OBSERVATION VI
Marrotte. Bulletin de l’Académie de médecine. 1872. Séance du 28 mai, p. 449.
Un tonnelier, d’une bonne constitution, fut admis le 4 juillet 1870 à Lariboisière. Il était au vingtième jour d’une pleurésie occupant le côté droit. Celui-ci était le siège d’une matité généralisée, absolue, s’étendant jusqu’au bord gauche du sternum; le foie était refoulé en bas, de quatre à cinq travers de doigt. Le cœur, refoulé à gauche, avait sa pointe au niveau du sixième espace intercostal en dehors et en bas.
L’état du malade restant stationnaire, malgré un traitement énergique, la thoracocentèse fut pratiquée le vingt-troisième jour de la maladie : ce jour-là on constata l’absencë complète du murmure vésiculaire, mais du souffle en arrière et en haut seulement ainsi que de l’égophonie : la voix est soufflée et tremblante.
On retira cinq litres de sérosité transparente, de couleur citrine ce qui amena une rétrocession de la poitrine de 6 centimètres et demi.
Mais ce que cette thoracocentèse présenta de remarquable c’e=t d’abord que les cinq litres de liquide furent retirés sans interruption avec la canule ordinaire et sans aucune gène pour le malade De la toux étant survenue pendant l’évacuation, quelques fines bulles d’air s’échappèrent avec le liquide; comme il était certain nn’il n’avait pas pénétré, par la canule, dans la plèvre, M.Woiller soup- ,„n„a des lors, une piqûre de poumon, malgré l’épaisseur coiS. rable de la couche liquide au moment de la ponction ; aussi recim
manda-t-il de conserver les crachats pour les traiter par l’acide azotique et par la chaleur.
Cette recommandation fut facile à exécuter, le malade ayant expectoré, quelques heures après l’opération, plus d’un crachoir de sérosité semblable à celle qui avait été extraite de la plèvre. Cette sérosité se prenait en masse par l’acide nitrique et par la chaleur.
Quatre semaines après, le malade sortait complètement guéri, sans qu’à aucune époque de sa convalescence on aperçût des signes de pneumothorax.