‹ De l'existence et de l'institut des Jésuites (volume 4)Chapitre 3 sur 13 · II.— Secoiule flemalne · texte numérisé non relu

II.— Secoiule flemalne

Telle est donc la phase première des Exercices. J'en résume ici les faits principaux.

L'âme, placée par la méditation soua le regard de Dieu, a été fortement exercée au milieu des travaux, des pensées et des douleurs qui purifient et qui réparent ; elle a conçu une horreur profonde du mal qui la dégrada et un juste mépris d'elle-même et du monde. C'est un pas immense qui a été fait. (1)

Alors Jésus-Christ se présente à ses regards comme un roi vaillant et glorieux ; et pendant tous les jours de la semaine qui commence, ce divin Sauveur, les mystères de sa vie seront l'objet que le livre des Exercices offrira constamment à la méditation.

(1) Exerdtia. -^ 5«*"^ exer., 1. heb, «• Institut ISoc., t S, p.

Jésiù^iirlst apparaît donc d^abord sous le voile d'une parabole militaire qui rappelle le guerrier et Tapôtre. S. Igfoace fot ran et Tantre; et Ton méconnatt complétemeot soD esprit si Ton ne sait pas voir dans ses Exerexcès et ses Gonstitations la forte union de ces deux caractères. L*apôtre de la Compagnie de Jésosdoit apporter dans les comliats où son Dieu l'appelle la discipline, la franchise et Tabnégation militaires. Le Jésuite est soldat, et c'est peut-être pour cela que nous rencontrons de sÎTives et de n généreuses sympathies dans les rangs de ces guerriers sans peur, mais aussi sans reproche, qui coDserYent avec la piété magnanime des preux Tantique héritage de la valeur irançaise.

On se persuade trop souvent que la piété alAdMit les coun^ ; non, non, elle les fortifie, elle les exalte ; et la foi a des méditations où les plus nobles images de la vie du soldat se présentent au cœur qui s*en nourrit.

Jésus-Christ, ce divin héros, et comme le nomme quelqne part Bossoet, ce divin capitaine, se montre sous ki fignre d^ roi marchant à la conquête des régions infi* ^es, et cherchant des soldats courageux qui se dévouent à siiivre ses traces et à partager ses fatigues. Celui qui recule quand Jésus-Christ appelle est un lâche, dit S- ^ace, ignavus miles astimandns, (1)

Et maintenant le livre des Exercices veut que Tâme solitaire, durant les^heures consacrées à la méditation, se tienne constamment placée près du modèle divin. Tous les adorables mystères de Iliistoire évangélique se déroulent successivement à ses regards. Ces mystères devront

(1) Exercitîa. — Contemplatio regni Jesu Cbristi, Institut. Soc, t. 2, p. 402.

être pour elle cmnme s'ils étaient actuellemem présents. (1)

S, Ignace demande qo'oa se recueille assez profondément par le secours de la prière, pour s'isoler quelques instants de toute la vaine fantasmagorie du monde, et s'établir dans le sein même des réalités divines toutes vivantes.

Une observation imporumte trouve ici sa place; elle explique non seulement le secret et la puissance des Exercices ûe S. Ignace, mais encore elle nous révèle Té- OOBomie et la raison de la liturgie et des fêtes sacrées du christianisme : les faits de Thomme-Dieu opèrent toujours la rédemption du monde ; ce ne sont pas simplement des souvenirs et des histoires du passé; leur vérité, leur puissance ijifinle vit et dure toujours présente, prête à guérir, prête à régénérer en tout temps Tâme docile.

On n'a pas compris ces choses. Des hommes étrangers à ces voies intérieures et à leur langage n'y ont vu qu'un triste et froid mécanisme, propre seulement à arrêter l'élan de l'inspiration religieuse. Ah '. que n'ofit-iis éprouvé, comme il me fut donné de l'éprouver un jour, tout ce qu'au mUieu de cette économie salutaire des Exercices l'âme ressent de sainte et généreuse liberté !

 ce jour bienheureux, je sentis que je n'étais plus asservi à un funeste et tyrannique arlntraire; je retrouvais l'onction et la lumière divine de la grâce dans l'ordre qui m'était tracé; j'avais enGn un guide pour le grand voyage. C'est lui, c'est le ministre de Jésus-Christ dont l'expérience paternelle tempère, modifie au besoin la forme, la nature des exercices et leur durée suivant les dispositions et les forces; car l'âme est toujours gouver-

(i) Exerdtia.— Institut. Soc, t. 2, p. 403.

née, mais seulement pom* être mieux remise entre les mains de son conseil sons Taction divine : et Ton n'a pas voolu comprendre que si des règles, des méthodes sont tracées, eUes sont le moyen, non le but; qu'elles n'encfaaîiient pas, mais qu'elles aident et dirigent.

L'âme n'en demeure pas moins libre sous la main de Diea« Sa liberté se fortifie, s'élève ; et ceux qui prétendent trouver un joug avilissant dans une direction secourable ne voient pas que c'est uniquement l'appui pour ne pas tomber dans les flots du torrent : car se précipiter parmi les profondeurs des choses divines, s'aventurer dans les vastes déserts de la contemplation sans règle, sans guide, pour ne suivre que l'élan spontané et le caprice de rinspiration, c'est accepter tous les dangers des illusions extrêmes et des plus désastreuses folies. (1)

m, — Eleetion ou ebolsL d'im état de vie»

Il ne faut pas croire que le livre des Exercices ait été fait pour occuper saintement |es loisirs de l'esprit. C*est smiont pour se décider et pour agir. Ce n'est pas seuleoient pour réparer le passé, c'est pour fixer l'avenir, c'est pour décider le temps et l'éternité. Ce n'est pas un pur délassement contemplatif. Le guerrier de Pampelune qui avait emprunté au métier des armes plus d'une idée, en a tnnsj^ité une id : les soldats ne foiit Yexercice que pour se préparer à la guerre.

VoUà pourquoi au milieu de la sainte carrière une grave délibération doit s'ouvrhr, en présence des divins • ■ ■ ■ • .1 » I» . " I

(1) Exercitia.— Addil., â«.— Notand. 3«™ ii» hebd. — CoUoq. delncarn. — Amiot., 15», 17», 18».— InsdtuU Soc, t 2, p. 400, 404, 40S, 392.

exemples de Jésus-Christ, qui fixent le beau idéal de la perfection pour tous, et pour ceux qui sont appelés à la vie d'apôtre, et pour ceux qui sont appelés à la vie du monde et de famille : c'est le temps arrivé de ce que le livre des Exercices nomme l'élection, c'est à dire le choix d'un état de vie. L'âme libre encore doit donc mû* rement considérer quel genre de vie il lui convient d'embrasser en vue de la gloire de Dieu et de l'éternel avenir. Elle considère fidèlement le divin Rédempteur ; elle s'interroge et prie toujours.

Telle est cette grande affaire du choix d'un état de vie; c'est le centre des Exercices, c'est le foyer où tout vient aboutir, et le nœud puissant auquel se rattachent nos espérances et nos destinées.

Que d'existences aventureuses et manquées dans le monde ! Que l'histoire en serait longue et triste ! Elles ne furent point délibérées et choisies aux pieds du souverain maître de la vie, à la source des religieuses pen-

Ah ! si compatissant pour soi-même et généreux envers le Créateur, on daignait arracher au tourbillon qui emporte, quelques heures et quelques journées recueillies, avantde courir tête baissée dans les fonctions si diverses de l'ordre social; si, jeune encore, on n'acceptait une détermination de son avenir qu'en présence de celui qui prodigua son sang et sa vie pour le salut de tous ; alors on comprendrait la haute mission de tout chrétien, de tout homme éclairé dans ce monde : magistrat, guerrier, homme d'état, père, époux, littérateur, savant, pontife, prêtre ou religieux, on marcherait sous l'étendard de la foi, prudent et dévoué pour remédier aux maux, pour accroître les biens communs : et ce serait le christianisme réall^ à sa plui$ Jhaute p«ss|nce pour le bonheur de l'humanité ; mais oq

-aine sait plus génère ni délibérer, ui choisir, ni prier, et la désotation couvre la terre.

Ce fut à la vae de cette indifférence lamentable de la plupart des hommes que S. Ignace résolut de placer an centre des Exercices cette délibération décisive. Et pour mieox y parvenir, H demande à ceux qui se font ses disciples de réaliser ce qu^ll accomplit lui-même, et de foire la méditation que lui inspira dans la grotte de Manrèie le souvenir récent de la carrière des armes et des brillantes espérances qu'elle lui offrait.

Il y a là devant vous deux camps, deax étendards, deux chefs, deux armées, deux esfHits. Satan, le prince d« inonde apparaît dans Babylone. Le bruit, Tagitation, le trouble, an faux éclat Tenvironnent. Sur son drapeau, en traits enflammés, sont gravés ces mots : Richesse, hou' neuvy oj^gueîl; car il ne présente pas d'abord Tattralt des plaisirs à Pâme que les douleurs du repentir ont régénérée : il ordonne à ses ministres de faire partout briller Téclat de ses promesses, et d'établir au loin l'empire de ses puissantes illusions.

Jésus, assis dans une humble plaine, auprès de Jérusalem, offre à tous les regards la touchante et divine image de la paix et de la douceur. On lit sm* son étendard : Pauvreté, opprobres, tiumilité. Noble et courageuse devise : et Jésus-Christ demande à ses soldats d'en propager au loin la puissance et les bienfoits« n faut donc choisir: S. Ignace, dans le calme constant qui n'abandonne jamais ses enseignements', avertit qu'il faut prier, conjurer instamment Marie, pour qu'dle nous place et nous retienne sous la bannière de son Fils, an degré toutefois et dans le rang marqués par la volonté divine. C'est ce qu'on nomme la méditation des denx étendards. DHm cM6 s'oifrrat les jouissances

qui donoent la mort, de Tautre les sacrifices qu| apportent la vie. (1)

Une plainte douloureuse s'écbaj^e souvent de ma conscience : pourquoi de jeunes courag0s n'osent-ils Pire^Que Jamais af&onter dans le $llence de la retraite le 4:ombat des affections et des pensées, afin de conquérir la sécurité, le bonheur que donne seule nne vocation divine connue et enibrassée, quelle qu'elle soit? Et je dirai toujours : Si le monde est ogité par tant d'inquiétudes, par tant de tiraillements en secs contraire, c'est parceque beaucoup de natures îmios et ardentes ne sont point à la place que la Providence leur avait marquée. Qui donc ^e recueille en son cœur pour chercher à la connaîp^e ?

Mais les Exercices réservent poup ce moment un magnifique spectacle. Ils nous présentent le plus noble et le plus bel usage de la liberté humaine : c'est la situation la plus élevée pour l'homme; rien n'est plus solennel dans une existence, et Dieu lui-même n'a pas eu de but plus divin. C'est le but même de la création. Dieu ne place jamais une âme ici-bas sans décider qu'il y aura pour elle on moment qui la verra faire bien ou faiie mal la grande option. Et quand cela se fait bien, c'est la plus sttblime prérogative exercée; c'est l'élection de Dieu par la créature.

LUme donc à ce moment des Exercices est mise eu présence de Jésus-Christ et de son Évangile, en présence de la fin suprême 4e tout hon^e yqyageur jci^-bas, en présence de tons les étaii pt dp tous les moyens légitimes« Elle est libre, soumise fi^aamoins au travail intérieur d'une double action et d'influences ennemie^. Q|ie de troijdHes quelquefois et de violents orages ! que de

•rt' i ' ' . I I -■ I I . ■■■I II I II I , I II, ——^1,—^^

(i) Ex^citiafHtnsMta^. Bffç.^ U 2, p. 406 et 407«

combats et d'alternatives I C'est comme une mer agitée^ les flots montent, les flots baissent. Un balancement immeiise comme le balancement de deiu mondes se fait sentir. Et Tâme est réellement entre deox mondes, entre deux éternités.

C'est chose admirable d'observer comment Ignace dans son invincible assurance conduit son disciple à travers tous les écueils et l'établit dans un port tranquille.

L'action de l'esprit de Dieu est diverse : tantôt c'est l'aigle qui fond et qui enlève, tantôt c'est la colombe qui se repose et charme doucement.

Une grâce puissante vient-elle saisir et terrasser Saul persécuteur sur le chemin de Damas; il n'y a plus guère de délibération possible : « Paul, hier Saul, lève-toi ; va porter mon nom devant les nations. » L'âme obéit.

L'action divine par des attraits doux et constants incllne-t-cUe vers un choix clairement montré; on avance dans le calme, ce sera un avenir béni du Seigneur.

Mais ces signes privilégiés n*apparajssent-ils pas dans leur indubitable éclat : la raison éclairée de la foi devra remplir alors sa fonction la plus haute et sa mission la plus auguste sur la terre.

Quapid l'âme est tranquille, quand elle possède en paît toutes ses puissances, elle balancera, elle pèsera les motifs opposés, consultant Dieu dans la prière. Elle se placera sur le lit de mort, aux pieds du souveram Juge , oti bien près d'un inconnu qui, rencontré pour la première fois dans la vie, exposerait ses doutes, demanderait la solution, appellerait tout le désintéressement du plus libre conseil.

La lumière se fait ainsi; le choix se détermine ; il immole sur l'autel du àacriflce toutes les répugnances de la nature. Jésus-Christ a vaincu, et le disciple fidèle, vain-

queiir avec lui, chante et célèbre son triomphe en dé< vouant au Seigneur ses forces, ses travaux et sa vie tout entière, ou dans Tapostolat du monde ou dans la milice consacrée. (1)

Dieu ! je vous bénis et vous rends grâces : c'est ainsi que vous avez flxé ma vie et assuré pour jamais ma bienheureuse existence,

IT«— Troisième et quatrième iM^malnes.

La grande œuvre de Télection est accomplie; la vie est fixée. Mais ce qu'il faut bien remarquer, et ce que S. Ignace n'avait garde d'oublier, c'est que quelque état qu'on ait embrassé, la croix, la croix et ses épreuves doivent être contemplées dans leur réalité la plus vive et la plus présente. Rien n'est plus nécessaire ni plus sage. Quel temps, quel lieu, quel état furent jamais exempts de souffrances ? Les croix sont partout ; quand on les fuit on les trouve. Les pins heureux sont ceux qui les embrassent. [La terre n'est-elle pas une immense Calvaire? Il faut savoir, comme le fils de Dieu, se réduire par obéissance à l'état de mort volontaire, pour ressusciter, pour vivre de sa vie, pour agir, parler en son nom avec puissance , pour se dévouer à sa suite dans la carrière élue, à tous les travaux de l'abnégation, de la mortification et de Papostolat (2). Et alors quereste-t-il? Une seule chose, qui comprend et résume tous les exercices, qui assure et féconde l'avenir créé par leur vertu : l'amour divin.

La philosophie a bien peu la conscience de la dignité de sa mission parmi les hommes, quand elle négUge dans

(1) ExerciUa.— Institut. Soc, t. 2, p. 407-410,

(2) Ibid, U 2, p. 4iO-4i4«

ses hantes spéculations de se joindre h la foi pour cék^' brer le devoir, la puissance et le bonheor de Tamour de Dieu.

Les plus grands génies du paganisme l'avaient au moins pressenti : Socrate et Platon voulaient qu'on s'attachât à ce qu'ils appellent ro xaXov, qui signiûe tout ensemble le beau et le bon, c'est à dire le parfait. Platon exprime admirablement la grandeur et l'héroïsme de cet amour, quand il tait dire à Socrate dans son festin « qu'il y a

« quelque chose de divin dans celui qui aime que Fa-

« mour en fait un Dieu par la vertu que ceux qui ai-

« ment veulent seuls mourir pour un autre. » (1)

La philosophie profondément chrétienne de Leibnitz renferme sur ce point une sublime doctrine : « Ces pen- « sées sont excellentes, dit-il en parlant de la Providence, « que Dieu est un père commun ; et cette idée nous doit « noins efirayer que celle d'un monde orphelin, aban*

« donné an hasard. (2) S'il y en a qui jugent aù-

« trement, tant pis pour eux ; ce sont des mécontents « dans l'état du plus grand et du meilleur de tous les mo- « narques, et ils ont tort de ne point profiter des échan- « tillons qu'il leur a donnés de sa sagesse et de sa bonté « infinies, pour se faire connaître non seulement admira- « hie, mais encore aimable au-delà de toutes choses. » (S)

Enfin, dans la préface du même ouvrage, voulant étabfir les fondements de la solide dévotion, Leibnitz rappelle que Jésus-Christ vint apporter la loi d'amour, et il en donne les véritables caractères : « L'amour est cette

(1) Fénélon. — ^Témoignage des païens sur le par amottr,— * GEuvres complètes, L IB, p. 322, Paris, Ld)el, 1823.

(2) Pensées de Leibnitz, t. 1, p. 252; Paris, 1823.

(3) Ibid.» p. 264.

<( affection qui nous fait trouver du plaisir dans les per- « fections de ce qu'on aime ; et il n'y a rien de plus parce fait que Dieu, rien qui doive charmer davantage. Pour « Faimer, il suffit d'envisager ses perfections; ce qui est « aisé parceque nous trouvons en nous leurs idées. Les « perfections de Dieu sont celles de nos ^es ; mais il « les possède sans bornes, il est un océan dont nous

« n'avons reçu que des gouttes L'ordre, les propor-

« tions, Tharmonie nous enchantent Dieu est tout

« ordre.,,.. H fait l'harmonie universelle; toute la beauté « est un épanchement de ses rayons. » (1)

Je n'ai pas besoin de citer Fénélon, dont le génie éminemment philosophique et la tendre piété j^orent parler si bien la langue du pur et noble amour de Dieu. (2)

Le soldat élevé tout h coup dans la grotte de Manrèze à la plus haute philosophie, à celle de la sainteté, n'avait garde d'omettre cette dernière consommation et ce couronnement des vertus par la divine charité. Il indique, suivant son usage, plutôt qu'il ne développe; il ouvre une riche veine, raconte quelques faits, et livre Tâme à ses pensées.

Mais quelle ébauche sublime dans cette contemplation finale pour obtenir C amour! (3)

Deux principes féconds et pratiques sont posés : l'amour consiste dans les œuvres ; l'amour consiste dans la communication réciproque des biens. Dieu même va nous servir de régulateur et <le mesure. Ce que Dieu fait, ce

(1) Pa)9ées de LeibniU, t 2, p. 338 et 339*

(2) Fénéloiu?— Sur le pur amour, 1. 18, p. 307; Paiis, Lebel»

(3) Exercitia.— Institut. Soc, t. 2, p* 414 et 415.

qu'il nous donne, nous devons nous efforcer de le faire et de le donner pour lai : c'est justice.

L'âme se transporte au milieu des anges, afin de mieux contempler avec eux ce que le Seigneur, dans son amour pour l'homme, lui prodigue d'inépuisables richesses.

«Je TOUS rendS), ô mon Dieu, je vous consacre et vous « livre par un juste retour tout ce que je suis , tout ce « que j'ai : ma liberté, mes souvenirs, ma pensée, mes « affections ; car vous m^avez tout donné. »

Dieu vit. Dieu habite dans les créatures; il vit et habite en moi ; il crée en moi sans cesse la vie, le sentiment, rinteUigence ; il m'a fait son temple auguste oii brille sa divine image ; je vivrai donc de sa vie, et je vivrai pour lui, uni sans cesse à son immensité toujours présente.

Dieu opère, il travaille pour moi dans toutes les créatures ; sa main s'ouvre, et par son action il remplit de ses bienfaits tout ce qui respire. Donc je travaillerai, j'agirai à mon tour, je dépenserai toutes mes forces pour Dieu, et ce sera la correspondance légitime de l'amour.

La carrière est flnie ; trente jours sont écoulés ; lliomme est prêt; les Exercices Font transformé: il faudra cependant qu'il persévère, qu'il croisse, qu'il se dévoue dans le divin amour, qu'il combatte et se renonce toujours lui-même. (1) ^

Tel est le livre des Exercices. On connaît maintenant la pensée qui Tinspira, le but où il tend, les moyens qu'il indique pour y parvenir.

rai dit, j'ai raconté, et n'ai point fait une œuvre de polémique. On risque tant de perdre la charité dans ces luttes de la parole ! Mais quelque empire que je veuille garder sur moi-même, je ue puis ôter ici à mon cœur le

(1) Exercitia.— Institut. Soc., t 2, p. 410.

- 38^ droit de g^épaociier. Il fautfue je dise ooaibiea il t'est douloureusement serré, quand j'ai m on livre, pour moi Bï cher et si vénéré, exposé naguère aux risées du monde sous un indigne travertissement.

Pour le calomnier, on a tout confondu, tout altéré; on a voulu y reconnaître l'extase réduite en système, l'enthousiasme des choses divines dianfé en mécanisme abrutissant pour faire sortir de toutes les épreuves Vautom'ate chrétien ei Vmstrument servite de la peur.

On vient de lire la réponse.

Cet admirable livre n'est qa'esprit et t>ie. 8. Ignace y exprima sa propre histoire ; et la grotte de Manrèze, témoin de ses luttes intérieures et de ses eoiirageui triomphes, ne pouvait lui inspirer d'autre pensée que de tracer des voies sûres pour correspondre fidèlement à la grâce, pour s'unir à la force, à la vérité divine', pô«r pasier à la noble liberté des enfants de Dieu.

Mais ce qui ofiftisqne le jugement de certains hommes en cette circonstance comme en beaucoup d*autres, c'est Puniverselle erreur du teu^ où nous sommes, de ne voir l'enthousiasme que là Où il se manifeste par des^ écarts, de placer le triomphe de la volonté dans l'étalage de ses prétentions orgueilleuses, de ne constater enfin la liberté humaine que par l'abus qu'elle faitd'^lleHméine.

Notre point de vue à nous, celui de l'Évangile, celai de S. Ignace est tout autre : nous croyons que l'enthousiasme, en se réglant, s'épure et se relève de toute la distance qui sépare le ciel de la terre : nous croyons que la volonté de l'homme, en se renonçant et se soumettant à la volonté de Dieu, remporte la plus belle de ses victoires : nous croyons que la liberté ne témoigne jamais

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TW e^^ entre nos cootradieteun et nou.

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