi pour célébrer le devoir, la puissance et le bonheur de l'amour de Dieu.

Les plus grands génies du paganisme l'avaient au moins pressenti : Socrate et Platon voulaient qu'on s'attachât à ce qu'ils appellent to xaXôv, qui signifie tout ensemble le beau et le bon^ c'est à dire le -parfait. Platon exprime admirablement la grandeur et l'héroïsme de cet amour, quand il fait dire à Socrate dans son festin « qu'il y a quelque chose « de divin dans celui qui aime — que l'amour en « fait un Dieu par la vertu.... que ceux qui ai- 8 ment veulent seuls mourir pour un autre. » (i)

La philosophie profondément chrétienne de Leib-

nitz renferme sur ce point une sublime doctrine :

« Ces pensées sont excellentes, dit-il en parlant de

(1) Fénèlon.— Témoignage des païens sur le pur amour.— OEu vres complètes, 1. 18, p. 3-22, Paris, Lebel, 1823.

« la Providence, que Dieu est un père commun; « et cette idée nous doit moins effrayer que celle « d'un monde orphelin, abandonné au hasard, (i)

« S'il y en a qui jugent autrement, tant pis

« pour eux ; ce sont des mécontents dans l'état du t plus grand et du meilleur de tous les monarques, « et ils ont tort de ne point profiter des échantil- « Ions qu'il leur a donnés de sa sagesse et de sa « bonté infinies, pour se faire connaître non seu- Œ lement admirable, mais encore aimable au-delà « de toutes choses. » (2)

Enfin, dans la préface du même ouvrage, voulant établir les fondements de la solide dévotion, Leibnitz rappelle que Jésus-Christ vint apporter la loi d'amour, et il en donne les véritables caractères: « L'amour est cette affection qui nous fait trouver « du plaisir dans les perfections de ce qu'on aime; « et il n'y a rien de plus parfait que Dieu, rien qui « doive charmer davantage. Pour l'aimer, il sulïit « d'envisager ses perfections; ce qui est aisé parce- « que nous trouvons en nous leurs idées. Les per- « fections de Dieu sont celles de nos âmes; mais il

(1) Pensées de Leibnilz,t. 1, p. iîoS; Paris, 185:, {-2) Ibid., p. iiCi.

« les possède sans bornes, il est un oeéan dont nous

« n'avons reçu que des gouttes L'ordre, les

« proportions, l'harmonie nous enchantent

a Dieu est tout ordre il fait l'harmonie univer-

« selle ; toute la beauté est un épanehement de ses « rayons. » (i)

Je n'ai pas besoin de citer Fénélon, dont le génie éminemment philosophique et la tendre piété surent parler si bien la langue du pur et noble amour de Dieu. (2)

Le soldat élevé tout à coup dans la grotte de Manrèze à la plus haute philosophie, à celle de la sainteté , n'avait garde d'omettre cette dernière consommation et ce couronnement 'des vertus par la divine charité. Il indique, suivant son usage, plutôt qu'il ne développe ; il ouvre une riche veine, raconte quelques faits, et livre l'âme à ses pensées.

Mais quelle ébauche sublime duns cette contemplation finale pour obtenir l'amour ! (3)

Deux principes féconds et pratiques sont posés : l'amour consiste d'ans les œuvres ; l'amour consiste dans la communication réciproque des biens. Dieu

(1) Pensées de Leibnilz, t. 2, p. 338 et 539.

(2) Fénélon.— Sur le pur amour, 1. 18. p. 307; Paris, Lebel, 1823.

(3) Exercitia.— Institut. Soc. t, 2, p. 414 et 4i5.

même va nous servir de régulateur et de mesura. Ct qu-e Dieu fait, ce qu'il nous donne, nous devons nous elïurœr de le faii'e et de le donner pour lui : c'est justice.

L'âme se transporte au milieu des anges , afin de mieux contempler avec eux ce que le Seigneur, dans son amour pour l'homme, lui prodigue d'inépuisables richesses.

« Je vous rends, ô mon Dieu, je vous consacra « et vous livre par un juste retour tout ce que je « suis, tout ce que j'ai : ma liberté, mes souvenirs, « ma pensée, mes affections; car vous m'ay«z tout « donné. •

Dieu vit. Dieu habite dans les créatures; il vit et habile en moi ; il crée en moi sans cesse la yie, le sentiment , l'intelligence; il m'a fait son temple auguste où brille sa divine iu:)age; je vivrai donc de sa vie et ]e vivrai pour lui, uni sans cesse à son immensité toujours pré&ente.

Dieu opère, il travaille pour moi dans toutes les créatures; sa main s'ouvre, et par son action il remplit de ses bienfaits tout ce qui respire. Donc je travaillerai, j'agirai à mon tour, je dépenserai toutes mes forces pour Dieu, et ce sera la correspondance lc{^itime de l'amour.

La carrière est finie ; trente jours sont écoulés ;

l'homme est prêt : les Exercices Font transformé ; il faudra cependant qu'il persévère , qu'il croisse, qu'il se dévoue dans le divin amour, qu'il combatte et se renonce toujours lui-même, (i)

Tel est le livre des Exercices. On connaît maintenant la pensée qui l'inspira, le but où il tend, les moyens qu'il indique pour y parvenir.

J'ai dit, j'ai raconté, et n'ai point fait une œuvre de polémique. On risque tant de perdre la charité dans ces luttes de la parole! Mais quelque empire que je veuille garder sur moi-même, je ne puis ôter ici à mon cœur de s'épancher. Il faut que je le droit dise combien il s'est douloureusement serré, quand j'ai vu un livre, pour moi si cher et si vénéré, exposé naguère aux risées du monde sous un indigne travestissement.

Pour le calomnier, on a tout confondu, tout altéré ; on a voulu y reconnaître l'extase réduite en système, l' enthousiasme des choses divines changé en mécanisme abrutissant pour faire sortir de toutes les épreuves ïautomate chrétien et Yinstrument servile de la peur.

On vient de lire la réponse.

Cet admirable livre n'est qu esprit et vie. S. Ignace

(1) Kxcrciliii.— Insliful. Soc, I. 2, p. 410.

y exprima sa propre histoire ; et la grotte de Manrèze, témoin de ses luttes intérieures et de ses courageux triomphes, ne pouvait lui inspirer d'autre pensée que de tracer des voies sûres pour correspondre fidèlement à la grâce, pour s'unir à la force, à la vérité divine, pour passer à la noble liberté des enfants de Dieu.

Mais ce qui offusque le jugement de certains hommes en cette circonstance comme en beaucoup d'autres, c'est l'universelle erreur du temps où nous sommes, de ne voir l'enthousiasme que là où il se manifeste par des écarts, de placer le triomphe de la volonté dans l'étalago de ses prétentions orgueilleuses, de ne constater enfin la liberté humaine que par l'abus qu'elle fait d'elle-même.

Notre point de vue à nou.^, celui de l'Evangile, celui de S. Ignace, est tout autre: nous croyons que l'enthousiasmi^ en se réglant, s'épure et se relève de toute la distance qui sépare le ciel de la terre : nous croyons que la volonté de l'homme, en se renonçant et se soumettant à la volonté de Dieu, remporte la plus belle de ses victoires : nous croyons que la liberté ne témoigne jamais plus hautement et plus dignement ce qu'elle peut faire qu'en apprenant à obéir.

Tout est là cfitiT nos contradicteurs et nous

۔3iiFITBB II,

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