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Le jésuilisme , c'est la dominotîoit universelle; c'est un réseau de hifjoierics^ ctahsohi lions, d'intrigues et d'infamie qui enserre les familles, les individus, les nations ^
C'est tout à la fois la modération dca sentiments^ l'énergie secrète et implacable de la réaction, le cosmopolitisme sans entrailles -.
Le jésuilisme, c'est l'empire des femmes, rahéfissement des enfants : c'est la morale relâchée, la piété fervente, la complaisance inique; c'est le /yrannicide cotnmandé, l'adultère excusé" , le mensonge, le vol, le blasphème, etc., ctc '.
C'est encore la politique odieuse, c'est l'influence cléricale : c'est la restaurât io7i, c'est sa durée, c'est la réiolution de 1830, ce sont les ordonnances de juillet \
Le jésuitisme, c'est l'homme religieux, le catholique fidèle : c'est aller à la messe, c'est prendre de l'eau bénite ; c'est se confesser, c'est le célibat des prêtres, c'est l'ultramontanisme^ ; c'est l'esprit de mort' , c'est l'automate chrétien^.
^ M. Ccvillier-Flecry. — M. Michelet, Bu Prêtre, de la Femme et de la Famille, p. 49 et passiiii.
' M. Cuvillier-Flecry, ibid.
' Id.,ibiil. — M. Michelet, Du Prêtre, etc., p. i et 5, et Des Jésuites, passim.
» ^ Arrêt du parlement de Paii?, 1,"G2.
* M. Clvillif.r-Fleory, ibid.
" M. Clvillier-Fleurv, ibid. — M. Michelet, Du Prêtre, «le, passim.
' M. Michelet, ibid., p. vn.
* Id., Des Jésuites, pasiiin.
Le jésuitisme, ce sont tous les tnandonents des éteques^ tous les actes de la papauté % toutes les réclamaiions de la liberté, tous les écrits opposés à l'université : c'est toute la presse religieuse ^
Le jésuitisme, c'est tout ce dont on ne veut pas, tout ce qu'on hait : c'est ce qu'il y a de plus infâme et de plus vil, de plus fart et de plus saint; c'est l'Église tout entière ''.
Le mystère est-il expliqué ? Non.
Ceux qui écrivent ces choses les croient-ils ? Non.
Ils les savent entièrement dénuées de fondement, même impossibles : n'importe.
Mais ils crient au jésuitisme : c'est assez pour eux. A l'aide de ce nom, ils évoquent toutes les frayeurs vraies ou simulées de la foule ignorante ou instruite : leur but est atteint.
Et cependant des hommes honorables se laissent entraîner par ces clameurs ; ils subissent le joug des préventions et grossissent, aux dépens môme de ce qu'ils respectent, le concert qui s'élève de toutes parts contre la vérité et la justice.
Cela ne fait qu'ajouter au mystère.
Le paysan d'Athènes condamnait parce qu'il était fatigué d'entendre toujours parler du même homme
' M. Cuvillier-Flelry, ibid.
' M. MiCHELET, ibid.
* M. CuvillierFleuuy, ibid.
* M. Cl'vilueh-Fleuhy, Journal des Débats, da U mars 1815, l)assini et in fine. — M. Miciif.iet, Du Prèlrc, etc. p. viu. — P. 44 et passim.
avec cnlhousiasme par les uns, avec dédain pai' les autres.
Aujourd'liui combien d'hommes interrogés sur leur opposition contre les jésuites devraient répondre : On en dit tant de mal, on en fait tant de bruit ; je voudrais n'en plus entendre parler.
Mais, je le demanderai toujours avec élonnement et avec tristesse : quelle est donc cette incroyable puissance d'un seul nom?
Par là un affligeant spectacle est donné au monde : le règne du faux. Un état violent et factice, un langage qui ne signifie pas la réalité , un mot devenu l'expression du crime et s'appliquant , j'ose le dire, à la vertu ; des cris aveugles, un emportement passionné , de grandes paroles de dévoùment à l'Église et à la liberté, et l'Église et la liberté foulées aux pieds! Que sais-je encore? tous les instincts de l'impiété, toutes les ardeurs effrontées du cynisme réveillées au bruit des protestations de respect et d'amour envers la religion : voilà ce que nous voyons, ce que nous entendons; mais ce que nul esprit sérieux ne peut se flatter de bien comprendre et de bien expliquer, à moins qu'il ne soit vrai de dire que, dans les pensées et le but de certains hommes , le;Vsiiite du xix^ siècle est l'infâme duxviiT.
Y a-t-il donc toujours une puissance ennemie, dressée contre l'Église et sa foi, et qui pour combattre ait besoin à certaines époques d'un cri menteur pour outrager, d'une fureur aveugle, d'un nom inventé pour flétrir, pour attaquer tout ce qu'on veut détruire ?
Et quand de la sphère de toutes ces lamcniables choses je retombe sur moi-même et sur ma conscience, religieux de la Compagnie de Jésus, je ne puis plus me comprendre : je deviens aussi un mystère.
Je m'interroge vainement : je ne m'explique pas mon existence.
Je ne suis pas 1 étranger, franchissant la frontière et venant m'asseoir au foyer de la famille pour l'asservir et l'opprimer; je suis l'enfant du sol que j'habite et que j'aime. J'ai cru à la liberté religieuse de mon pays : Français, j'ai cru que je pouvais dans la France catholique, ma patrie, ce qu'Anglais j'aurais pu en Angleterre, Américain aux l'tats-Unis, Hollandais même eu Hollande ; je me suis fait jésuite.
Mes frères des États-Unis, d'Angleterre et de Hollande sont libres et tramiuillcs : pourquoi ne le suisje pas comme eux?
Quelle e;i est la raison? Leur pays est libre; le uùirc ne l'est pas. Pourquoi donc?
Mystère .encore!
On le proclame : tout est libre en France. L'athéisme est libre : je ne le suis pas.
Tout deviendra donc contradiction dans mon existence.
Français, je jouis des droits de tous ; jésuite, mon domicile ne serait plus inviolable, je no pourrais habiter sans crime avec mes frères sous un même toit d'hospitalité commune ; la propriété pour moi ne serait plus sacrée ; ma vie ne serait pas mieux protégée que ma maison.
On aurait le dioit de scriiiei' ma conscience , ina demeure, mes vœux , ma règle de vie intérieure et privée. On devrait me proscrire, parce que j'ai embrassé dans mon àmc et conscience une profession religieuse que l'Église catholique approuve et que la loi ignore.
Je ne sors donc pas du mystère ; et tout l'augmente au lieu de l'éclaircir.
Je ne fais pas une démarche, je ne prononce pas une parole qui ne doive être violemment détournée de son vrai but, de son vrai sens.
Je ne me nommais pas ; j'étais coupable, hypocrite. Je me nomme; je suis coupable. Je suis jésuite : cela explique tout.
Je veux empiéter, je veux dominer; je sais que je ne veux rien de tout cela : je suis jésuite ; je veux tout cela.
Nous sommes pour la plupart connus en cent endroits. Nous avons parlé en public, en particulier; des milliers de personnes nous ont suivis, entendus. On ne peut rien citer contre nous : nous sommes jésuites ; tout est dit.
On nous connaît; on nous estime, on nous aime. On ne nous connaît pas ; on nous hait, on nous proscrit : mystère !
On l'avouera ; cette position est de tous points étrange.
J'abandonne ces réflexions au lecteur.
Pour conclure, il faudra savoir si la clameur règne t>eule dans les conseils de la couronne et du pays; s;
un s>lnpide épouvantail siiilira à déconcerter la sagesse et le courage de ceux aux mains desquels reposent le soit et les droits des citoyens; si, sans griefs inipiilables, sans faits précis, sans un seul nom incriminé, sans un acte qui puisse trouver un accusateur, un témoin et un juge, la haine sera légitime, la proscription possible.
Je n'ai rien à dire du petit écrit dont cette édition n'est qu'une reproduction fidèle. On n'a pas jugé à propos de me répondre ; pas un seul mol, si ce n'est l'amas de fables absurdes qui composent un roman impie. La foule y croit mieux qu'à riiisloirc ; il n'y a pas là matière à discussion.
Nous subirons donc jusqu'à la fin ce joug de calomnies et d'outrages. Nous nous inclinerons sous la main divine qui nous éprouve : nous trouverons notre force dans nos épreuves mêmes, et sûrs de notre conscience, devant Dieu, notre cœur ne faiblira pas.
Mardi de Pâques, 26 mars l8i5.
La prudence a ses lois, elle a ses bornes.
Dans la vie des hommes, il est des circonslanccs où les explications les plus précises deviennent une haute obligation qu'il faut remplir.
Je l'avouerai : depuis surloul que le pouvoir du faux semble reprendre parmi nous un empire qui paraissait aboli, depuis que des haines vieillies et des fictions surannées viennent de nouveau corrompre la sincérité du langage et dénaturer les droits de la justice, j'éprouve le besoin de le déclarer : Je suis jésuite, c'est-à-dire religieux de la Compagnie de Jésus.
Celte déclaration, je la dois à moi-même ; je la dois à mon ministère, à mes fièros dans le sacerdoce, à la jeunesse, à tous les fidèles qui m'honorent de leur confiance ; je la dois à l'Église, à Dieu.
Je n'apprends rien au plus grand nombre, mais je satisfais au besoin de ma conscience, au besoin de ma position et de ma liberté.
Il y a d'ailleurs en ce moment trop d'ignominie et trop d'outrages à recueillir sous ce nom, pour que je ne réclame point publiquement ma part d'un pareil héritage.
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Ce uoiii est niuii nom ; je le dis avec simplicité : les souvenirs do l'Évangile pourront faire comprendre à plusieurs que je le dise avec joie.
Jésuite, je ne l'ai pas toujours été : j'ai suivi pendant quelques années une auli'c carrière ; elle m'a laissé de précieux souvenirs et des amis fidèles : je m'en honore.
Avant de me faire prêtre et jésuite, j'étais homme de mon temps, je le suis encore ; Français, je n'ai pas cessé de l'être.
En me faisant religieux, je n'ai entendu ni abdiquer ma patrie, ni violer ses lois, ni renoncer à mes droits ou à mes devoirs de citoyen.
J'ai eu des préventions contre la Compagnie de Jésus; Pascal et les traditions parlementaires m'avaient trompé comme bien d'autres.
Et je dois le dire, c'est en quelque sorte malgré moi que je connus la vérité sur les jésuites. Je ne veux point occuper le public de mon histoire ; je n'ai point à raconter ici ni par quelle voie il plut à la divine Providence de me faire passer alois, ni quel fut ce travail intérieur de la conscience dont Dieu a le secret, dont le souvenir est ineffaçable dans mon âme, et qui, en m'apportant la lumière, amena pour moi un changement si entier d'existence.
Mais ce que je puis bien déclarer, c'est que ma conviction fut formée et ma décision prise alors dans la situation la plus com[)létement libre de toute influence : il n'a guère été jamais dans ma nature d'en accepter aucune.
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Ce que je puis encore affirmer, c'est que ce rureiii les choses qu'on méconnaît, qu'on déligure et qu'on attaque le plus dans les jésuites qui nie déterminèrent à me faire l'un deux. Je m'explicjuerai sur ces choses.
Oui, l'esprit qui me parut animer la société de Jésus, l'obéissance même qu'elle professe, l'apostolat qu'elle exerce, les doctrines quelle embrasse eurent sur ma vie cette immense influence.
Je sentis que Dieu m'appelait là : j'y entrai.
Et aujourd'hui, quoique l'opinion soit étrangemeni égarée ; quoique certains mots prononcés avec mépris exei cent quelquefois sur des esprits d ailleurs éclairés une tyrannie incroyable, je n'en essayerai pas moins de faire entendre la voix de la libre vérité.
L'aveuglement des préventions ne s'arrête pas devant les plus énormes folies. Dans un certain langage que plusieurs parlent de sang-froid, tout prêtre est un jésuite, tout catholique de bonne foi un jésuite!
Au besoin il aurait la terrible puissance d'ameuter les passions populaires et peut-être de déchaîner de nouveau les révolutions. On le sait trop : et n'est-ce pas pour cela qu'on veut imposer la peur de ce nom, la peur qui fut toujours une lâche et mauvaise conseillère?
11 est évident au reste que c'est le clergé tout entier, et avec lui la religion et l'Eglise (ju'on attaque sous notre nom ; je dois au clergé, je dois à tous de dégager les positions.
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Ke voir dans TÉglise de France que la domination et le despolisme des jésuites est une supposition si absurde qu'elle ne peut cire avancée par un homme sérieux.
Il y a cependant quelque chose de plus inconcevable encore que celte supposition elle-même : c'est la crédulité qui l'accepte.
Celte imputation n'est pas nouvelle. Fénelon la signalait de son temps : « On ne veut voir, disail-il, « que les seuls jésuites dans tout ce qui s'est fait sans « eux. Écoutez le parti (janséniste) : les jésuites ont « fait les censures des facultés de théologie dont ils « sont exclus. Ils ont présidé aux assemblées pour ré- « gler les délibérations de l'Église de France. Ils ont « conduit la plume de tous les évéques dans leurs « mandements. Ils ont donné des leçons à tous les « papes pour composer leurs brefs ; ils ont dicté les " constitutions du saint-siége. L'Église entière, de- « venue imbécile malgré les promessesde son Époux, « n'est plus que l'organe de cette compagnie péla- « gicïine. Il ne faut plus écouler l'Église, parce qu'elle «' est conduite par les jésuites, au lieu de l'être par le « Saint-Esprit. N'est-ce pas ainsi que les protestants « ont récusé le concile de Trente, comme un tribu- « nal suborné par les cabales de leurs ennemis? Les « jésuites doivent servir l'Église et lui obéir, loin de « la ffouveriier'. n
* Fénelon, Instruction pastorale sur le système de Jansénius. Œuvres complètes, t. XV, p. 1*20; l'aiis, U'bel, 1823.
El cependant au siècle de Louis XIV on eût pu, c(ï semble, avec quelque apparence, allribuer une large part d'influence à la société de Jésus en France.
Le peut-on aujourd'hui de bonne foi?
Que se passe-t-il donc?
Quelques Français, quelques prêtres, deux cent six, je l'affirme, pour toute la France*, libres dans l'inti;rieur de leur conscience de choisir le genre de vie et les habitudes qui leur conviennent, ont choisi les trois vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, cl l'institut de la Compagnie de Jésus, que le concile de Trente a déclaré ii\(;u\ , piuin eonan ins/itutum'.
Il n'y a, il ne peut y avoir ici ni infraction d'aucune loi, ni assurément aucun danger pour l'Etal.
Il y a l'exercice de la liberté de conscience, inexplicable autrement.
Et bien que je ne vienne pas dans cet écrii discuter la question légale de noire existence , je ne puis ni'cinpécher de dire ce que le bon sens ne permet p;is de taire, et ce que la bonne foi ne peimet pas de récuser.
Catholique et Français, jouissant de tous les droits de citoyen , assuré de la liberté de conscience par la loi fondamentale, j'ai éprouvé un jour le besoin de
* Deux cent six prêtres disséminés dans vingt diocèses : voilà toute la société de Jésus en France. Les novices, les tïèr.s ne sont pas compris dans ce nombre.
Il est vrai que trois cent quinze jésuites français sont employés dans les pays étrangers ù IV-nseigncincnt et aux missions.
* Conc. Trident., ses?, xxv, cap. xvi.
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nie nipprocluT de la pcr(ecliou évangélique, autaiil qu'il pouvait m être donné de le faire.
La profession religieuse m'apparut comme la voie de perfection que je cherchais : approuvée par l'Église, elle avait en même temps, à mes yeux, cet autre caractère, d'être du domaine exclusif de la conscience.
Les vœux qui con.siiiuent le religieux ne sont pas, il est vrai, leconnus par la loi. Qu'importe? La loi ne s'occupe pas de ces vœux : on peut les faire, elle les ignore ; les violer, elle demeure indifférente.
Mais les proscrire , elle ne le peut pas sans armer le pouvoir de l'inquisition et de l'intolérance les plus odieuses.
Interdire à dés hommes qu'on proclame libres le fait tout intérieur et privé de la vie religieuse, c'est tomber dans une contradiction flagrante, c'est attenter à la liberté de conscience dans ce qu'elle a de plus intime et de plus sacré.
Aux yeux de l'Élat, des hommes , des prêtres réunis dans des habitudes communes et purement religieuses, peuvent n'avoir sans doute aucun droit politique ou civil de corporation; et nous ne réclamons rien à cet égard : mais ces prêtres réunis, qui du reste n'exercent au dehors d'autres fonctions que celles qu'ils tiennent, comme tous les autres prêtres, de la juiidiction épiscopale, sont légalement inattaquables; ou bien la libellé religieuse est un mensonge, et le droit public des Français, la loi fondamentale une déception ; car alors les paroles ont perdu leur
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vrai sens, et les mots n'expriment plus les idées.
La charte a-t-elle proclamé la liberté de conscience, oui ou non?
La perfection évangéliquc est-elle un droit de la conscience, oui ou non ?
thbien! la vie religieuse n'est que la perfection évangéiique : c'est l'enseignement solennel de l'Église, comme la liberté de conscience est la promesse solennelle de la charte.
Si je veux donc, moi Français, être en France reli gieux bénédictin, dominicain ou jésuite, de quel droit m'en empêcherez-vous?
Je ne vous demande ni existence publique et reconnue, ni la moindre part de la fortune de l'État; je demande seulement à respirer comme vous l'air libre de la patrie. Je prétends, dans ma vie privée et dans ma conscience, pouvoir faire des vœux et suivre avec mes frères, dans une habitation et une paix communes, des règles approuvées par l'Église catholique.
Et en quoi, je vous prie, cette liberté gêne-t-elle la vôtre? gène-t-elle une liberté quelconque?
Mais en Angleterre, en Belgique, aux États-Unis, là où la liberté de conscience est une réalité, les religieux, les jésuites comme d'autres, ont publiquement des collèges et des établissements nombreux de tout genre; personne ne pense qu'il soit juste et légal de les bannir.
Pourquoi le ferait-on en France, où ils ne possèdent
assurément pas une aussi large paît du droit commun?
Heureusement pour l'honneur du pays, aucune des lois anjourd'liui en vigueur ne saurait les atteindre et les frapper dans le droit sacré de leur existence personnelle et de la liberté de leur conscience.
Quoi ! c'est ce mode si légitime, si simple, si paisible, si obscur d'existence, qui soulève les plus violentes tempêtes de l'opinion? est-ce sérieux?
Qu'avons-nous donc fait, qu'avons-nous donc dit, nous prêtres de la Compagnie de Jésus? d'où vient ce bruit? d'où naissent tant d'orages? comment sommesnous devenus de nouveau l'objet de tant de haines, le but de tant d'attaques, la cause de tant de craintes?
Vous qui appelez sur nous, sur des prêlres, sur des Français, sur des citoyens libres et dévoués, toute la rigueur des proscriptions, nous connaissez-vous? nous avez-vous vus, nous avez-vous entendus?
Quelle parole sortie de notre bouche a compromis la tranquillité publique et le respect dû aux lois? Cependant nos deux cents voix ont retenti dans un grand nombre de chaires, depuis les cités les plus populeuses jusqu'aux plus humbles hameaux.
Où sont les autorités civiles qui nous accusent? où sont les autorités ecclésiastiques qui nous condamnent?
Un fait répréhensiblc et positif est-il imputé à l'un d'entre nous?
Des préventions, des susceptibilités, des présomptions ne suffisent pas : elles ne sauraient tenir lieu ni
des faits ni des preuves; etla eulpabilitéd'uiiesociélô ne peut avoir une expression praliquo et juste que dans les fautes de ceux qui la composent: A ceux-ci, aux individus, appartiennent l'action, le crime, la vertu.
Quels sont parmi nous les coupables?
La vie, rinfluencc politique nous sont étrangères : serviteurs de l'Église, nous vivons pour elle et poursuivons avec elle, dans tous les temps, dans tous les lieux, sous tous les genres de gouvernement, l'œuvre du ministère évangélique.
On nous transfoime en ennemis des libeités cl des institutions de la France : pourquoi le serions-nous?
Et quand nous sommes les seuls menacés ou même les seuls exclus des bienfaits d'une législation libérale, comment nous traduire en oppresseurs?
Le ridicule n'est-il pas ici égal à l'injustice?
Une polémique ardente s'est élevée pour réclamer la liberté d'enseignement promise parla charte : nous devons partager et nous partageons à cet égard l'opinion unanime de l'épiscopat français et du clergé : qui peut nous le reprocher?
Bien des écrits ont paru : aujourd'hui comme autrefois les jésuites ont tout fait, tout inspiré, tout dicté contre l'Université.
Les auteurs des livres se nomment : ils sont connus. Parce que leurs attaques déplaisent, ils ont pris de faux noms : les vrais auteurs sont des jésuites.
Mais si le soleil luit pour tout le monde, est-ce que ia justice et le bon sens s'éteignent quand il s'agit de
nous? Oui réellement, dans un grand nombre d'esprits, et il y a longtemps que cela dure.
Je viens dans cet écrit en appeler aux hommes réfléchis, et leur proposer de résoudre enfin sérieusement eux-mêmes les questions qui s'agitent toutes les fois que notre nom est prononcé.
Il faut que ces questions soient résolues : nous en avons besoin pour nous, pour ces jeunes hommes qui viennent frapper au seuil de nos demeures et demandent à partager notre existence. Nous devons leur dire, et ils doivent savoir si réellement nos lois excluent du sol de la patrie les Français catholiques qui embrassent la vie religieuse.
Qu'on nous le déclare la main sur la conscience, lit main sur la charte ; plus de déclamations, plus d'injures; quelque chose de sérieux enfin : ce sera peutêtre une solennelle injustice; nous plaindrons le pays, nous ne nous plaindrons pas. Nous saurons nous exiler encore, et nous irons chercher la jouissance de nos droits de citoyens et la liberté de nos consciences chez les sauvages de l'Amérique ou parmi les païens de l'Inde et de la Chine.
Nous sommes déjà trois cent quinze jésuites français hors de France; nous y serons plus nombreux. Toute la terre est au Seigneur que nous servons.
Je dirai donc ce que nous sommes : on l'ignore ; je l'expliquerai avec précision.
Quatre choses nous feront bien connaître :
L'esprit que nous puisons dans le livre des Exercices spirituels de saint Ignace;
L'obéissance que ses consiiliilions nous imposent;
L'apostolat que la Compagnie exerce dans les missions;
Les doctrines qu'elle embrasse.
Je parle de ce que je sais : rien dans ma vie n'est plus certain ni mieux connu pour moi que ce que je vais dire, et ce sera la simple vérité. Les hommes peuvent la repousser : Dieu îa voit et me juge*.
' Ce n'est point une apologie que je fais. Si l'on désirait connaître la réponse péremptoire à tonlps les accusations, soit anciennes, soit nouvelles contre la société île Jésus, on la trouverait dans les ouvrages suivants : Instruction pastorale de M. de Beaumont, archevêque de Paris, sur les atteintes portées, e[c, arec les teluoifjnages divers réunis dans le livre intitulé : L'Eglise, son aulcrile, SCS institutions, etc. — Apologie des jésuites, par Cérutti. — La vérité prouvée par les faits, par le P. Rozaven. — Vie de saint Ignace, par le P. Holmiol'rs. — Documents historiques, critiques, etc. , co)tccr)iant la Compagnie de Jésus. — Jléponse au Ilecueil des assertions. — Des jésuites, par un jésuite 'le P. C\hour). Ce dernier ouvrage, en deux parties, est la rcciification exacte des textes et des faits altérés dans les attaques récentes. — Histoire de ht chute des jésuites an xvnif siècle •■ Réponse à M. le comte Alexis de Sainl-Vriest, pair de France, par M. Paul Lamache.