‹ De l'existence et de l'institut des Jésuites (volume 4)Chapitre 5 sur 13 · II. — Études · texte numérisé non relu

II. — Études

Outre la puissance de l'exemple et la vie de l'esprit, il faut encore à l'homme apostolique la science convenable pour mieux aider ses frères à atteindre l'entier accomplissement de leurs destinéas.

« Quand donc, dit S. Ignace, le fondement de l'abné- « gation et du progrès nécessaire des vertus aura été « jeté dans ceux qui sont admis parmi nous, on son- « géra pour lors à construire l'édifice de leurs connais- « sances. » (1)

(1) Const, part, iv, Prootm.; Institut. Soc., t. d, p. 378.

Il liradra sani dotriid prendre garde que, par suite de la fiBnreur des études, ne vienne à s'attiédir Tamour des vertus solides et de la yfe religieuse ; mats II faudra aussi ivpporter de sages tempéraments aut exercices de mortiflcadon et de piété ; car les études exigent en quelque sorte rhoaUtte tout entier, quùdatn modo t&tutn hominem requirunt (1). Ainsi voit-on dans les Constitutions tout se balancer et s'accorder selon les règles de la modération ia plus sûre et de la plus Haute prévoyance.

Parmi les hommes, le nombre est petit de ceux qui sont en même temps vertueux et savants, boni simul et eruditi pauci inveniuHttir, Aussi la pensée des premiers fiMidateurs de la Compognie fut-elle d*admetu*e dans son sein des jeunes gens qu'on s'ap{^quât à bien former, et qui, par leurs qualités, donnassent l'espérance de voir se réaliser un jour en eux cette double condition de la sdenCe et de la vertu à la ibis nécessaires pour travailler avec fHiit au salut des âmes.

Ce sont encore les propres paroles de S. Ignace ; elles renferment le sens, le but et la raison de nos études. (2)

Le cours doit en être régulièrement et fidèlement suivi, quand l'âge, le défaut d'aptitude ou de santé, quand les nécessités du saint ministère ou le malbeur des temps n'y apportent pas d'obstacle invincible»

Les deux années qui suivent celles du noviciat sont données d'abord à la rhétorique et à la littérature $ trois ams à la philosophie et aux sdences physiques et mathématiques, quelquefois davantage. (^

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(1) Const., part iv, c 4, S 2.— Institut. Soc, t. 4, p* 883.

(2) ConsL, part ly, proœm., Hit A. — Ibid., p. 379.

(3) Cons^ part, nr, c. 5, $ 2 et 3.— Rat studior. Rcg. Pror. 17 et 18.^IiiStitu(» 6ec»> %« i, p. a«S| t. S, p. iTSi

Vtenc eiMRÉki ce qne nom nommoM la régence, ou renseignement des classes dans un collège. On fait efi sorte que le Jeune professeor, commençant par tne classe de graMouiire, monte successivement, et parcoure tons tes degnAs du professorat l'un après Tautre. Cinq on six aas se passent ainsi d«is le cours de régence. Il y a là utilité gramie pour soi et déyouement pour les autres t m npprenant beaucoup, on remplit tous les devoirs d'un Me assidu auprès de la jeunesse qui en est si digne, et dMS les fonctions qni peut-être en demandent le plus.

L'éducation occupe une grande place dans notre vie^ quand il bous est permis de suivre nos Constitutions sv ee point»

Vers i%e «le vingt-huit ou trente ans, le religieut esi envoyé en tliéologie. Cette étude, avec celle de récriture sainte, du droit canonique, de Thistoire ecclésiastique et des langues orientales, occupe quatre années, six même pour ceux qui montreraient des dispositions remarqua* blés. Le sacerdoce n'est conféré qu*à la lin des études tkéologiques^ rarement avant trente«âeux ou trente-irois ans.

Après chaque année de ce long cours d'études, un examen sévère est subi; nd ne passe au cours supérieur qu'après un jogement favorable porté par les examinateurs sur Tannée qui a précédé.

Toutes les études finies, ceux qui Jusque là ont réussi dsÉs tes examens annuels, 6ul)issent un eiiamen général sur i\]niversalilé des sciences phltosopbi(|iies, physiques et théologiques. Avoir obtenu trois suffrages favorables sur quatre, (tons ce dernier examen, est une des condi" lions nécessaires pour être admis à la profession. (1)

{i) Const, part, it, et Rat studier. Reg. Prov. pattim.

Tel est Tordre des étades poar les jeunes religieux de la Compagnie de Jésus.

On le voit ; il est conforme au but que le saint fondateur s*est proposé. Pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien des âmes, un long apprentissage prépare les ou\Tiers évangéliques à tontes les positions, à tous les ministères sacrés. S.* Ignace veut, autant que possible, dès hommes solidement instruits, des hommes qui ne s'égarent point, qui marchent d'un pas assuré dans les voies de la vérité, et que les saines doctrines éclairent et conduisent toujours ; des hommes qui sachent tout ce qu'il faut savoir, qui se placent fidèlement en présence du mouvement de la science et se maintiennent à sa hauteur; qui en tout, en histoire, en physique, en philosophie, en littérature, comme en théologie ne restent point en arrière de leur siècle, mais puissent en suivre ou même en aider les progrès, sans Jamais oublier toutefois qu'ils sont voués à la défense de la religion et au salut des âmes.

On nous a reproché de ne point former des homnies de génie.

Parmi les plus beDes gloires de la France on comptera, je crois. Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, Bossuet, Fénélon, Bourdaloue, Condé, Turenne, Descartes et Pascal; sur ces onze grands hommes, sept furent les élèves des Jésuites.

Quant à nous-mêmes, ce dont il nous sera peut-être permis de nous glorifier, c'est de cette multitude d'hommes utiles que la Compagnie a produits dans tontes les branches des connaissances humaines, comme dans tous les genres de fonctions évangéliques.

Et si l'on voulait être juste, ne trouverait-on pas les caractères du génie théologique dans Suarez et Vasquez,

— saque Benoît XIV nomma lés deux flambeaux de la théologie^ duo luminaria theologia, dans Bellarmin et de Lngfo ; le génie de Téloquence de la chaire dans Segneri, dans Boordaloue, dont Bossnet disait : cet homme sera éternellement notre maître à tous : enfin le génie de la sdence dans Pétau, Sirmond, Kircher, Glavlus, Gaobil, Grimaldi? (1)

Après tout, S. Ignace a voulu former des hommes apostoliques; et je ne crains pas de le dire, les différents âges de la Compagnie ont réalisé sous ce rapport la grande pensée du fondateur.

On porte à plus de douze mille le nombre des écrivains jésuites : nous aimons mieux nous rappeler nos huit cents martyrs immolés pour la foi, nos huit mille missionnaires dont la vie précieuse devant le Seigneur s'est consumée dans les travaux du zèle parmi les sauvages et les mfidèles, et ces pères, ces frères vénérés et chéris dont rÉglIse a canonisé la sainteté et qu'elle a solennellement placés sur les autels.

Cependant toutes les épreuves ne sont point achevées encore pour le religieux de la Compagnie : il y a de bien longues années qu'U est sorti du noviciat ; les Constituatiens lui ordonnent d'y rentrer. «

(1) Lalande a écrit dans le Bulletin de l* Europe : « Parmi les calomnies que la rage des Protestants et des Jansénistes ex-^ lialait contre eux (les Jésuites) , je remarquai La Chalotais, qui pOTtA Tignorance et Taveuglement jusqu^à dire que les Jésuites n'avaient pas produit de mathématiciens. Je faisais alors, la table de mon astronomie : j 'y mis un article sur les Jésuites astronomes ; leur nombre m^étonna. J'eus l'occasion de voir La Chalotais à Saintes en 1773 : je lui reprochai son injustice, il en convinL »

Illé^ Ti%ftilème #ilnée «e Proluitloii^

da MiiiÉt mliiilll^pe.

Qu'on me permette de le dire^ c'est ici le chef-d'œuvre de S. Ignace. L'homme qu'il destine au ministère a|KMtoliilue a passé conune novice deux années de recueillement et de silence ) puis sont vènns neuf ans d'études et quatre ou cinq ans d'enseignement \ il vient d'êti^e ordonné prêtre, et il n'a point encore rempli les fonctions du sacerdoce ; le plus souvent il compte trentetrois ans d'âge; et quinze ou seize années de vie religieuse se sont écoulées pour lui : le religieux, le prêtre rentre au noviciat.

Il va» durant une année entière, renoncer encore à toute étude et à toute relation au ddiors* On apporta de grands soins à cultiver son intelligence i il doit maintenant, pour dernière épreuve et pour préparation dernière^ s'exercer, suivant l'expression remarquable des Gonitkutions, dans l'école du cœur, in schola ajfectus. Le mot est difficile à comprendre; il m'a fallui pour en pénétrer le sens, l'année révolue ; et je ne prétends pas ici l'expliquer.

Je dirai seulement : ce religieux, ce prêtre a pu acquérir des connaissances étendues et variées; il a pu déjà aussi donner des preuves de dévouement et de zèle; au sein de la solitude, dans une vie de retraite et de silence, rendu plus présent à Dieu et à lui-môme, avant d'être livré aux autres, « m schola affectus^ on va soi- « gneusement l'appliquer a tout ce qui affermît et fait « avancer dans une hnmitité sincère, dans une abnégation « généreuse de la volonté, du jugement même, dans le

i àépoiûkmmt 4eê pendiaDts laférieu» de la nat&re«

• dm» une connaitsaiice plut profonde, daiu un amour « pl«0 puBd de Dieu; de cette sorte, après aToir fortifié a daof fou Itte, après y avoir fait fiénétrer plus avAnt

• eac«re celte vie TéritaMement spirituelle, il poiirra « nieox aider les autres à s'avancer dans les mêmes voies c pour la gloire de Dieu et de notre Seigneur. » (1)

Ybïïk ce que nous nommons dans la Compagnie ta trmiiime année de probatian, la dernière année de préparation et d'éprenve. Il passe bien vite ce tetnps d'an saint repos qui ne reviendra plus. J'en ai joui, il ne ■e sera pliu donné d'en jouir avant nia mort; et quel que soit le nomlire des années que Dieu me réserve encore sur cette triste terre. Tannée du repos ne s'y reirou'vern plus pow mol.

Alors la grande carrito des exercices durant tout un nris eti encore parcourue ; alors la prière, la méditation se prolongent; l'esprit de l'Institut, les conditions de Pafwitolat, la pauvreté, la souffrance, l'obéissance, tout ce qui constitue les devoirs du religieux est de nouveau étudié, approfondi. Quelques catéchismes faits à des (»« lito eftfants, qndques ndssioRs dans les campagnes viennent seulement interrompre la solitude et servir comme de préMes aux mmistères les plus chers pour un cœur d'apôtre. Je me reporte avec bonheur, je Tavoue, à ^ Mips où fi a» liit donné d'évangéliser quelques pauvres populations des montagnes; je i'ai'bien souvent regretté dcpins : bien souvent l'apostolat des grandes villes à contrifité mon esprit et fatigué mon cceur ; et la jeunesse, que j'ai le bonheur de voir si souvent rassemblée autoisr

(1) Gonst, part t, c. s, g i. Bxam., c 4, i 16 ; lastitut Soc t. i. p. 403 et 348.

de la chaire sacrée, me pardonnera ce souvenir et ce regret, quand je lui dirai, dans toute la sincérité de mon âme, qu'elle ne m'a jamais donné que des consolations.

Après Tannée révolue, les supérieurs s'informent religieusement des progrès faits dans la vertu et dans la science, et suivant le ji^ement que le Père Général porte lui-même sur les informations transmises, le grade igradus) est donné. C'est à dire tout simplement qu'on est admis à prononcer les derniers, vœux de Coadjuteur spirituel ou de Profès. Car il y a ces deux classes de religieux parmi nous. Les uns et les autres sont égaux en tout : nul privilège, nufle prérogative n'appartient à personne dans la Compagnie. Les places de supérieurs sont même de préférence données aux coadjuteurs spirituels; et les profès leur sont le plus souvent soumis. Cependant quelques charges, en très petit nombre, sont réservées spécialement à ceux-ci ; les profès ont aussi le droit, avec certains supérieurs désignés' par la règle, d'assister aux congrégations ou assemblées provinciales et générales de l'ordre. Ces réunions sont as^ez rares et limitées à certains cas.

Ainsi, après les deux ans de premier noviciat viennent les trois vœux de religion, simples mais perpétuels ; après quinze ou dix-sept années d'épreuves et d'études, après une troisième annéejde noviciat viennent les vœux 6olen« nels de profès, ou les derniers vœux de coadjuteur : teUe est la gradation régulière. (1)

Si l'on daignait gravement réfléchir sur cette économie religieuse d'épreuves et de travaux préparatoires, si l'on voulait se rendre compte de cette législation si prudente,

(1) Exam. c. 1, $ 7, 8, 9. — Const.; part. v> c 1, litt. A.— Institut. Soc., 1. 1, p. 340 et 402.

si forte, si digm du génie apostolique de S. Ignace, on aimerait à se représenter ce saint fondateur comme Fouvrier courbé avec ardeur sur son ouvrage pour le façonner elle perfectionner; l'essayant, puis le reprenant pour le façonner encore et le refaire ; et ne le livrant à sa destination que lorsqu'il y a épuisé toutes les ressources d'un art patient et courageux.

Le religieux de la Compagnie de Jésus est ainsi préparé loi^^ment et comme travaillé : on le forme, on ressaie, on k reprend ensuite et on le retrenH[)e à la source des forces actives de Fesprit dans Tatelier de la solitude et du silence. £t ce n'est pas tout : chaque jour de sa vie, dorant de longues heures, il devra rentrer dans la retraite intérieure de l'âme, pour s'y dépouiller de toutes les influences de la terre et des pensées mondaines, pour y reconquérir les vues élevéei^ de la foi, cette boussole divine à l'aide de laquelle il peut mieux ensuite se Jeter à travers les flots s^tés des erreurs et des passions humaines, et tendre la main aux pauvres naufragés qu'il s'efforce de conduire au port du salut éterneL

On sait maintenant conmient se forme un religieux de la Compagnie de Jésus. Certes auéun fondateur ne multiplia, ne pn)longea les préparations et les épreuves autant que le nôtre. Il semble avoir voulu laborieusement imiter l'éducation instinctive de l'oiseau qui plane dans les ùrs. D veut que ses disciples rendus étrangers aux basses régions des affections terrestres s^élèvent jusqu'à contempler fixement dans leur course le divin 'soleil de justice, et sachent incessamment renouveler les fbrces de leur âme et accroître la vigueur de leur action à la chaleur vivifiante de ses rayons.

Daigne la grâce de Dieu accomplir en nous la pensée de notre père ! Puissions-nous tous par d'humbles et

génénscuc efforiB répondre aux y<biix de sa grande tmê et marcher dans les voies qu'il nous a traeées !

Et maintenant, le jour de Taction enfin arrivé^ poar la plus grande gloire de Dieu, pour le service de ses frères, le Jésuite sera plus que jamais indllTérenC à toas les lieux, à tous les emplois, à tontes les situationi (1). Il ne repoussera loin de lui, par une dénégation invlnd* ble, que les honneurs et les dignités (2). Il lea respecte et les admh*e dans les autres, comme le faite da dévone* ment et d'une glorieuse servitude. Il se dévoue, loi aussi, mais toujours pour obéir, jamais pour commander, sans réserve, sans exception, sans rétour.

La classe de septième au collège, la "^pénible sarv^l* lanée du jour et de la nuit entre les murs d'un® salie d'étude ou d'un dortoir; la Chine, les Indes, les sauva* ges, les infidèles; l'Arabe, le Grec; les répuMiqu^s, les monarchies; l'ardeur des tropiques, les glaces du nordj ITiérésie, l'incrédulité; les campagnes, les cités; les résistances sanglantes du barbare, les luttes polies de la civilisation; la' mission, le confessionnal; la chaire, les recherches studieuses; les prisons, les hôpitaux, lea lazarets, les armées; l'honneur, Fignominie; la perséeutioa, la justice ; la liberté, les cachots ; la faveur, le mar^e ; pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, la gloire de Diea propagée, les âmes sauvées, tout est pour le Jésuite d'une égaie indifférence. Tel est l'homme que les Conttitotiens ont voidu donner à Tapostokit catholique. Sans doute nous pouvons géçiir devant iHeu de ne pas atteindre toujours ce but avec le courage persévérant qu'il de*-

(1) Const., part, vii, c 2, $ 1, ip fioe; p* 417 A alibi

Rsim»

(9) Gonsttt paru x, S 6. — Institut, ôoc«, t. i, p« 44^

-demande; du WÊÊÊ», f8ot*il ravoner, le but u'têt pas mm grandeur t et y onnaacrer aa vie, c'eat peut*éUre lui doi^nerqudqiie prix : et J'ai dit la féi^'^é.

nr.^dMamniMnent ém la OaïaaaiMisiiie.

ITeat lei péot-4(re le pelât de aoa CoMtiUitioiia deoc on 8*6ac le pina ppéoccapé. l'en parierai aimplement encore ; et ee qae j'en dirai auffim, Je l'espère, pour dissiper les préventions.

Dana loule société il Êiul un goufemeaMUt e€ on pou- Toir : dans la Société de Jésus, pour maintenir la vigneur des lois et r«uaé d*esprit et de bnt, pour eonserrer lliarmonie des moyens et la subordination de membres nombreux an milieu des traynuK les plus divers, il Aillait une autoriié. Le Ifénéral de la Compagnie en est dépo» sitaire. Il ne Texerce toutefois, quoiqu'on ait pu avancer à ce sujet, que suivant la grande loi catboUque, c'est à ^e dans la pins parftiite dépendance à l'égard du vlcure de Jésas-Chiist, chef suprême de l'Égtise. (1)

Qu'on me pai*donne les détails dans lesquels je vais entrer ; Je tiens à les donner parceque je tiens à nous faire connaître entièrement, et J'afirme qu'en dehors de ce que je vais dire, on ne peut rien supposer qui ne soit fonx sur le gonveinement de la Compagnie. Je serai le plos court et le plus précis possible.

Qmiiid il y a lieu de nommer le Génial, la Société s'assemble eo ^tmçrégalions provimial^s, s'est à dire que dans chaque province de la Compagnie, les profès et certains supérieurs sont conwxpiés et se réunissent. Le Père Provincial et ûexix proies élus par la congréfa-

(1) Gonst., part, n, c 3, S i* — Institut, Soc, t i» p. ASO.

tion provinciale se rendent à Rome pour composer la congrégation générale, Celle-d procède également par voie d'élection ; et c'est ainsi que la Société représentée par les députés des provinces choisit son Général. (1).

Elle lui donne un certain nombre d'assitants tirés des différentes nations, et qu'il doit consulter pour les choses qui concernent son administration. La Société désigne aussi un Admoniteur^ dont la diarge est d'avertir le Général, surtout en ce qui regarde sa conduite personnelle et privée. (2)

Du reste l'autorité du Général n'a point d'autre contrôle régulier et ordinaire : il est obligé de prendre et de recevoir des conseils : il est seul juge de sa détermination dernière. Dans un cas extrême, qui ne s'est jamais présenté, et qui, Dieu aidant^ ne ^e présentera jamais, les provinces pourraient élire des députés, les assistants pourraient les convoquer, afirt de déposer le Général devenu ind^e ou incapable. (3)

Tous les supérieurs, tous les membres de la Compagnie sont soumis au Générai et lui doivent obéissance. Tous peuvent librement recourir à lui et lui écrire comme aux autres supérieurs (k). Il est le père commun; la subordination est grande, mais les recours sont nombreux et faciles.

Gonune tous les autres ordres reUgieox, la Compagnie

(1) Const, part, viii, c. 6. — Institut. Soc., t. 1, p. 430.

(2) Const., part ix, c. '4* S ^t ^^ c. 5, S 2. Institut. Soc, t. i, p. 43d et 440.

* (3) Const., part n, c 4* S 6 et 7. --^ Institut Soc., t 1, p. 439.

(4) Const, part ix, c 3 et 6. -^ Institut. Soc, t 1, p. 436 et 442,

Mt divisée en provinces. Dans chaque proviiice on subdivision de pays, un Provincial est le supérieur de tous les établissements qu'eUe renferme ; il les visite par luimême exactement chaque année ; tous peuvent aller à lui pour leurs besoins et dans leur peines. Le Provincial a ses consulteurs et son admoniteur nommés par le Général; il doit aussi prendre et recevoir leui's avis.

Enfin chaque maison a, sous un titre on sous un autre, son supérieur propre, soumis au Provincial et au Général. Le supérieur de chaque maison a également un coDsdl et un admoniteur. Telle est la forme du gouvernement de la Compagnie : Funité de pouvoir, la nmltipllcité dVis consultatifs. La sagesse possède ainsi toute sa hmiière et Faction toute sa puissance.

Le Général est à vie ; tous les autres supérieurs, quels qu'ils soient, ne sont nommés que pour trois ans, ils peuvent cependant être continués; et tous s'estiment heureux quand le terme arrive et qu'ils sont délivrés du fardeau. (1)

Cette simple organisation porte avec elle beaucoup de force et de douceur, beaucoup d'éléments d'ordre et de paix, beaucoup de garanties et d'appuis conservateurs. C'est un rouage facile et régulier qui développe tranquillement son action. Toujours plusieurs consciences veillent par devoir auprès de l'autorité, Téclairent, Tavertissent avec respect, et rendent compte à l'autorité sapérieure.

Les règles, les conseils, les libres communications, les . recours toujours ouverts et le principe intérieur de charité qui est Tâme de tout, se réunissent poor produire

(1) CoDSt, part IX, c. 8 et 6, — Institut. Soc», t i, p. 436 et 442»

un état de choses où nalle autorité n'etf indépendante ni absolue. Les lois seules ont un souverain çmpire.

Ainsi tous contribuent en quelque sorte à Texercice de rautoriié et tous obéissent.

Et voilà pourtant ce qu'on a osé nonuner despotisme» délation, servitude ; quand il n'y a en ré^ilité qu'ordre, respect, légitime surveillance et vraie liberté.

Là devaient évidenunent, pour un corps religieux et apostolique, s'arrêter les combinaisons et les prescriptions de la prudence. Â Dieu même, à son esprit, à s» providence attentive il fallait abandonner le maintien çt le succès. D'ailleurs quand on est moralement certain par les longues préparations et ks épreuves qui dirigent les choix, de n'avoir pour gouvernsmts que des hommes probes, consciencieux, désintéressés, capobles, quelle autre mesure pourrait mieux répondre à un corps de son avenir? Quoi qu'on fasse, la garantie la plus sûre et même la seule efficace en fait de gouvernement s/^a toujours la probité, la religion, le dévouement des dé* positaîres de l'autpiiité.

Et quant à ceu^ qui ne veulent rien ji^er que d'après les courtes vnes de la politique humaine, qui ne savent tenir compte à l'égard d'une société religieuse ni de l'élément divin déposé dans ses lois, ni d^ ^ pHîssanee régulatrice d'une véritable charité, ils parleront l^vyonrs en aveugles de notr^ Institut, de sa force vitale et de son régime intérieur. Vous ne supposez que défiance nnitoeile et triste esclavage dans notre vie; vpus ne la popnais* sez pas. U n'y a pas une seule appréciation e:(acie 4an« tous vos jugements. Vous ave; fait bien du bruit et dis discours sans vérité. Vous ignoriez : mais quand on ignore, le silence est la loi de l'honneur ; et là où vous avez prodigué Tinjure, moi qui sais J'ai dit la vénttf.

- «3 — YMlez^foiis «Il reste mieux juger ces hommes ? Sûcheis ifaék est la tie qnlls mèDent.

A «fotttre heures du matin la cloche sonne le réveil ; le frère Excitateur parcourt aussitôt les chambres, et Sfcnit par le pieux salut : Benedicamus Domino, t)h qaatt d*beare après il repasse pour constater Tobéissauce ponctuelle de tous à oe premier devoir de la règle. Et c'est ainsi qu'une exacte discipline vient toujours en aide à la bonne volonté personnelle. L'usage appelle alors les ndigiettx de la Gomttognie dans la chapelle, aux pieds du très Mtnt Sacrement. A quatre heures et demie on rfMr« dans sa cellule pour y vaquer seul à la méditation daram une heure.

La cloche de VAnfeiUs met En à la méditation : les prêb*es disent successivement leur messe; et après Taction de grâces terminée commence le cours des occopatioas journalières. Elles ne nous manquent pas; et je pom-rals le dhne, le temps est un bien qu'au dedans on Tient aitadier au Jésuite autant peut être qu\)n lui dispute au dehors, mais dans des vues fort différentes, Hionneur et ta liberlé.

Quelques heures sont toujours réservées néanmoins pour le travail solitaire et pour Pétude. Les uns, et c'est le plus grand nombre, sont appliqués aux pénibles et lentes préparattons qu'exige ta prédication évangéllque ; d'Htotres se livrent aux recherches scientifiques ou historiques. Tous s'emploient aux fonctions actives du ministère des âmes, qui en général laissent peu ddi%)lacc h an paisible loisir. Aussi à moins que llmpérieuse nécessité ne ihsse sévèrement interdh^ par, le religieux l'ac-

ces de sa pauvre cellule, elle est presque conslamunent assiégée. Et là se présentent librement les hommes de toutes les conditions, de toutes les opinions : tous les genres d'infortune, toutes les afflictions de Tâme viennent tour à tour exciter notre compassion et notre zèle, La statistique des visiteurs d'une seule journée, chez Tun d'entre nous, serait quelquefois une bien curieuse histoire. Souvent la police y aura sa part, les intrigants y chercheront la leur; la plus grande restera toujours à ceux qui souffrent, et qui viennent avec conflance nous demander consolation et vérité. A tous on tâche de faire entendre le langage de la foi et de la charité : ceux qui étaient venus pour nous tenter et nous prendre dans nos paroles, se retirent souvent confus, quelquefois peutêtre désabusés; d'autres en plus grand nombre, nous l'espérons, consolés dans leurs douleurs. Des hommes ennemis sont ainsi devenus les amis dévoués de ceux qu'ils ne connaissaient pas et. qu'ils ont appris à connaître.

Que dire maintenant des demandes qu'on nous adresse comme à des hommes en crédit ? Bonnes gens qui unissent par croire ce qu'on leur débite sur la puissance des Jésuites. Gomment leur en vouloir? Mais, il faut bien l's^ouer, ils nous font passer entre nous, dans nos heures de récréation, quelques moments d'une franche gaieté.

Le religieux, le prétie se doit à tous : les femmes chrétiennes, et celles aussi qui sentent le besoin de le redevenir, le demandent; il descend dans le parloir commun, où seulement elles peuvent être reçues ; et la charité ne lui permet pas de remonter toujours aussitôt qu'il l^lioudrait. Elles l'appellent aussi au confessionnal: il s'y rend ; et quoiqu'il s'y trouve assurément un grand bien à faire, quoiqu'on y rencontre de ces âmes fortes

- Ô5 — qui sont les anges de leurs familles, les mères des paaires, les soutiens de toutes lès bonnes œuvres, nous préférons ce ministère rempli auprès de la jeunesse des écoles et du monde qui veut bien encore avoir confiance en nous et nous rendre dépositaires de ses faiblesses, de ses combats, de ses vertus.

Les relations du ministère, ou quelques heures de travail qu^on leur dérobe, voilà donc ce qui re:nplit la première partie de la journée et ce qui remplira la seconde*

Midi aiTive ; c'est un temps dVrét dans la vie de communauté. Un quart d'beure est d'abord employé à Texamende conscience sur la matinée, afm de retrouver Dieu et soi-même de plus près. Puis on descend au réfectoire ; le silence, la lecture assaisonnent un frugal repas qui dure une demi-heure. Otv visite ensemble le saint Sacrement; on se réunit ensuite pour la récréation. Franchement, je voudrais qu'on vit alors de quelque observatoire ces redoutables Jésuites : peut-être qu'à la libre cordialité, aux simples épanchemeuts, à la joie loyale de leurs entretiens, on ne les reconnaîtrait plus pour ces êtres ténébreux et malfaisants qu'on a si souvent dépeints sous les plus noires couleurs. Ces odieuses préventions sont si contraires à ma nature, que je ne puis sans tristesse en rappeler le souvenii% et que le langage même que je viens de tenir me blesse. .

On se quitte après trois quarts d'heure. On retourne au silence, au travail, et le plus souvent au confessionnal; on recommence à entendre la longue histoire des peines et des infirmités des consciences mondaines. On écoute le pauvre comme le riche, l'enfant et l'homme fait. S'il est besoin aussi, on va consoler sur leur lit de douleur les malades ou les mourants; et c'est dans les heures de

raprèsrmidi smtout qu'on remplit ces religieux devoirs.

Maui m B^bftient de foute visite qsi né «tarait que pore distraction ou àmp^ bienséance. Jamais un Jésuite ne parait éttm le monde ; il ne prend jamais ses repas hors d« là comnnuiauté, à moins quil n'en soit momentanément séparé pour une mission évangélk^ue.

Le soir vient; il a fallu trouver cependant le temps de la prière et de Toffioe divin : on Ta saisi dès qu'on Ta pu. Â sept heures le souper réunit les habitants de la maison ; qudqiies instants de récréation suivent encore; h huit heures un quart les litanies de^ saints se récitant en commun à la chapeUe ; chacun se retire alors dans sa chambre et consao'e seul une demi-heure à la lecture spirituelle et à Teiamen de sa conscience. Â neuf heures on sonne le repos. Quel<|ues-uns« avec la permission des supérieurs, pourront bien encore prolonger le travail on la prière ; quelques autres, le matin, devsmeeront ilieure du réveil commun ; mais tous obéiront à la sage autorité qui veille au maihtien de la santé et des forces iléces-

Les jours se sniveift ainsi et se ressemblent. Ils atont renplis, sowent pénibles, doux cependant. Et voilà dans la Péaiité ces hommes qu'on trouve si dangereux à Fétat, à rÉgliBU» à la cause des libertés publiques, an bien des fmilles. '

y I. -- Ii'^liéiManm»

,l'a€hevvH*ai l'analyse des ConslUtttions en donnant l'idée juMe de la grawie loi de l'obéissance. Elle «t, j'en oonviens, uotre âme, ttt>tre vie, mitre iorce et notre gloire. C'est ici le>olnt capital de l'Institut et le point capittd aussi des (Mtaqaes. J'en parlerai avee la même implicite et la même prédsion que des choses qui précèdent.

Vsjci tes panries de S. Ignace ; Je les trudois Uttértde-

« Tétts t'étndferoiit à obseirer principalement Tobéb*

« «moe el à y exceller H faat avoir devant les yeux

« Diea ttdire Créateur et Seipenr, à cause duquel on « rend obéfssance à ITiomme. » C'est ce qui la justifie et Tennoblit. Il ne faut pas que les cœurs soient ployés sous le j9ttg de là crainte ; aussi le saint législateur ajoute : « Il faut apporter tous ses soîns pour agir dans un esprit « d'atnour, et non avec le trouble de la crainte, ut in « spiritu amoris et non cum pei'turbatione timorîs pro-

• eetktmr Datts toutes les choses auxquelles Vobéis-

« sanee peut ^'étendre avec charité ( c*est à dire sans pé- « ché), soyoïM aussi prompts et aussi dociles que poss!^ « ble à la voix des supérieurs, comme si c'était fa voix «I miftie de Jësus-Christ notre Seigneur ; car c'est à lui « que nous obéissons dans la personne de ceui qui tfen-

« leiit fmxt MMs sa {riace Portons-nous donc avec

9 grande prmiiplffiide, avec Joie spirituelle et persévé- « rance à tout ce qui nous sera ordonné, renonçant par « nm torfe d'obélssaiM^ aveugle h tout Jugement con- « frMre : et cela dans toutes les choses réglées par le « supérieur, et où il ne se trouvt point de péché, »

id te rencontre le mot célèbre et si souvent commenté : « Que chacun soit bien convaincu qu'en vivant sous la « Id de l'obéissaiice, on doit sincèrement se laisser poré ter, l'égfr, remuer, placer, déplacer par la divfne Proie ifdence au moyen des supérieurs, comme si on était < tm «êfl, perindè ac si caéaver essenî: ou bien en- « eore comme le bâton que tient à !a main un vieillard « et qui lui sert à son gré. » Et le saint législateur, expliquant sa pensée, ajoute : « Ainsi le religieux obéissant « acconpMt avec }e9e ce dont il est diargé par le supé-

-^ 68 - « rieur pour le bien commun ; certain par là de corres- « pondre véritablement à la volonté divine, » bien mieux que si sous Tlnspiration du jugement propre il faisait des entreprises au gré d'une liberté inconsidérée et quelquefois par les mouvements d'une volonté capricieuse (1).

Je voudrais qu'on relût attentivement ces paroles et qu'on tâchât de les bien entendre. On en a fait tant de bruit; et cependant on n'en a pas même compris le sens, ou du moins on l'a étrangement altéré.

Je rendrai aux mots leur sens et à la bonne foi ses droitSt

£t d'abord je rappellerai simplement que tous les ordres religieux sont liés par le même vœu d'obéissance, que tous expriment et entendent de même la vertu d'obéissance.

Mais veut-on aller au fond même des choses? Veut-on parler raison et principe ?

Qu'on cherche dans ses souvenirs ce qu'il y a de beau, de grand et de mieux apprécié parmi les hommes»

Serait-ce les magnificences de l'ordre parfait? Eh bien! l'ordre est tout entier dans la juste subordination. Graviter ver» un centre commun est Tordre même de la na< ture : mais c'est l'obéissance.

L*ordre et l'harmonie du corps humain sont aussi admirables : mais la tête commande.

La sagesse et la sûreté des vues sont précieuses et bien rares dans la conduite des affaires. Mais la sagesse de l'homme, dit quelque part Fénélon, ne se trouve que dans la docilité. Le vrai sage est celui qui agrandit sa sagesse de toute ceUe qu'il recueille en autrui. Gela est juste.

(1) Const., part vi, c. 4, S 1. — Institut. Spc, t. 4, p. 407,

Un homme est seul avec lui-même ; Il se fie ù ses propres idées et s'affranchit de toat conseil : il n'a plus ni sagesse ni pnidence.

Le religieux est donc vraiment sage ; car pour lai le supérieur est par état le conseil, Tappui, la raison d'un père. Voyez encore une famille paisible et bien réglée ; l'âme de sa prospérité n'est-ce pas la subordination et l'obéissance?

itfais je dois poser ici le grand principe ; il n'est point sans doute du domaine étroit de la philosophie humaine ; il appartient à la foi. Qu'on la suppose ici, du moins pour un moment, si on est assez malheureux pour ne la pas avoir.

Quel est donc le sens de f obéissance du Jésuite et, pour parler plus juste, de tout religieux sans exception ? Le voici au point de vue de la loi, le seul pratique et vrai en cette matière :

Dieu, dans sa providence surnaturelle et spéciale, a établi au sein de l'Église un genre de vie et de perfection érangélique dont le vœu d'obéissance est le fondement et le cai*actère essentiel.

C'est à Dieu même que le religieux voue son obéissance; Dieu l'accepte, et s'oblige ainsi en quelque manière à diriger et à gouverner par une autorité toujours présente les actions de celui qui veut et qui doit obéir.

Dieu vit. Dieu agit, et il préside dans l'Église aux fonctions de tout le corps, et surtout aux fonctions de la hiérarchie. Cette hiérarchie, divine et non humaine, constîtae, approuve, inspire les règlements et les supérieurs des ordres religieux : en sorte que l'obéissance de chacun de leurs membres, par une vue de foi certaine et pure, doit remonter à Tautoritâ de Dieu même.

J'obéis à Dieu, non à l'homme : je vois Dieu, j'en-

tends Jésus-Christ loi-iiiéme dans inoii supérieur : leUc est ma foi pratique, tel est le sens de Uiûb tcbu d'obéissance et des règles qui l'expliquent. LalssefedoDcrhamiiie) sa servitude ou sa tyrannie: laisseB-moi; j'obéis à Dieu, non à rhomme.

Et maintenant élevons-nous; il y a là une théorie magnifique. Elle est surnaturelle et divine t mais cela ne nuit à rien. Le supérieur commande avec la consdcnce de l'autorité qui lui vient de Dieu; l'inférieur obéft avec la conviction de i'obéist^ance qu'il doit à Dieu. Le supérieur vit de la ft>i ; l'inférieur vit de la foi.

Il vous plait à vous de retrandier la foi i vous éteignez le flambeau d'où vient ici toute la lumière, et vous nous jugez en aveugles à travers les ténèbres qui sont votre ouvrage.

Non, il n'y a ici qu'un senl )H*lncipe, principe absôlb et souverain qu'il faut envisager et hors duquel ûti déraisonne nécessairement en matière d'obéissance religieuse : Dieu reconnu, Dieu respecté dans les supét^iëurs. Et après tout, qu'y a-t-il donc là de si étrange? S. Ignace a beaucoup insisté sans doute sur la verta et la perfection de l'obéissance; mais il n'ai rien dit de plus fort, ni même d'aussi fort que les aaitres fondateurs de sociétés religieuses : et c'est ce qu'un examen sincère ne devait pas laisser ignorer à ceiu qui nous ont attaqués.

S. Ignace nous permet d'adresser toujours aux supérieurs nos humbles représentations, après avoir consulté Dieu dans la prière ; il nous permet de leur manifester avec respect nos sentiments contraires aux leurs ; et dans cette langue de modération et de prudence qu'il savait si bien parler, il a cru devoir tempérer le conseil de l'obéissance aveugle (ccBca quadam obedientia) là où lei au-

— Titres, tous les antres llmposent avec unegrigaeur qui n'aibnet point de ménagement, avec nne étendue qui ne connaît point de lindtes.

S. Benoit, ce patriarche de la vie religieuse en Occident, loi donc les dûclples ont défriché l*Europe, et à qui les lettres et les sciences doivent la conservation de leurs plos beaux trésors ; S. Benoit, dont Tesprit plana longtemps sur d'iniiombrables générations pour les civiliser et les instruire; S. Benoit, instituteur de la vie monastique, ordonna textuellement à ses disciples d'obéir dans les choses même impossibles : on comprend que c'est ici Técho de la parole évangélique ; on peut le voir dans la préface de ses règles et dans les chapitres 5 et 68.

S. Ignace nlgùoraitpas le mystère de cette sainte témérité qui s'en remet à Dieu du soin de transporter les montagnes pour iiûre écfeter les triomphes de la foi : mais il n'en a point laissé la leçon par écrit.

S. Ignace exhorte à se laisser porter et régir par la Divine Providence (1) comme si on était un mort, Peiindè ac si cadaver essent. Cette image n'est pas de loi, fl l'a prise évidemment du grand et admirable S. François d'Assise. €et homme si extraordinaire, si puissant et si doux, auquel il fut donné de réaliser tant de merveiUes, qvi vint montrer à la terre l'évangile vivant de la pauvreté et de la croix dans un apostolat si beau et si vrai, i, François d'Assise ne regardait comme réellement obéissant, au rapport de S. Bonaventure, autre lumière éclatante du moyen âge, que celui qui se laissait toucher, remuer, placer, déplacer^sans aucune résistance,

(1) Loc. cit,

— 72 — • comme un corps sans \ie, corpus exanime (1). n exprimait la mémFpensée à peu près encore dans les mêmes termes lorsqu'il disait son sentiment à ses religieux en les instruisant sur Tobéisance : « Ce sont des morts que je veux pour disciples, non des vivants, mortuos non vivos ego meos voto (2), et Cassien, longtemps avant lui« s'était servi de cette énergique image pour exprimer la perfection de l'obéissance. (3)

Enfin, pour omettre tous les autres, S. Basile, le législateur des moines d'Orient et rùne des plus mâles figures des anciennes églises, comme l'une des plus belles gloires de l'épiscopat et de la science sacrée, S, Basile, au chapitre 22 de ses Constitutions monastiques (4), veut que le religieux obéissant soit comme l'outil dans la main de l'ouvrier, ou bien encore comme la coignée dans la main d'un bûcheron. Le bâton du vieillard, si singulièrement reproché à S. Ignace, est moins redoutable, on l'avouera.

Mais quoi ! dira-ton toujours, obéir en aveugle, soumettre sa volonté, son jugement, est-ce là penser, vivre en homme ? Oui ; et c'est même avoir fait de glorieuses conquêtes dans la carrière de la dignité humaine, et, dOt l'horreur s'en accroître encore, j'exposerai cette affreuse doctrine.

« Malheur, dit l'Ecriture, à celui qui marche dans sa « voie, et qui se rassasie des fruits de ses propres conseilsl u Malheur à celui qui se croit libre quand il n'eA point

(1) S. Bonav., vita S. Franciscî, c. QO.

(2) S. Franciscî Assis, opéra, cdtloq, 40, in-fol. ; Liigdmii, 4653, p. 80.

(n) De Inst. renunt., 1. 12, c. 32.

(/i) S. Basil., opern, edit. Renoil., t. 2, p. 57â.

« déterminé par aatmi et qui ne sent *pas qu'il est en* « traîné an dedans par un orgueil tyranniqne, par des « passions insatiables, et même par une sagesse qui, sous «une apparence trompeuse, est souvent pire que les « passions même ! » C'est Fénélon qui parle ainsi (1) ; je dirai après lui :

mon Dieu ! que je voudrais être mort à moi-même, être anéanti comme Tentendaient S. Ignace et S. François ! mon ambition tout entière serait remplie en ce monde. Il est des âmes pieuses et recueillies qui accepteront et comprendront ce langage : et pour le faire entendre à tOQs, les beaux et puissants génies qui ont fécondé TÉgiise et \ersé en abondance les fruits de vie au sein des nations, viendront à mon aide et ^ront mieux que moi comment il faut mourir à soi-même pour bien vivre. J'entends S. Paul : « Vous êtes morts, et votre vie est

« cachée en Dieu avec Jésus-Christ Nous sommes

« ensevelis avec lui dans la mort..... Quant à moi je

« meurs chaque jour Je suis mort et crucifié pour le

« monde, et le monde est mort et crucifié pour moi

« Aussi ma vie est Jésus-Christ seul Nous sommes

« comme des mourants, et nous vivons cependant. » (2)

Si le langage de S. Ignace est étrange, au moms con-

vi^ndi-a-t-on que S. Paul lui avait donné bon exemple»

S. Paul nous révèle ici tous ses plu^ admirables secrets :

0) Christianisme présenté aux hommes du monde, t 6, p. 27.

(2) Mortui estis el vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. Coloss., c. 3, v. 3. — Consepulti samus cum iUo in mortem. Rom., c. 6, y, 4. — ^Quotidie^orior. 1. Cor., c 15, v. 31. Mihimuadus crucifixus est, et ^o mundo. Gai., c 6. T. 14* — Mihi autem vivere Christus est Philip., c. 1, \. 21.— Quart morientes et ecce vivimus. n. Cor., c. 6, v. 9.

il nous décotttrfe la sonrce à laquelle, parmi les longues luttes de son apostolat, il est allé puiser la force et la lîctoire. C'est donc eti niburant aihsi au monde, à luimême, à ses volontés, à ses désirs, à tout ce qui n'était pas Dieu, qu'il accomplit tant d'incroyables travaux, qu'il fournit une carrière si glorieuse, qu'il sauva tant d'ames.

Cette langue dé S. Paul avait été pat-lée avant lui par une bouche divine. Et que signifie donc celte leçon : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce « lui-méihe, qu'il porte sa croix fet qu'il tîife suive, » sinon encore cette abnégation intime qtll est la môit en nous dé la volonté et de la pensée pfojires, de cette fausse énei^ie qui notis tue, tandis qu'en l'abdiquant nous vivons de cette noble vie que le Sauveur enseigna?

Que signifie cet autre enseignement du Sdtiveur : « Il faut naître de riotiveatt ? » Mais, pour renaître, il faut bien qu'auparavant on soit mort : et mourir, c'est surtout obéir) car c'est en obéissant surtout que Tânie se dépouille de cette vie fectice et corrompue que l'orgueil lui a faite, et qu'elle se régénère au sein de là vie nouvelle que rhUmUité lui apporte avec la grâce.

Mais il est une parole de Jésus-ChHst qUe l'homme apostolique doit méditer profondément entre toutes les autres : « Le grain de froment, sll ne meurt pas, reste a seul; s'il meurt, 11 produit beaucoup. Ainsi celai qui « aime son âme la perdra; et celui qui hait son âme en « ce monde la garde pour la vie étemelle, » (1) Eh

(1) Si quis tult post me vetiire, abheget semelipsum et tollat cnicem suam et sëquatur me. Matth., c. 16, v. â4. — Oportet vos nasci denuo. Joan., c 3, v. 7. — Nisi granlim frumenti... mortuiim fiierit, ipsm& solum maiiët ; si autëm mortuiîm fuerit, multum fructum affert. — Qui amat animam suam pcrdet

bien ! je le demande encore, quVst-ce que cette haîne de soi, cette mort volontaire et souTerainement désirable pour vivre et fructifier? Qu'est-ce? filasphémerait-on contre là parbic évangéllque ?

Oui, notis dit la sagesse incrééë, il faut que vous inou-. riez, que vous soyez enseveli dans la terre, que vous disparaissiez dans rabaissement de vous-même et dans Fabn^ation ; et puis après vous revivrez. On vous reverra, vous reparaîtrez portant les fruits de vie. Par la mort vous serez devenu le sel qui consefve, la lumière qui éclaire, la nourriture des âmes et le froment de Jésus- Christ.

Et S. Paul a voulu énergiquemcnt exprimer dans la personne même dû Sauveur ce principe divin de gloire ei de vie, quand il a dit : Il s'est anéanti, exinanivit ; il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, ohediens usque ad mortem, S. Ignace dans sa loi d'obéissance n'a pas voiilu exprimer d'autre mort que cette belle et féconde vie de l'apostolat défini par Jésus-Christ et par S. Paul.

mon bienheureux père ! je n'avais pas besoin que Tamorité de vos pr(?ceptes fût jamais devant moi justifiée. La parole par laquelle vous m'ordonnez de mourir eiî obéissant est le plus pur et le plus généreux esprit de f Évangile. Je îe croîs de toutes les forces de mon âme, et je le prodahie à la face de ce siècle, qui peut-être maintenant comprendra mieux mon langage : je n'ai trouvé là paix et la vie que dans la pensée de cette mort à moi même.

Qu'on me cite un des grands noms dont s'honore l'Église catholique, par qui cette sublime doctrine n'ait été — ' ■ ■ I I - I 1 1 I II 1 1 »i>

^m : et qui odit animam suam In hoc mundo^ in vltam aetCT" ii^custoditeam. Joan., €• iS| v. 24«

enseignée. Vous admirez Bossuet; prenez son discours sor la vie cachée : c^esC un magnifique commentaire du texte de TÉvangile et en même temps de la célèbre parole de S. Ignace (1). Ce discours est trop long pour que je le rapporte , trop beau pour que je le déchire en 'citations. Il faut le lire tout entier. Je ne rappellerai que ce seul mot de Bossuet : « Tel qu'est un mort à T^^ard « d'un mort, tel est le monde pour moi et moi pour le (' monde. » (2)

Le génie si profond, si piea\ de Fénélon n'avait garde d'oublier cet état de mort spirituelle ; combien de fois il y revient ! « Que faut-il donc, » écrivait-il ? « Il faut se « renoncer, s'oublier, se perdre.":. 6 mon Dieu, n^avoir « plus ni volonté ni gloire que la vôtre... — Dieu veut (« que je regarde ce moi comme je regarderais un être « étranger... que je le sacrifie sans retour, et que je le << rapporte tout entier et sans condition au Créateur de «i de qui je le tiens...» (3) Et ce cri de S. Augustin qu'on a regardé comme un des élans les plus sublimes de sa grande âme ne serait donc qu'une folie ! « mourir à « soi, 6 aimer, 6 aller à Dieu... à perire sibi, ô amare^ « ô ire ad Deum ! » Fénélon encore que voulait-il en s'écriaut : « Sauveur, je vous adore, je vous aime « dans le tombeau, je m'y renferme avec vous... je ne « suis plus du nombre des vivants? monde, ô hommes! « oubliez-moi, foulez-moi aux pieds, je suis mort, et la « vie qui m'est préparée sera cachée avec Jésus-Christ « en Dieu. » (4)

(1) Œuvres de Bossuet : Versailles, 1816, L 10, p. 315.

(2) Ibid., t. 9, p. 523.

(3) Œuvres de Fénélon. — Nécessité de connaître Dieu, t. 48, p. 281 et 285 ; Paris, 1828.

(4) Ibid. , Samedi-Saint, p. 125.

TeOe est donc la mort précieuse que réalise merveil* leusefflent Tobéiasance religieuse : holocauste vivant et véritable où llioninie tout entier s^immole à Dieu, à ses frères, à toutes les œuvres grandes et glorieuses.

Vous ne le comprenez pas, esprits superbes de ce temps, instruits à vous complaire dans tous les rêves ambitieux de la raison humaine, dans toutes les chimères d'indépendance ; je le conçois : mais de grâce, gardez- Tous de blasphémer ce que vous ignorez; ce que les saints et les plus beaux génies ont connif, ce qu'ils nous ont légué après eux dans leurs testaments religieux.

Vous ne pouvez comprendre, et cependant quelquefois vons gémissez ; ah ! la terre tremble sous vos pas, et TOQs posez des questions savantes pQur définir quel fléau mage lliumanité. Chose étrange ! on vous voit en même temps ivres d*un fol orgueil chanter sur un abîme ; et sans Gesse chancelants dans la vie, vous célébrez le pouvoir effréné de tout penser, de tout dire, dont vous redoutez aussi "Fexcès. Vous triomphez de cette force qui renverse toujours sans édifier jamais : bien ; mais d'autres ont jugé qulls reconquéraient la liberté. Tordre et la paix de lem-s âmes en soumettant leur volonté aux volontés divines, en abjurant dans les mains de Dieu et d'mie autorité qu'il institua, cette puissance d'erreur, de trouble et de crime que porte le cœur de l'homme. Se révolter contre Dieu, rejeter insolemment son joug est aussi facile que désastreux. Dompter l'orgueil frémissant, la pensée inquiète, les passions aveugles et tout ce moi déréglé dont l'indépendance nous avilit et nous tue, c'est s'affranchir et vivre : c'est rentrer dans un empire ^aiment fort et paisible où Dieu règne, où l'homme obéissant r^e aussi ; car il fait le plus noble usage de sa puissance et de sa liberté. Et s'il en coûte de mourir

ainsi à pette faws^e pt funeste vie ; gi'ii fn pq^tc jie Cft^forroer rintelljgence e\ les (Jésirs à la s^ç di}rpqtiqfl gue la religion donne ef que Djejj lui-même revêt (}e sqfl a|j(Qrité, il y a là aussi le plus coip-^gpux, l^ plos g)çrie)i:f , le plus fécond des s<içri{jces, le sacrifice 4e soi-mêin^» et la victoire remportée ^ur le3 pliis iftdqmpta})les epoenijsdp Thomme, sop esprit et son cç^\\f.

Qu'est-ce qui meurt donc ici ? Ce qui i}*est pas digne de vivre, ce qui donne la vie à l'âme eu §p retirant : l'orgueil, la frivolité, la vanité, le caprice, la fait>l^sse, le vice et la passion.

On ne fait pas mourir, au cpi^traire oii ranini^, (m fortifie ce qui est digne de la vie, c'est à dire Toiibli 4® sqi, la vertu, le dévouement, le vrai courage.

Et c'est ainsi que r|iomme obéissant deviefft maître de lui-même, s'élève et grandit avec upe sinjplicité ^^panime de toute la distance qui sépare l4 vrî^ie servitude de la vraie liberté.

O esclavage, que l'insolence liumqine 7\'a ipiÇiS (tçmfc de nommer libellé ! disait encore Fénélçjî^ ; et c'était le . cri d'un g[rapd cceur et d'up bea^ génie.

Ainsi le religieux n'est plus esclave ; i) ne seij^ plus l'humepr, le caprice, les sens, l'orgueil ni les passion^ ; il a foulé aux pieds ses tyrans. Il est libre d^n,^ )e$ vojes sures ; la vérité, la prudence règlei^t se§ pas. 11 est libre; car il obéit à la sagesse ^e Pjpu; et jl obéit pp]ir $çt dévouer à toutes les œyvres utiles, à tous jes saçpficest et à tous les travaux pour le bien éternel de rhum<|mt^«

« Soldat, tu iras te placer à la têfe ^Çi ce pont, lu y « resteras; tu mourras, nous passerons. — Qfli» jïiqn g<5- « néral. »

Telle est l'obéissance gnerrièf e, perin^è aç ca4çver. Elle sert, çUe meurt; et voilà pourquoi )a patrie jj'^ pas

assez (le coprQQiies, n'a pas asiez 4e voix pour célél)i*er son béroIsDie et sa gr^^ndeur.

« Pcmain vous partirez poar la Chipe ; la persécution « vous y attend, peut-être le paaityre, —Oui, mon père.» PeîHndè ac cadavcr; telle est l'obéissance religieuse. Elle fait Tapôtre, le qiartyr ; elle envoie ses nobles victimes mourir aux extrémités du monde pour le salut de irères inconnus. £t voilà pourquoi T Église loi élève ses autels, lui décerne son cuite, ses pompes et ses chants glorieux- Telle est Tobéissance demandée au Jésuite. Vous avez cru pouvoir la livrer à la dérision publique ; il vous a plu de la mépriser ; laissez-moi penser que jusqu'à ce jour vous ne l'aviez pas comprise. (1)

CHAnTRE m.

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