LES C0I«8TITUTI0NS DE LA COMPAGNIE PE JÉSUS
On » vu qaelle m U stforce oi noue puteons notre eq^rit, le creuset pu nous retrempons no» âmes.
Peut-être anrait-U semblé que les Constitiitioai de k Société d(i^8en( suiSre pour nous fiiire eonna tre ; après la lecture du chapitre précédent on doit être conYaincn qu'une analyse exacte du livre des Exercices était indispeosable^
Comluen de lois nos Constittttions n*ont^lles pas été attaquées et défigiirées l Povr les justifier, je ks expo* serai si|upkoent«
Je m viens point cliercber ici à éclairer des esprits qiii *ne veulent pas Ténre ; inais il tant que k simple vérité ait été dite iMie (ois; je la dirai.
le noviciat, les études, k troisième année de fn^oba* tioH et ks divers ministères que nons remplissons, k gouvernement de la Compagnie, notre%Yffîu d'obéissance: voilà les points principau;iL dont j'ai à parler.
S. Ignace de Loyola est Tunigne auteur des Constitutions comme des Exercices.
Quand j'étudjai cet ensembk de lois si sagement conçuss et si fortement appropriées à tous les besoins d\iiie société religieuse, quand je voulus savoir à fond ee qui
allûit devenir la règle de toute ma rie, je vis dairement queTesprit vrai de FÉvangile avait dicté ees lois.
Pour un catholique il ne saurait y avoir de doute h cet égard. Llnstitut de la Compagnie de Jésus a été approuvé par vingt Papes. Clément XIV, il est vrai, le supprima, mais sans le condamner ; Pie VII Ta rétabli en Tapprouvant de nouveau. Le concile de Trente avait déclaré « n'y vouloir rien innover, ni empêcher que les « clercs réguliers de la Compagnie de Jésus ne servent « le Seigneur et son Église, selon leur pieux Institut, « qui a été approuvé par le Saint-Siège ; (Sancta syno- « diLs non intendit aliquid innaoare aut prohibera « quin retigiocleriéorum Societatis Jesu^juxtapîum « eorum institutum à sanctâ Sede approbatum, Do- « mina et ejus Ecclesiœ inservir e possit. ») (1) C*est là un grand et solennel témoignage.
Plusieurs fois FÉglise de France, par la voix de ses évéques assemblés, s'est hautement déclarée en faveur de la Compagnie de Jésus; et Ton sait qu'au siècle dernier ils protestèrent contre l'arrêt de suppression. (2)
On a pu dire à certaines époques de quelques ordres religieux qu'ils s'étaient relâchés de l'esprit de leur îns- ^ titution primitive ; jamais on ne l'a dit de la Compagnie de Jésus ; jamais on ne lui reprocha de s'être éloignée de l'esprit de son fondateur ni des constitutions qu'il iui donna. C'est beaucoup quand il s'agit d'un ordre rell-
(i) Concil. Trid., sess. 25, cap. 16.
(2) On trouvera Tavis des évêques et Tinstruction pastorale de M. de Beaumont, dans l'ouvrage intitulé : V Eglise, son autorité, ses institutions et Vordre des Jésuites,,,; Paris, Debécourl, 1844 ; et dans les Documents historiques concernant Ut Compagnie de Jésus, Paris, WaiJle, rue Cassette, d.
gîei» ; et n'y a-t-il pas dans ce seul fait quelque chose qui doit faire préjuger restime pour une semblable iostîtotion ? S'il esterai qu'après trois siècles elle garde là force et la vie, n'y a-t-il pas à Tétudier un intérêt quis'accroit de cette présomption favorable ?
Cette étude des Constitutions .de la Société de Jésus, je viens la proposer aux hommes sérieux. Je la recommencerai volontiers avec eux ; c'est elle qui m'a fait ce que je suis ; qu'elle les fasse justes envers nous; ce sera pour tous, je crois, un bonheur.
Aussi bien, même en dehors des graves circonstances où nous nous trouvons, c'est un curieux siyet d'observation qu'une législation objet à la fois de tant d'attaques et de tant de louanges.
Et ne serait-ce pas aussi un grand problème historique et moral que de rechercher comment des religieux fidèles à leurs lois, à des lois que l'Eglise approuva, ont pu se voir exposés à une telle contradiction des langues? Car certes ce n'est pas se décerner un éloge qui ne convient pas, que de dire que jamais hommes ne furent tour à tour hsûs, détestés, estimés, chéris a un degré pareil ; que jamais hommes ne furent comme les religieux de la Compagnie ^e Jésus l'objet de préventions plus violemment hostiles et plus pleinement favorables.
Il est temps peut-être d'ariiver à une solution, et de demander à l'opinion un arrêt définitif. Je crois l'occasion convenable ; j'ai assez la confiance que les esprits sincères voudront se rendre compté de ce singulier contraste qui a représenté une société religieuse comme un corps voué, suivant les uns, à tous les travaux et à tous les sacrifices de l'apostolat, comme un foyer permanent, suivant les autres, d'intrigue, de fourberie et d'ambition.
Quand la voix qui m'appelait se fit entendre au fond
de Moll t^ffOfi fsànd J^ balatiçftis m Mi^lnéfiië !é p«S(b miféitê éé im «oMi'ftâictiotis étrârïgèd» il y ëm «il jotir où Je dis : Pascal, votre génie a comtîiis Un grand crlfli^, eeltli d'établir une alliance pent-être indestructible ejitr« le mensonge et la langne du peuple 0*an^« Voua atl2 fixé le dictionnaire de la calomnie; il M rëgle encore, H ne la fera pa^ pour tnoi^
Cette impéfifti^ble Autorité acquise an mensonge par fa magie dn langage, cîe règne impérieux ë^tercé éepols deux siècles par un calonuiiatetiT de géhié, pour eti^pmiiter à M. dé Chateaubriand ce trait' de son élMfUence répi^trîce, «é m'empêchèrent point alors de preikdre «t d'ekécttter itla résointion d^ntrer dans la Coitipâgni^ Je dois le dire : des pensées plus hanter me pfénctupèjhèitf ; et me ëerat-il permis de rat(Hier dans toute la ru- ' desse de ma r^i et de m^ Convictions? La haine cpti potirsuit sans tesse me parut un puissant motif pour e^ fimelr et ehédr. La philosophie antique pressentant en ^ei(}tte sorte rÉtangile, Tavait déjà proclamé par soft plus sublime oi^ne : Rien n'est plus beau que de souffHr persécution pom* la justice. « Et Dieu même, ajoute « quelque pâh Ëossuet, a jugé cette destinée si grande « qn'il n'a rien trouvé de pM digne de son ï^ils itir la « terre» »
Maintenant, et depulë vingt et Une années que J'ai^arfiens à la Société de Jésus, cette haine persévérante n'encourage et me console. Ce que Je réclouterais pardessus tout, ce serait la mollesse qui abâtardit les âmes \ la mollesse n'est pas parmi nous : devant les aisauts répétés de la persécution et de llnjure on ne s'ailAolIit pas.
le ne viena done pas me plaindre ; je serais plus près de me réjouie ! Je ne viens pas non plus me jastifia* i je né viens que fendre lâi sIëIï^ et vrai téiMylgttagii»
Richeliea et d'autres politiques (profonds Tirent dans les ComUttttioiis de S. Ignace le chef-d'œuvre du génie : moi j'appelle rœnyre de mon père un monument de sagesse, de piété, de sainteté admiraliles.
Deux mots pourraient toat résomer 1d : but et moyen. Le bttt« c'est la gloire de Dieu et le salut des âmes ; le noyeo, c'est l'obéissance.
Du reste, il «ft très important, pour nous connaître, qa'ou Teoille comprendre ces choses; et ce qni les fera mieu comprendre, c'est ce que je vais raconter. Ce D'est pas ime fiction, c'est la simple Tenté.
Un homme lassé du monde le quitta. Peut-être les passions ardentes de la jeunesse avaient traversé Tiolemnent son âme; il. cherchait un abri. Il a conçu un profond'désir de se venger de lui-même et de Satan par des (atigoes utiles au prochain.
Il crut alors et Û croit encore aujourd'hui que le grand mal de notre temps est l'absence totale de subordination et d'obâssance parmi les hommes. Désabusé des vaines illôsiOM, des chimères de l'indépendance, il avait Soif d'obéir ; il en ressentait le besoin immense ; il mvoquait l'obéissance comme l'asile sauveur qui devait protéger sa dignité d'homme et M assurer la possession de la véritable liberté, l'affiranchissement de l'âme.
Le travail des exercices spirituels achève de lui montrer hi lumière et de lui tracer la voie; il frappe à la porte de la Compagnie de Jésus.
Ce qui l'émeut dès l'entrée, c'est la paix profonde qui règne dans la religieuse^ demeure. L'aspect de ces murs silencieux, la démarche nH^ueillie de ceux qui les habitent, le bruit des pas qui retentissant comme au désert, l'ordre, la pauvreté qu'on rencontre partout, l'accuefl pi*évenant et l'expression obligeante du bon frère qui introduit, la
douce gravité du père qui reçoit, je ne sais quel air suave et pur que l'on respire, une présence de Dieu plus intime, ce semble, et plus familière, tout dans ce séjour, quand pour la première fois on l'aborde, étrangervenant de loin et battu par les orages, tout y fait resisenlir une impression qu'on ne peut guère définir, mais qu'il faut nommer l'impression de Dieu. Un principe inconnu, un esprit bienfaisant soulage les peines, répare les forces, et donne l'avant-goût d'une nouvelle et heureuse existence. Enfin on n'a plus autour de soi que des cœurs ouverts et pieux, des fronts sereins ; la parole qui rarement interrompt un long silence est toujours simple et fraternelle, les rapports libres, joyeux, faciles.
Placé encore sur le seuil, le candidat de la vie religieuse connaîtra d'avance, à cette heure solennelle, toute l'étendue des devoirs que la Compagnie de Jésus dicte à ses membres ; il doit savoir, il saura quel est l'esprit qui l'anime dmis toute sa vérité ; libre il se décidera.
« Etes-vous prêt, lui demande-t-on, à renoncer au « siècle, à toute possession comme à tout espoir de biens « temporels? Etes-vous prêt à mendier, s'il le faut, votre « pain de porte en porte pour l'amour de Jésus-Christ ? « — Oui. (1)
« Etes-vous disposé à vivre en quelque pays du monde « et en quelque emploi que ce puisse être, où les supé- « rieurs jugeront que vous serez plus utile pour la « plus grande gloire de Dieu et Je salut des âmes? — « Oui (2),
(i) Exam., c. 4, $ 1, 12, 26, 27;. Const part, vi, c 2, $ 10; Institut. Soc., t. 1, p. 345 etseq., et p. 410.
(2) Exam.., c. 4, S 35.— Const. part, ui., c. 2, litt Q. Institut Soc t. 1, p. 350 et 378.
« Etes-vouB résola d'obéir aux sapérteors qui tiennent « pour vous la place de Diea, en tontes les choses .où « TOUS ne Jugeriez pas la conscience blessée par le péché ? «— Onj. (1)
« Tons sentez-vous généreusement déterminé à repoos- « ser avec horreur sans exception tout ce que les hom- « mes esclaves des préjugés mondains aiment et embras- « sent; et voulez- vous accepter, désirer de tontes vos c forces ce que Jésus-Christ notre Seigneur aima et em- I brassa? — Oui. (2)
a Consentez-vous à vous revêtir de la livrée d'ignomi- « nie qu*il a portée, à souffrir comme lui, par amour « et par respect pour lui, les opprobres, les faux témoi- « gnages et les injures, sans toutefois y avoir donné su- «jet? » (3)
Il faut répondre : et grâces immortelles en soient rendues à la bonté de Dieu; j'ai répondu oui. « Vous passerez pour fou. — Oui, cela me convient »
Jamais question plus étrange ne fin^pa des oreiUes humaines ; jamais peut-être TEvangile de la croix et sa folie sacrée ne lurent mieux présentés dans leur rudesse native. Au reste S. Ignace entendait si Inen que les soldats de sa Compagnie lussent de véritables disciples du Dieu crilciûé, que durant sa vie, tons ses historiens Tattestent, il pria instamment le Seigneur pour ^e la So-
(l)Exam., c 4^ S 29.— -Gonst, p, ni, c 1, SSdetpassim* InstituL Soc., t 1, p. 373.
(2) Exam., c. 4, S A4. Institut. Soc, t 4, p, 352.
(3) « Indui eadcm veste ac insignibus Domini sui, pro ipsius
• amore ac reverentia... contameKas, falsa testimonia et injurias
• pati... > Ibid,|
tàéié M toiyonrs persécutée,: il a Ué Um oiauoé, on doit m toBvèttin
Vbaàê eùfin la ^pÊ&êûm esft ftjte ; elle est justifiée omme Test une prophétie exacte par un accompIiOBeiaent per- «Mient ; c^ quand le postatonc^ UlMre encorct a i^ondu, Il fHt admii au nandH.
M codnmince p<nir lui un nouvel ordre de diosea.
t. — ]{iroTielat«
Le novice passera deux annéas dans une profonde retfaiM; â aura ce tetaps pour réfléchir, et ce ^mpa est Béceniaîre avant de «e lier par des eng agpemeatf irrévocables. Les épreuves morales qu'il doit subir santgi andéSé Anse! aa déterfDiaicion« apriti deux ans da navieiati serat«tte Mbre, écl«iré«^ forte.
Durant ce néme espaoe de teu^ toute «^tnde hii est kiaêhite <i). Oaneep^n hardie et pnlaiMHe qtCw ne saurait bien apprécte par la théorleeeute; A faut Texpé-
fMBCe»
One distance il gpraiide aépare la vie du monde et la vie rdÉHettset les études d^lun homaie destiné à niarcker dans les voies du siècle et oeUes du religieux réservé aac travasLt apostotiques, que pour Vèim appelée à ce genre de vie dans la Société de Jésus, l'énergique et prudent législateur a voulu créer en quelque sorte m milieu nouveau et fonte une existence notiveHe. Dans la lon^ne éducation de ses novices, et dans l'absence même des études, il a entendu, dit-il, préparer le meilleur fondement
(1) Const, part, ni, c. 1, S 27. Institut. Soc|t. 1, p. 574.
pour les études eUêSHnémes, saToir llmiiiilité et toofes les vertus solides. (1)
La prière, les médîtatloDs prolonf ées, Tétnde pratique de la perfèctioii et sortoat de la phas sincère abnégation de soi-même, la réforme eoBragense des penchants de la natire, la lutte journalière et Adèle contre Tamour d*nn Tain hoBKBr et des ftusses Joidssances, Tusafe familier des etercices spiritnels et de la conrersatioa a?ec Dieu, la connaissance de tout on monde caché au fond de Tâme et d'une vie fxmte intérieure; Toifli ce qui remplit les heures du no?idat. (3)
On me pardonnera, en parlant de ce temps d^à Men éloigné de moi, ùy retrouver mes plus doux souvenus; alors s'accomplirent les jours les plus heureux de ma vie. Berceau chéri de mon enfance reHgleuse, creuset laborieux de Bum ftine, épuration féconde de TinteHigence et du cœur, non Je ne vous oublierai jamids 1
C'est bien là que viennent mourir les derniers bruits du monde et ses vaines agitations. Â Técole de la péniaiteiice et de la prière, on se dépouille peu à peu de cette vie fausse, de ces jntéréis factices, de ces affections inlâriewes qui empêchent d'aspirer aux combats et aux aimnpbes de la grande gloire de Dieu et de la conquête des âmes. Et cependant l'onction des entretiens divins, et les attrfito puissants de la grftce, et le bonheur intime d'une concorde, d'une paix Inalt^ables pénètrent, eii^ ODurag^it, consolent Ohl fl faut le dire, que ces
(1) « Ad praeparandum eanim ftindamentum, humilitatis c sdlieet aé omnis virtutis. » Const., part ni, c i, $ 27; Institut. Soe., p. 974-
(2) GoiMt., part, m, e* i.— Exam., c. 4t S hU Inftiîtut. Soc., ti, p. 370 et 871.
premières années s'éeouleni avec une bienheureuse rapidité !
Le noyice, ainsi arraché aux illusions de la yic du siècle, et mieux prémuni désormais contre le danger de leur retour, n'est encore lié par aucun engagement, il est libre. Souvent, très souvent on appela ses réflexions sur les graves obligations que les vœux imposent. Il dut passer par des épreuves répétées et décisives (1). Il délibère, çn Texamine, il est jugé, il juge avec une entière liberté. Il s'offre «afin, la Société l'accepte ; après deux ans révolus, il se donne au Seigneur par une consécration irrévocable.
Je n'essaierai pas de dire ce qui se passe ^lors dans l'âme.
L'œuvre du noviciat est belle : le noviciat est ce. travail régénérateur de l'esprit qui livre autant que possible à la grâce dlvme la possession entière des facultés, des forces, des habitudes de l'âme. C'est une sorte de création, une transformation puissante qui doit affranchir la liberté religieuse des innombrables entraves dont l'embarrassaient les intérêts, les vues, les affections et les passions de la nature. C'est le foyer où le fer s'amollit pour reprendre un nouvel être ; c'est la lime qui dégrossit, qui ôte la rouille, qui prépare l'instrument et le remet utUe entre les mains de l'ouvrier. Alors s'imprime une direction qui remplace dans l'homme toutes les directions purement humaines, par l'unique ambition de ja gloire divine et du salut éternel de tous.
A ce but tendent toutes les épreuves que le novice doit subir, toutes les règles qu'il doit observer, toutes les lu^ mières qui lui sont prodiguées. Et S. Ignace, avec une
f (1) Exam., c. /j, $ 9.--Instilut. Soc., t. 1, p-fS/jT.
constance qui ne se dément jamais, exprime presque à chaque page cette fln sublime de son œuvre : Ad mah jorem JDei sloriam t Cette gloire pour laquelle nous sommes faits, qui commence ici-bas par la soumission fidèle de la créature raisonnable à son auteur, qui se consomme dans les deux au sein de la béatitude et des perfections infinies.
Ad majorent llei sloriani t Vous ne pouvez croire à cette politique toute surnaturelle et sacrée ; je ne m'en étonne pas. Mais de quel droit osez-vous lui en substituer une autre dans vos affirmations inconsidérées, pour traduire à la barre des générations, comme coupables d'une pensée qu'ils n'ont pas, qu'ils n'eurent jamais, une société d'honmies pour qui, ce semble, la justice et la vérité sont faites aussi bien que pour vous ?
Ma» poursuivons.
Deu.\ années se sont écoulées ; les vœux sont prononcés ; l'heure des études a sonné ; le religieux de la Compagnie entre dans une nouvelle carrière,