‹ De l'existence et de l'institut des Jésuites (volume 4)Chapitre 2 sur 13 · LU EXERCICES SPIRITUELS EN TSAGE DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LU EXERCICES SPIRITUELS EN TSAGE DANS LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Le livre des Exercices spirituels est un maauel de retraite, une méthode de méditation, et en même temps on recueil de pensées et de préceptes propres à diriger l^me dans le travail de la sanctification intérieure et dans le choix d'un état de vie. Ce livre n'est pas fait pour être hi, mais pour être mis en pratique ; aussi ne peut-9P réellement l'apprécier avec quelque justice qu'après avoir passé par l'école de l'expérience.

Ces religieux Exercices ont été naguère étrangement défififurés : on s'est complètement mépris sur le sens, le hot et l'économie des enseignements qu'ils contiennent; je rendrai à tout cela son véritable caractère.

Le livre des Exercices spirituels (1) est l'ouvrage d'un soldat, non moins étranger aux sciences humaines qn^aux études sacrées quand jl le composa.

(1) Exercitia spiritualia, — Institutum Societatis Jesu, 2 vol. in-foL; Pragae, 1757, t. 2, p. 38^. Cestla meilleure édition de fltistîtttt, et cette que Je citerai toujours.

Ignacc de Loyola est blessé au siège de Pampetone en 1521. Dans rétat d'inaction forcée où Pa réduit sa blessore, il demande à ceux qui Fentourent des romans pour se distraire. Il y avait peu de livres sans doute dans le manoir de ses pères ; on lui apporte la vie de Jésus-Ghrist et des Saints : il la lit Son âme en est touchée; une vive lumière brille à ses regards : il quitte le château ÎMitemel. Pèlerin et mendiant volontaire, le guerrier converti veut une solitude où il puisse librement, loin du commerce des hommes, étudier et sonder son âme en conversant avec Dieu. La grotte de Manrèze lui sert d*asfle. lit, parmi les rigueurs de la pénitence, s'armant du courage persévérant de la prière, il lutte et il cherche. Il subit des épreuves cruelles qui bouleversent tout son être. Pâle, exténué par les macérations, prosterné sous la cendre et le dlice, il semble anéanti. Une main puissante le relève et le conduit au grand jour des illustrations divines. Jusque dans les régions les plus élevées de la dhârité apostolique.

Alors, retournant pour ainsi dire en arrière et comptant tous ses pas, Ignace mesura la carrière parcourue; il constata un admirable enchatnement de vérités et de hittes intérieures qui épurent l*âme, qui la placent en présence de la volonté divine trop souvent méconnue, et la rendent à Dieu généreuse et dévouée.

Ignace à Manrèze, après en avoir éprouvé la vertu pour lui-même, pensa quUl serait utile de retracer pour les autres la suite de ces vérités et Téconomie de ces voies: c'est ainsi que fut composé le livre des Exe^xices spirituels.

Ces Exercices ne sont pas notre Institut; ils ne font pas même, à proprement parler, partie de nos règles; mais, j'en conviens, ils en sont Tâme et comme la source. Oui, les exercices ont créé la Société : ils la maintiennent,

Ja eoDsenFeiit et la vivifient; ib sont destinés à former en noos le chrétien généreux. Plus tard les constitutions font le Jésuite; les missions le mettent à Tœuvre; les doctrines le guident et rinq[)irent.

Je sens que je Tais nécessairement parler une langue étrangère pour un grand nombre. Tai à exposer le tra- TaO intérieur de la r^énération véritable; j'ai à raconter cette transformation d'une âme qui passe du monde à Dieu, et qui se revêt d'une vie surnaturelle malgré l'entralnement des inclinations de la nature.

Non seulement j'ai lu, mais j'ai pratiqué ce livre des Exercices. Depuis vingt et un ans il est sous mes yeux; n fut, il est encore le trésor de ma vie ; je l'étudié, je le médite sans cesse avec bonheur, avec amour; j'ai fait, ce livre à la main, les exercices qu'il indique.

Je ne pourrais exprimer ce qu'ils m'apportèrent de lumière, de liberté, de paix intérieure. Je ne me flatte pas cependant de posséder la science cachée dans ce petit Mvre : (1) j'ai encore besoin, pour l'acquérir, de méditadons prolongées et recueillies , et je ne m'étonne assuré- Ci) s. Ignace désira que son livre fût scrupuleusement examiné à Rome. Le pape Paul III nomma des censeurs. Après un double examen et un double rapport, le Si juillet 1548, il publia la bulle Pastoralis officiù On y lit ces paroles : « Ayant reconnu que ces enseignements et ces exercices sont remplis de piété et de sainteté, très utiles et très salutaires pour Tédificatioii et ravancement spirituel des fidèles... De notre science certaine et par Tautorité pontificale, en yertu des présentes, nous approuvons, louons et confinnons lesdits exercices et tout leur contenu. >

9 Nos igitur qui Exercitia et documenta hujusmodi... pietate ac sanctitate plena et ad xdificationem et spiritualem profectum fidelium valde utilia et salubria esse et fore comperimus... Do-

ment pas qn^B sdt été le Urré inconnu et fermé pènr piasienrs*

Ge forent ces exercices soîvis et médités ayec constance qui donnèrent à rÉgiîse S. Charles Borromée, S. François Xavier, S. François de Borgia et rnie foule d*autres. S, François de Sales, dont la piété ne doit pas faire oublier le génie, disait de ce livre qnll avait sauvé autant drames qu*il renfermait de lettres.

J*adjure les hommes du monde sérieux et réfléchis, et même les autre?, de lire attentivement la rapide analyse que je vais en faire. Ils y trouveront, j'ose le croire, quelque chose qui va bien aux intelligences élevées et aux cœurs généreux.

Le livre des Exercices est partagé en quatre semaines : je suivrai cet ordre.

!• — Première sematne.diHS Exerelees*

Le sujet des méditations, leur distribution dans le cours d'une journée, les avis et les pensées qui doivent diriger les divers exercices ; voilà ce qui arrêtera d'abord notre attention.

Les gi*aveç souvenirs de la foi s'emparent d'une âme : cela arrive encore, grâce au ciel; la lumière de Dieu n'est pas éteinte dans le monde ; elle va quelquefois chercher ceux qui l'attendent le moins.

cumenta et Exercitia prœdicta ac omnia et singula in eis con" tenta, auctoritate pnedicta, tenore praesentium, ex certa scientia nostra approbamus. collaudamus ac praesentis scripti patrocinio communimus. » Insiitutum Societatis Jesu, t. 2, p. 387. Je ne sache pas qu'il y ait d'autre exemple d'un livre aussi formâleineiit approuvé par une bulle des souverains Pondfes.

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Cniiooime fiiisait fausse route dans Uvie; il s'égarait dans les voies tortueuses à travers les folles opinions et les passions désordonnées. L'ambition, les vives affections de la jeunesse, peut-être le succès lui ont prodigué toutes leurs jouissances; il les a épuisées. Triste maintenant, il s'assied au bord du chemin, comme le voyageur las et déçu.

Tout à coup il sent le besoin de trouver quelque chose de neilleor» de s'élancer an devant de ce bien-être dont rabfience le désole. Il cherche Dieu; il voudrait le ressainr^ se placer près xle lui aiin de relever son âme abattue et de cahner les angoisses qu'elle éprouve en présence des redoittables jugements de la conscience.

Pressé d'un indéfinissable désir, il brise ses liens. A l'une de ces heures que Dieu connaît et marque du sceau de ses attentions infinies, disciple nouveau du repentir, il s'enfuit dans la solitude où le Seigneur l'appelle pour parler à son cœu*. Durant un temps il a résolu de vivre incomm, caché, loin de ces ilkisions qui le fascinèrent,' loin de ce tumulte qui l'étourdit. Noble effort ! généreuse entreprise 1 car rien n'est difficile comme de s'arrachera raghatîQQ, au bruit et à toutes ces puissantes entraves qu'on déplore et qu^on aime !

Aussi le début est-il pénible : mais bientôt on sent que le bonheur commence, qu'après tant de fluctuations cruelles on a cessé d'être baUotté ; c'est i'orafl|e qui a jeté dans le port. On sent aussi qu'on vient, de trouver l'ami nécessaire, l'ami désintéressé qtd manquait, le père d'une nouvelle existence : on entend la voix de Dieu dans le prêtre éclairé qui conseille et qui dirige. C'est lui qui apprend à maiaier les armes spirttudles des Exercices et les distribue i propos pov ks combats qui sa pré« pareil

Le généreux transfuge va donc poser sa tente dans la solitade pour trente Jours, et accomplir la grande œuvre des exercices qui régénèrent et transforment : comme tant d'antres avant lui, il va renaître à la vie pure, forte et dévouée.

La fin de Tentreprise est du reste proposée sans détour : je lis en titre : « Exercices spirituels pour appren^ dre à se vaincre 'soi-même et pour régler à Cavenir tùut l'ensemble de sa ryie, sans prendre conseil d^ aucune affection désordonnée. (1) »

Je me souviens encore de l'impression que prôdoisîrent sur moi ces paroles quand je les lus pour la première fois ; j'y vis tous les ei^agements de mon avenir. But immense, me disais-je, vue généreuse d'une philosophie supérieure qui s'applique à fonder dans une âme le souverain empire de la vérité, de la grâce et de la vertu!

Vient ensuite le cours de cet apprentissage intérieur et spirituel qui remplit quatre semaines. Mais il faut bien le comprendre, et c'est ce qui échappe aisément à une lecture superficielle : toutes ces formes nécessaires d'examen, de méditation, de contemplation, de prière vocale ou mentale, et les autres opérations qu'on non^meËa^^rcices spirituels, sont des mouvements pieux et r^^iers qui doivent acheminer Pâme vers le grand but; et ce bat, je le répète, c'est d'arracher toutes les mauvaises passions qui ont troublé et déshonoré la vie, et de marquer à chacun l'état qui lin convient en ce monde pour l'accomplissement libre des étemelles destinées. (2) Ce sera faire alors un noble ouvrage : ce sera replacer la créature

(1) Exareiaa.'^itftitut Soc J., t 2, p. 893.

(2) Exerdtiat— Ânnot prima.— Institut, Soc» U 2» p. d99«

dans toute la dignité véritalile qui peot loi appartenir

Dans ce dessein si digne des réfleiions et des efforts dlm clurétien et dHm sage, S. Ignace pose d'aiiord le principe de toot Uen noraL Lliomme est créé de Dieu pou* Dieu : roi de HiniTers, dans tout ce qui est siyetà son en^iire, il ne doit ambitionner et choisir que des appxùs poor s^élerer jusqali Dieu et atteindre sa fin sabline. Tontes les créatores qui Fenvironnent et le servit hd-méme n*oot pas d'autre destination à remplir. H ûntdonc id appeler à son aide toute Fénergie de la volonié, tons les élans de la prière, pour demander, poor conquérir ces mojens salutaires. (1)

Plus f avance, plus je m'aperçois que je parle un langage qoi contiendrait mieux aux enseignements de. la diaire. Mail puisqu'on a voulu marquer du sceau du ridicide ce livre des Exercices, û faut bien que je dise ce gui sy trouve de sérieux et d'élevé.

L'âme ainsi replacée par un violent et généreux effort sous la loi étemelle de tendance vers Dieu ; l'âme désormais soumise et dévouée, comme il est juste, aux volontés du Créateur, doit entreprendre un grand combaL

Un mal ennemi, un tyran nous o^rime, celui qui asservit le premier homme, qui ravage encore l'humanité, le pédié ; scission volontaire entre la créature tt son auteur par llniraction des Ids divines; révolte funeste, qui antraHiant l'âme loin de la majesté et de la T^eauté infinie, dégrade et souille ses plus nobles facultés.

Pour briser ce joug, et aussi pour expier le trop long règne du mal, l'athlète des Exercices spirituels s'armera de son humiliation même et de ses plus douloureux sou-

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(i) Ibid., p. 39S.

venirs. Le flamhieaa des justices diviaes à la main, U de cendra dans les profondeurs de sa conscience ; il parcourra d'un regard scrutateur les traces honteuses imprimées par. riniquité sur tout son être doos le cours des années écoulées. Il \iendra soulever , pour âin^i dire, les unes après les autres, et pésqr au poids du sanctuaire les puissances avilies de son âme. (1) > .

C'est ce que S. Ignace a ^ nommé dans . son livre V Exercice des trois puissances de Came y bu la méditation proprement dite. La mémoire, Tintelligence, la volonté ont successivement leur fonction et leur devoir à remplir ; en sorte que tout Fêtre spirituel et moral de rhomme soit replacé dans la sainteté et la justice de la vérité^ comme parle S. Paul.

L'âme comiûence.à considérer dans de rsypides préludes les traits hideux du péché qui doivent exciter le vif besoin de la réparation pénitente. Puis la réflexion patiente, semblable à la charrue qui laboure un champ, exerce tour à tour chaci^ne. des facultés par la vue sévère des caractères et des châtiments d'un mal qu'on méconnut longtemps, par Taction des modiis impérieux qui nous pressent de le haïr et de le déplorer.

Telle est la méditation de S, Ignace, comme elle se trouve dans le livre des Exercices. (2)

Elle se fait le jour, elle se fait la nuit. Elle partage régulièrement le cours des heures, et laisse^u repos ou au loisir silencieuXf les intervalles nécessaires. Ce mystérieux combat, quand" on l'accepte pleinement, demande une constante énergie : cependant un sage et intelligent ré-

(1) Exercitium.., ^cundum très animas poteotias. — Institut* Soc. t. 2, p. 396.

(2) Exercitia,~Institut., Soc. t, 2^ p; W%

grulateor teille près du combattant ; il consulte et aie* nage la mesure des forces. L'actkm kitérieitre et les fatigues des exercices ne doivent jamais la dépasser, on le conçoit.

Dans les limites d'me joste ^scrétion. S» Ignace ve«t donc qa'au milieu de la nuit, comoie antrefob les illustres pénitenis da désert, le solitaire des Exercices soit appelé du soibmeil à la lutte. Sous la religieuse impressloB de Folicttrité et du silesce le plus profond, unie lieore s'écoide lentement dans le travail de la pensée et des affections qui pres«u*ent et pcarifient rame» Heureuse nuit que ceHe qui s'ajoute ainsi aux jours les nûem remplis ! Elle portera des fruits abondants de lumière et de paix.

Le matin, au second réveil, la première heure qui nous rend à nous-mêmes dok nous rendre à Dieu et aux lois austères de la méditation. Deux autres heures dans le courant du jour doivent môrîr encore les pensées et faire croître les sentiments de la nuit et du matin.

Ce labeur est aimé : je me souviens cependant qu'il appelle quelquefois la fin du jour ; la fin du jour tarde quelquefois à venir. C'est que la vie de Tesprlt fatigue la chair. Et pourtant, le soir venu, on est content ; on sent que la journée a été bonne, et on se repose dans la joie de la conscience.

Il va sans dire que la loi qui préside à tout dans le cours des exercices, c'est la belle loi de la solitude et du silence 5 elle doit être toujours rc%îeusement gardée (1) : la solitude et le silence, ces deax grandes choses qui touchent de si près à Dieu, qui semblent nous donner

(1) Exercitiau-^Annot 20*; addiU 7f, 8% 9S Institut* .Soc t. 2, p. 393 et 400.

cpiftlfite idée de la nature même dime, et nous plonger plus avant dans son immensité pour y retremper nos âmes amollies! La solitude est la patrie des forts, le syence leur prière. Là Dieu parle et agit en eux ; il les enfante aux généreux desseins, aux énergiques entreprises.

L'homme captif de la chair et du sang a horreur de la solitude et du silence : les honunes du monde le savent ; et combien de fois ne m'en ont-ils pas fait Taveu! Ge que leur pèse la solitude, ils le sentent ; c'est qu'ils y retrouvent Dieu; c'est qu'ils s'y retrouvent eux-mêmes, et leur vie entière est un long effort pour y échapper. Je raconte ici ce que j'ai vu trop souvent : déplorables faiblesses de l'âme pour lesquelles le souvenir de ma délivrance m'inspire un plus profond et plus tendre intérêt.

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