CHAPITRE I
Lee Exercices isplritaeliii en iisa;;e dans la Compagnie de Jésus.
Le livre des Exercices spirituels est un manuel de retraite, une méthode de méditation, et en même temps un recueil de pensées et de préceptes propres à diriger l'àme dans le travail de l;i sanctification intérieure et dans le choix d'un état de vie. Ce livre n'est pas fait pour être lu, mais pour èlre mis en pratique; aussi ne peut-on réellement l'apprécier avec quelque justice qu'après avoir passé par l'école de l'expérience.
Ces religieux Exercices ont été naguère étrangement défigurés : on s'est complètement mépris sur le sens, le but et l'économie des enseignemenis qu'ils
contiennoni ; je rendrai à tout cela son véritable caractère.
Le livre des Exercices spirituels^ est rouvrage d'un soldat non moins étranger anx sciences humaines qu'aux études sacrées quand il le composa.
Ignace de Loyola est blessé au siège de Pampelune en lo2i. Dans l'état d'inaction forcée où l'a réduit sa blessure, il demande à ceux qui renlourenl des romans poui' se distraire. Il y avait peu de livres sans doute dans le manoir de ses pères; on lui apporte la Vie de Jésus-Christ et des saints : il la lit. Son àme en est touchée ; une vive lumière brille à ses regards : il quitte le château paternel. Pèlerin et mendiant volontaire, le guerrier converti veut une solitude où il puisse librement, loin du commerce des hommes^ étudier et sonder son âme en conversant avec Dieu. La grotte de Manrèze lui sert d'asile. Là, parmi les rigueurs de la pénitence, s'armant du courage persévérant de la prière, il lutte et il cherche. Il subit des épreuves cruelles qui bouleversent tout son être. Pâle, exténué par les macérations, prosterné sous la cendre et le ciliée, il semble anéanti. Une main puissante le relève et le conduit, au grand jour des illustrations divines, jusque dans les régions les plus élevées de la charité apostolique.
Alors, retournant pou»' ainsi dire en arrière et comptant tous ses pas, Ignace mesura la carrière
' Exercitia spirilualia. — Instilulum Societatis Jesu, 2 vo). in fol.; l'iagip, 1757, t. 11. p. 38i. C'est la meilleure édition de l'Institut et celle que je eilerai toujours.
parcourue; il cousiala un admirable encliaînemenl do vcrilés et de luîtes intérieures qui épurent 1 ame, qui la placent en présence de la volonté divine trop souvent méconnue, et la rendent à Dieu généreuse et dévouée.
Ignace à Manrèzc, après en avoir éprouvé la vertu pour lui-même, pensa qu'il serait utile de retracer pour les autres la suite de ces vérités et l'économie de ces voies : c'est ainsi que fut composé le livre des Exercices spirituels.
Ces Exercices ne sont pas notre institut ; ils ne Tout pas même, à proprement parler, partie de nos règles; mais, j'en conviens, ils en sont l'àme et comme la source. Oui, les Exercices ont créé la société ; ils la maintiennent, la conservent et la vivifient : ils sont destinés à former le chrétien généreux et même l'apôtre; les constitutions font le jésuite; les missions le mettent à l'œuvre; les doctrines le guident et l'inspirent.
Je sens que je vais nécessairement parler une langue étrangère pour un grand nombre. J'ai à exposer le travail intérieur de la régénération véritable ; j'ai à raconter cette transformation d'une ùme qui passe du monde à Dieu, et qui se revêt d'une vie surnaturelle malgré l'entraînement des inclinations de la nature.
jVon-seulement j'ai lu, mais j'ai pratiqué ce livre des Exercices. Depuis vingt et un ans il est sous mes yeux ; il fut, il est encore le trésor de ma vie ; je l'étudié, je le médite sans cesse avec bonheur, avec
amour; j'ai fait, ce livre à la main, les exercices qu'il indique.
.le ne pouriais (exprimer ce qu'ils m'apportèrent de lumière, de liberté, de paix intérieure. Je ne me flatte pas cependant de posséder la science cachée dans ce petit livre * : j'ai encore besoin, pour l'acquérir, de «lédilalions prolongées et recueillies, et je ne m'étonne assurément pas qu'il ait été le livre inconnu et Icrnié pour plusieurs.
(]e iujont ces Exercices suivis et médités avec constance qui donnèrent à l'Eglise saint Charles Borromée, saint François Xavier, saint François de Korgia et une foule d'autres. Saint François de Sales, dont la piété ne doit pas faire oublier le génie, disait de ce livre qu'il avait sauvé autant d'âmes qu'il renfermait de lettres.
* Saint Ignace désira que sou livre fiUscrupuleuBement examine à Rome. Le pape Paul III nomma des censeurs. Après un douliie examen el un double rapport, le ol juillet 1^48, il publia la bulle Fastoralis officii. On y lit ces paroles : « Ayant reconnu que ces enseignements et ces exercices sont remplis de piété et de sainteté, très-utiles el très-salutaires pour l'édifieation el l'avaneement spirituel des lidéles... De noire science certaine et par l'autorité pontiticale, en vertu des présentes, nous apprf>uvons, louons et confirmons les dits Exercices et tout leur contenu. >•
« Nos igiturqui Exercitia et documenta hujusmodi... pielale ac sanctilate plena etad adificalionem el spirjlualem prol'cctum fidelium valde ulilia et salubria esse et fore, comperiinus... Documenta et Exrrcilia pradicta (ic ontnia singula in ris mntenla auclorilale praîdicta, tenore priesenlium ex certa scientia noslra approbamus, collaudamusac pra?scntis scripti palrociiiio founnuiiinnis. » Inxtihitum Sociclatis .Jvsu,{. Il, p. 387.
Je ne sache pas qu'il y ail un autre exemple d'un livre aussi l'orinellement approuvé par une bulle des souverains pontifes.
.l'adjure les lioninies du monde sérieux et réfléchis, et même les autres, de lire attentivement la rapide analyse que je vais en faire. Ils y trouveront, j'ose le croire, quelque chose qui va bien aux intelligences élevées et aux cœurs généreux.
Le livre des Exercices est partagé entre quatre semaines : je suivrai cet ordre.