‹ De l'existence et de l'institut des jésuitesChapitre 2 sur 15 · DE LA CINQUIEME EDITION · texte numérisé non relu

DE LA CINQUIEME EDITION

Une qucslioii reste à résoudre.

Elle sera résolue peut-être quelque jour : elle ne Test pas encore.

Lliisloire dira peut-être quelle fut l'étrange puissance d'un nom pour exciter les haines, appeler toutes les injures, provoquer tous les genres d'attaques ; pour répandre des frayeurs stupides, égarer la raison des plus sages, faire fléchir les esprits les plus fermes.

L'histoire révélera sans doute enfin pourquoi ce nom inspira des préventions si bizarres, souleva des mouvements si extraordinaires, devint le cri de la raison d'État compromise, l'arme du combat contre l'Église, et souvent même contre les gouvernements.

L'histoire le dira peut-être; aujourd'hui c'est un mystère : un mystère de haine sans raison, de terreur sans objet, de bruit et de tumulte que rien n'explique.

Un rclàcliomcnl préleiidu de doctrines, des calomnies amoncelées, la peur de je ne sais quelles influences, tout un passé de travaux apostoliques, de luîtes religieuses, de persécutions et de vicissitudes continuelles ne suffisent pas à en rendre compte. C'est un mystère.

L'esprit le plus exercé, le plus habitué à réfléchir sur les événements, ne s'expliquera pas ce grand phénomène moral. Non; je l'affirme, il n'en trouvera pas une raison claire; il devra s'en remettre au jugement de l'avenir. Dans le présent, la cause proportionnée d'un semblable effet n'apparaît pas. Il y a un mystère.

Si du moins quelques griefs précis étaient articulés, si des faits certains étaient avancés : il s'agit d'hommes actuellement existants; si quelques noms propres parmi eux signifiaient réellement une influence et une action funestes : mais non ; rien de tout cela. Pas un fait, pas un nom . jamais il n'y eut une accusation pareille.

Si le gouvernement justement ému et éclairé, comme il doit l'être, signalait un crime: mais non. Le gouvernement s'est enquis, il a recherché, comme il le devait, interrogé, minutieusement examiné : il n'a rien trouvé d'imputable.

Si la presse, active, vigilante messagère, comme la renommée, du vrai, du faux; du bien, du mal,

Tnm firti pratique tenax qnam nuntia vcri ;

si la presse, dis-je, avait dénoncé des faits positifs.

assigné sérieusement un danger réel... Non, tout est dans le vague. Des tendances, des soupçons, des lunieurs, des clameurs; pas un fait, pas un grief, pas un nom propre.

Cependant notre vie est percée à jour comme notre demeure ; elle est ouverte à tout le monde. Nous agissons, nous parlons, nous écrivons.

On n'impute rien : on hait, on accuse ; encore un coup, c'est un mystère.

La haine a des yeux et ne voit pas; elle a des oreilles et n'entend pas.

On absout les personnes : cela est proclamé ; on condamne l'ordre, on le proscrit. L'ordre se compose apparemment des personnes ; n'importe : l'ordre est coupable, les personnes ne le sont pas.

« N'accusez donc pas les personnes, écrit-on, n'accusez que l'ordre. Ne calotnniez pas les jésuites j mais ayez raison du jésuitisme...

« Qu'importe que les moines de la rue des Postes ou de la rue Sala soient des saints, s'ils cachent dans les plis de leur robe d'innocence le fléau qui doit troubler l'État? Qu'ai -je affaire de vos vertus, si vous m'apportez la peste * ? »

Cela suffît peut-être pour entraîner l'opinion dans un système de répulsion et d'agression violente ; mais cela n'explique rien.

Le problème demeure.

Des hommes inoffensifs, des prêtres irréprochables,

' M. CrviLLiER-Fi.FARY, Joumol dcs Péhats, 10 mars 1855.

on en Lonvicut ; ces lionimcs, ces piètres sont digues des injures les plus grossières, des imputations les plus calomnieuses, des rigueurs du pouvoir, de la proscription. Et pourquoi? parce que dans un pays catholique, dans un pays de liberté des cultes, ils ont choisi pour leur vie domestique et privée les règles d'un oidrc religieux solennellement approuvé par l'Église catholique.

Il sont donc à la fois innocents et coupables. Innocents comme individus, coupables comme société : et cependant ce sont les mêmes hommes.

Explique ce mystère qui pourra.

Tel est le véritable état de la question : c'est un problème moral ; il n'est pas facile à résoudre.

Ce n'est pas le jésuite que vous poursuivez, ditesvous; c'est le jésuitisme : les choses en seront-elles plus claires?

Qu'est-ce que le jésuitisme? Je vous défie de le dire. Vous avez écrit trois mille pages sur ce sujet . vous n'avez rien dit. Je vais vous en donner la preuve avec vos propres paroles.

Le jésuitisme, c'est une puissance occulte, formidable, insaisissable*; c'est un des pouvoirs de l'État\

Ce sont les peuples soulevés, les troupes remuées, les armées en marche^ les gouvernements renversés, les pnys asservis \

' M. Cuvillier-Fleurv, Journal des Débals, 10 mars 18i5. ' ](]., Ibid.

' Id., Ibid.

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