‹ De l'existence et de l'institut des Jésuites (volume 3)Chapitre 5 sur 17 · IV. — Trois>>iènie et CitoatrièHie ^eanaiiies · texte numérisé non relu

IV. — Trois>>iènie et CitoatrièHie ^eanaiiies

La grande œuvre de l'élection est accomplie ; la vie est fixée. Mais ce qu'il faut bien remarquer, et ce que S. Ignace ne pouvait oublier, c'est que quelque état qu'on ait embrassé, la croix, la croix et ses épreuves doivent être contemplées dans leur réalité la plus vive et la plus présente. Rien n'est plus nécessaire ni plus sage. Ouel temps, quel lieu, quel état furent jamais exempts de souffrances? Les croix sont partout; quand on les fuit, on les trouve. Les plus heureux sont ceux qui les embrassent. La terre n'est-elle pas une immense Calvaire ? Il faut savoir, comme le fils de Dieu, se réduire par obéissance à l'état de mort volontaire, pour ressusciter, pour vivre de sa vie, pour agir, parler en son nom avec puissance, pour se dévouer à sa suite dans la carrière élue, à tous les travaux de l'abnégation, de la mortification et de l'apostolat (2). Et alors que reste-t-il? Une seule chose, qui com-

(i) Exercilia. — Iiislit. Soc, t. 2, p. Zi07-/il0. (2) Ibid., l. 2, p. AlO-414.

prend et résume tous les exercices, qui assure et féconde l'avenir créé par leur vertu : Tamour divin.

La philosophie a bien peu la conscience de la dignité de sa mission parmi les hommes, quand elle néglige dans ses hautes spéculations de se joindre h la foi pour célébrer le devoir, la puissance et le bonheur de l'amour de

Dieu.

Les plus grands génies du paganisme l'avaient au moins pressenti : Socrate et Platon voulaient qu'on s'attachât à ce qu'ils appellent t6 -/Sj.o-j, qui signifie tout ensemble le beau et le bon, c'est à dire le peu-fait. Platon exprime admirablement la grandeur et l'héroïsme de cet amour, quand il fait dire à Socrate dans son festin « qu'il y a

« quelque chose de divin dans celui qui aime que l'a-

« mour en fait un Dieu par la vertu que ceux qui ai-

« ment veulent seuls mourir pour un autre. » (1)

La philosophie profondément chrétienne de Leibnilz renferme sur ce point une sublime doctrine : « Ces pence sées sont excellentes, dit-il en parlant de la Providence, « que Dieu est un père commun ; et celte idée nous doit « moins eflrayer que celle d'un monde orphelin, aban-

(( donné au hasard. (2) S'il y cîi a qui jugent au-

« tremeni, tant pis pour eux ; ce sont des mécontents « dans l'état du plus grand et du meilleui- de tous les mo- « narques, et ils ont tort de ne point proilter des échaiî- « tillons qu'il leur a donnés de sa sagesse et de sa bonté «' inOnies, pour se faire connaître non seulement admira- « ble, mais encore aimable au-delà de toutes choses. » (3)

(1) Fénélon. — Témoignage des païens sur le pur amour. — OEuvres complètes, t. 18, p, 322, Paris, Lebel, 1&23.

(2) Pensées de Leibnitz, t. 1, p. 252; Paris, 1823.

(3) Ibid., p.2(Ji

Enlin, voulant établir les fondemcnis de la solide dévotion, Leibnitz rappelle que Jésus-Christ vint apporter la loi d'amour, et il en donne les véritables caractères : « L'amour est cette affection qui nous fait trouver du « plaisir dans les perfections de ce qu'on aime ; et il n'y « a rien de plus parfait que Dieu, rien qui doive charmer « davantage. Pour l'aimer, il suffit d'envisager ses per- « fections; ce qui est aisé parceque nous trouvons en « nous leurs idées. Les perfections de Dieu sont celles « de nos âmes ; mais il les possède sans bornes, il est

« un océan dont nous n'avons reçu que des gouttes

«L'ordre, les pro|)ortions , l'harmonie nous enchan-

« tent...... Dieu est tout ordre Il fait l'harmonie

« universelle; toute la beauté est un épanchement de ses « rayons. » (1)

Je n'ai pas besoin de citer Fénélon, dont le génie éminemment philosophique et la tendre piété surent parler si bien la langue du pur et noble amour de Dieu. (2)

Le soldat élevé tout à coup dans la grotte de Manrèze à la plus haute philosophie, à celle de la sainteté, n'avait garde d'omettre cette dernière consommation et ce couronnement des vertus par la divine charité. Il indique, suivant son usage, plutôt qu'il ne développe; il ouvre une riche veine, raconte quelques faits, et livre l'âme à ses pensées.

Mais quelle ébauche sublime dans cette contemplation finale pour obtenir l'amour î (o) Deux principes féconds et pratiques sont posés : l'a-

(1) Pensées de Leibnitz, t. 2, p. 338 et 339.

(2) Fénélon. — Sur le pur amour, t. 18, p. 307; Paris, lebel, 1823.

(3) Exercitia. — Inslit. Soc, t. 2, p. hih et A15.

mour consiste dans les œuvres; l'amour consiste dans la communication réciproque des biens. Dieu même va nous servir de régulateur et de mesure. Ce que Dieu fait, ce qu'il nous donne, nous devons nous efïorcer de le faire et de le donner pour lui : c'est justice.

L'âme se transporte au milieu des anges, afin de mieux contempler avec eux ce que le Seigneur, dans son amour pom- riiomme, lui prodigue d'inépuisables richesses.

« Je vous rends, ô mon Dieu, je vous consacre et vous « livre par un juste retour tout ce que je suis, tout ce « que j'ai : ma liberté, mes souvenirs, ma pensée, mes « affections; car vous m'avez tout donné. »

Dieu vit. Dieu habite dans les créatures ; il vit et habite en moi ; il crée en moi sans cesse la vie, le sentiment, l'intelligence ; il m'a fait son temple auguste où brille sa divine image ; je vivrai donc de sa vie, et je vivrai pour lui, uni sans cesse à son immensité toujoiu-s présente. Dieu opère, il travaille pour moi dans toutes les créatures ; sa main s'ouvre, et par son action il remplit de ses bienfaits tout ce qui respire. Je travaillerai donc, j'agirai à mon tour, je dépenserai toutes mes forces pour Dieu, et ce sera la correspondance légitime de l'amour. La carrière est finie ; trente jours sont écoulés ; l'homme est prêt ; les Exercices l'ont transformé : il faudra cependant qu'il persévère, qu'il croisse, qu'il se dévoue dans le divin amour, qu'il combatte et se renonce toujours lui-même. (1)

Tel est le livre des Exercices. On connaît maintenant la pensée qui l'inspira, le but où il tend, les moyens qu'il indique pour y parvenir.

J'ai dit, j'ai raconté, et n'ai point fait une œuvre de

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