OBSERVATION X
M. Despine communique à la Société de Biologie deux faits d’expectoration abondante, séreuse et albumineuse, à la suite de la thoracentèse. (Il n’y a aucune autre indication.)
OBSERVATIONS XI et XII.
M. Hérard, médecin des hôpitaux, nous communique deux faits intéressants. Il s’agit de deux femmes de 25 à 30 ans, atteintes de pleurésie unilatérale, datant de 15 à 20 jours, chez lesquelles il pratique la thoracentèse à cause de la dyspnée et des accès de suffocation. A la fin de l’opération, par laquelle on retire environ deux litres de liquide, ces malades rendent par une expectoration incessante et dans l’espace de 20 à 24 heures environ, 400 ou 600 gr. de liquide jaune et très-mousseux. M. Hérard insiste sur cette particularité quil’afrappé : Entre la fin de i’opération et le commencement de l’expectoration, il y a eu une période de calme, de soulagement.
Les observations n’ayant pas été prises, M. Hérard ne peut pas nous donner des détails plus complets, mais l’impression bien nette qu’il a gardée de ces deux accidents, était qu’il ne pouvait y avoir eu ni blessure, ni perforation du poumon, et qu’on était là en jprésence d’une congestion rapide avec œdème pulmonaire.
■OBSERVATION XIII (inédite).
Recueillie par M. Landrieux, chef de clinique.
Le nommé X..., âgé de 42 ans, tailleur, entré le 4 février 1873
ut= Q-pjv-us iilmoi fievc’u t iio3 ub tmsssû fqafc é fsHiiR *‘i oi iom
dans la salle Saint-Paul, lit n° 28, hôpital de la Pitié, service de M. le professeur Lasègue.
Ce malade raconte qu’il fut pris, il y a deux ans environ, de vomissements de sang qui auraient persisté pendant un mois.
C’est à cette même époque qu’il s’aperçut qu’il était essoufflé en montant un escalier ou en faisant une course un peu longue ; de plus, il éprouvait en même temps une grande faiblesse dans les jambes.
Depuis cette époque, ses crachements de sang continuèrent à intervalles assez rapprochés, et son oppression devint plus intense.
Ce n’est pourtant qu’à partir du 20 novembre dernier, que se sentant par trop fatigué et affaibli, il fut obligé de suspendre son travail ; il s’alita même en janvier 1873.
Il prétend n’avoir jamais eu de douleurs dans les articulations.
A son arrivée à l’hôpital, le 5 février, le malade esttrès-oppressé : la dyspnée est constante, excessive, portée même jusqu’à l’orthopnée. Face bouffie, yeux saillants, la conjonctive a une teinte subictérique. Le pouls est fréquent, régulier, mais fort et bondissant, surtout si l’on vient à élever le bras du malade, c’est en un mot le véritable pouls de Corrigan.
La langue est légèrement fébrile, le malade a de la diarrhée depuis une quinzaine de jours. Les urines sont foncées, contiennent de l’albumine : leur coloration est due à la présence de l’hémaphéine.
L’examen thoracique donne les signes suivants :
‘ La région du cœur n’offre pas de matité anormale, si ce n’est à droite du sternum, au niveau de la portion ascendante de la crosse de l’aorte. Les deux poumons présentent de chaque côté de la matité, principalement du côté droit, où elle s’étend du sommet à la base.
La région du foie donne une matité fort étendue, et permet de constater une augmentation notable du volume de cet organe qui déborde les fausses cotes, en bas, d au moins trois travers de doigt, et qui remonte en haut à quelques centimètres au-dessus du mamelon.
Si l'on ausculte les poumons on n’y trouve, en avant,rien d'anormal; en amère, on perçoit quelques râles de bronchite iWminS. mais à droite, le murmure respiratoire est affaibli très-manifestement, et va s affaiblissant de plus en pins de haut en bas
Au cœur, deux bruits de souffle ; un au premier temps et à la base, mais presque complètement masqué par le second d’une trèsgrande intensité, râpeux, facile à percevoir au second temps.
Ce bruit de souffle s’entend dans une grande étendue du thorax, en avant, et on le retrouve également en arrière. Les artères radiales ne sont pas athéromateuses.
A la région cervicale, on distingue, comme au poignet et au coude, le battement des artères que l’on peut même voir à distance.
Un bruit de souffle à double courant dans l’artère fémorale.
Depuis quinze jours environ, le malade a une expectoration sanguinolente assez abondante : le sang expectoré est noir, non spumeux, non mélangé à des crachats de bronchite ; en un mot, ces crachats sont véritablement hémoptoïques, indiquant des noyaux d’apoplexie pulmonaire.
Prescription. Ventouses sèches, potion de Tood.
7 février. Le malade se trouve mieux ; l’oppression est mo ins considérable. Le sommeil est meilleur.
Le 12. Aujourd’hui le malade se trouve plus fatigué ; l’oppression est plus grande, il respire avec peine ; la nuit a été presque sans sommeil. L’œdème des extrémités inférieures persiste, il a même augmenté dans des proportions notables et a envahi le scrotum.
L’appétit est toujours le même, le malade mange peu.
A la percussion, on constate de la matité en arrière à droite, principalement dans le tiers inférieur ; la respiration .s’entend à la moitié supérieure de ce côté, tandis que plus bas le murmure respiratoire est à peine perceptible.
Prescription. Sirop d’Iodure de fer, potion de Tood.
Le 15. Le pouls est à 84; l’oppression est assez considérable; l’examen de la poitrine ne donne pas de signes nouveaux.
Le crachement de sang continue, mais il a sensiblement diminué.
Prescription. Purgatif avec scammonée, infusion de feuilles de digitale 0,60 centig.
Le 18. Toujours aussi oppressé, le malade qui se tient constamment assis, se plaint d’insomnie.
La nuit il a des cauchemars pénibles.
La matité est complète dans toute la hauteur de la poitrine du
côté droit ; on sent manifestement une augmentation de volume de ce côté, par comparaison avec le côté gauche.
Le malade expectore très-peu, son expectoration est composée de crachats sanguinolents.
Le 19. Oppression beaucoup plus intense.
L’épanchement du côté droit semble avoir augmenté ; il est accusé par une matité complète dans les deux tiers inférieurs du côté, par une absence complète de la respiration dans le tiers inférieur, et une diminution du même murmure dans le tiers moyen ; pas de souffle, pas d’égophonie dans les mêmes points, mais une absence presque complète des vibrations thoraciques quand on fait parler ce malade.
Après ce nouvel examen, M. le professeur Lasègue pensant qu’une grande partie de la dyspnée est provoquée par cet épanchement pleural, fait pratiquer la thoracentèse.
Pratiquée suivant la méthode ordinaire, cette opération donne issue à deux litres de liquide environ.
Ce liquide est citrin ; il renferme une proportion notable d’albumine ; mais toutefois, conservé dans un vase, on constate le soir même et le lendemain matin, à peine quelques traces de caillot fibrineux.
Aucun accident pendant l’opération ; le trocart retiré, on entend la respiration jusqu’à la partie inférieure du thorax.
Mais il s’est à peine écoulé un quart d’heure depuis l’obturation de la plaie faite par le trocart, que le malade est pris d’une toux fréquente, quinteuse, persistante, sans avoir pourtant rien de pénible, car à la visite du soir, le malade accuse un grand soulagement ; il est dans le decubitas dorsal, ce qui ne lui était pas arrivé depuis une dizaine de jours ; seulement le malade nous fait remarquer une particularité intéressante, c’est que depuis le matin il a rempli deux crachoirs d’un liquide spumeux, transparent, non teinté de sang. L’expectoration de ce liquide s’opère sans difficulté.
L’auscultation du côté droit fait constater les signes suivants :
Des râles nombreux de bronchite dans les deux tiers supérieurs, sibilants et muqueux, tandis que dans le tiers inférieur, on trouve des râles sous-crépitants fins, indiquant probablement un certain degré de congestion pulmonaire.
C’est à peine si, à gauche, on trouve dans toute la hauteur quelques râles bronchiques.
La température donné 37°, le pouls 80.
Le 20. L’expectoration à continué avec abondance pendant toute la nuit.
Le liquide spumeux de cette expectoration se coagule facilement par la chaleur et l’acide nitrique.
La nuit a été bonne, sans accès d’oppression ; ce matin il y a encore de la bronchite, localisée presque uniquement au côté droit.
On ne retrouve plus les râles de congestion pulmonaire qui existaient hier soir.
Le-21. Le malade n’a rempli dans les 24 heures que la' moitié d’un crachoir.
La bronchite persiste ; le liquide n’est pas revenu dans la cavité pleurale droite.
Le 28. Le liquide semble revenir peu à peu dans la plèvre droite.
Pas de fièvre. Pas d’accidents nouveaux. La dyspnée semble exclusivement cardiaque.
Examen par M. Bougarel.fLe liquide de la thoracentèse et celui de l’expectoration, que je représenterai le premier par A et le second par B, furent examinés et donnèrent lès résultats suivants :
Dans le liquide A, assez limpide, flotte une petite masse contenant des globules sanguins (sans doute de la fibrine).
Après filtration, il présente une coloration ambrée ; il est alcalin aux réactifs colorés.
Après la même opération B, dans lequel se trouvaient mélangées un grand nombre de mucosités, est limpide, légèrement coloré ■ en rouge, alcalin aux réactifs et présente une viscosité particulière.
Avec l'acide acétique, le liquide A donne un précipité excessivement faible; B au contraire laisse déposer une grande quantité de mucine.
Cent centimètres cubes des liquides sont précipités par le réactif deM. Méhu (solution alcoolique d’acide acétique et phénique).
Après dessiccation des deux précipités, on trouve pour A 1 gr. 61 d’albumine sèche et 1 gr. 42 pour B ; mais cette quantité 1 gr. 42 ne représente évidemment pas d’une manière exacte la quantité d’albumine, puisqu’il faudrait en retrancher le poids de la mucine qui s’y trouve mêlée et qu’on n’a pu doser faute de liquide. nkrv-o au :
OBSERVATION XIV. (Inédite.)
Recueillie par M. Marcé, interne.
La nommée K..., âgée de 35 ans, entre le 18octobre 1872 dans la salle Sainte-Eugénie, hôpital de la Pitié, service de M. Desnos- Terrillon. 10
Cette femme est malade depuis plusieurs mois, dit-elle, et ne peut donner de renseignements exacts sur le début de la maladie.
Les deux symptômes qui l’ont le plus frappée sont la douleur du côté gauche, et la difficulté de la respiration.
On constate une matité complète de presque tout le côté gauche, avec absence de vibrations thoraciques du même côté : re ornement du cœur à droite.
La malade éprouve des palpitations presque continuelles, et des accès d’oppression qui décident M* Desnos à pratiquer immédiatement la thoracentèse.
La ponction est faite avec l’appareil Potain : il ne sort environ que 200 grammes de liquide : léger soulagement de lamalade.
Le 15, nouvelle ponction avec le trocart deM. Blacker; ils écoule deux litres de liquide qui laissent déposer en -se coagulant une énorme masse de fibrine.
L’opération fut arrêtée avant l’écoulement du liquide, par le fait d’un petit accident qui le produisit.
En effet, le trocart qui avait été très-peu enfoncé, ne fut pas maintenu avec soin, et s’échappa tout d’un coup de la plèvre, en restant engagé dans la paroi thoracique.
On ne voulut pas fie nouveau enfoncer le trocart, malgré la présence encore facile à constater d’nne certaine quantité de liquide dans la cavité thoracique.
On trouvait encore dans la partie déclive une matité de deux ou trois travers de doigt.
La malade qui ne toussait pas avant l’opération, fut prise quelque temps après, de quintes de toux assez prolongées, accompagnées d’une expectoration particulière : elle remplit pendant la journée et la nuit suivante, environ quatre crachoirs d’un liquide légèrement coloré, spumeux, troubla, évidemment mélangé avec des crachats, et qui traité par l’acide azotique et la chaleur, se prenait en masse, comme une solution d’albumine.
Le lendemain, l’expectoration avait beaucoup diminué, et remplit néanmoins encore un crachoir d’un liquide analogue au précédent.
Les signes stéthoscopiques, et la matité n’avaient pas changé depuis la veille, et cette femme, soulagée momentanément, vit son épanchement se reproduire quelque temps après.
OBSERVATION XV. (Inédite.)
La nommée M..., âgée de 30 ans, est entré le 28 octobre dans la salleSainte-Geneviève, àôpiM' Saint-Antoine, service de M. Lancereaux.
Gettê'femme est maigre, pâle, fortement chlorotique; elle a eu trois enfants, tons-trois sont morts en bas âge, et actuellement elle est enceinte'de quatre mois et demi. Elle a toujours vécu dans des conditions d’alimentation très-mauvaise, et surtout depuis deux ans.
Il v a six ans, elle fut atteinte d’une bronchite assez intense, qui la retint à la chambre pendant une quinzaine de jours.
Depuis ce temps, elle est presque continuellement enrhumée, toussant par quintes, et voyant cette bronchite chronique devenir plus forte de temps en temps.
‘ Elle insiste sur un phénomène qui parait assez curieux.
Pendant la durée de chacune de ses grossesses qui ont eu lieu pendant les six années' dernières, elle voyait presque toujours sa toux diminuer et cesser même complètement, mais celle-ci disparais sait presque aussitôt après l’accouchement; aussi est-eîle fort étonnée de tousser davantage depuis quelque temps.
Depuis six semaines environ, elle est obligée de garder la chambre, et même souvent le lit : elle éprouve un point de côté à gauche : elle n’a cependant eu aucun frisson, ni expectoration.
La respiration était plus accélérée et plus pénible, et accompagnée d’une toux sèche et quinteuse, le tout s’accompagnant d’un peu de fièvre le soir, et de quelques sueurs nocturnes; elle se plaint enfin d’une douleur en avant du sternum, et en arrière entre lés deux épaules.
On constaté à son entrée une matité absolue dans toute l’étendue du poumon gauche, en avant, en arrière et sous l'aisselle ; seul le sommet du poumon respire encore un peu en avant.
Le cœur légèrement réfoulé à droite.
4 novembre. On pratique la thoracentèse.
On retire deux litres de liquide citra-fibrineux.
La malade se trouve momentanément soulagée ; mais quelque temps après l’opération (trois quarts d’heure environ), elle est prise d’un sentiment d’oppression assez vive, à laquelle succède une toux quinteuse survenant par accès, accompagnée* d’une expectoration
spumeuse, légèrement filante, très-abondante, et arrivant par gor-
gjg0§.
Cet accident dure environ deux heures, pendant lesquelles la malade est horriblement gênée ; puis tout se calme petit à petit ; le lendemain à la visite, on trouve la malade assez calme et respirant assez facilement.
On trouve encore dans la poitrine de la matité remontant aux deux tiers de la poitrine, avec souffle doux à 1 expiration.
Le liquide rendu par l’expectoration, se coagule presque entièrement par la chaleur et l’acide nitrique.
Pendant les jours suivants, la malade se trouve bien mieux, et le 12, malgré son rétablissement incomplet, elle demande à sortir de l’hôpital.
On trouve encore de la matité à la base de la poitrine avec de l’égophonie, mais tout le reste du poumon respire assez bien.
OBSERVATION XVI, (Inédite.)
Observation recueillie par M. Troisier, interne.
Le nommé Jean-Louis Charpentier, âgé de 37 ans, est entré le 4 décembre 1872, à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Raphaël, n° 8, service de M. Vulpian.
Ce malade a eu un rhumatisme articulaire vers l’âge de 16 ans.
Il y a douze jours en travaillant sur le port, il fut pris subitement d’une violente douleur dans le côté gauche de la poitrine.
A son entrée, on constate la présence d’un épanchement pleurétique à gauche. Il y a de la matité en arrière, dans les deux tiers inférieurs du poumon. Il n’y a pas de fièvre. Pouls 88.
Le 9 décembre, on note que l’épanchement a considérablement augmenté, la matité remonte jusque sous la clavicule : le cœur est déplacé; il y a quelques irrégularités dans les battements, et l’on entend au premier temps un souffle qui a son maximum à la base.
Le malade refuse de se laisser ponctionner, on lui applique plusieurs vésicatoires, jusque vers le milieu du mois de janvier 1873.
Le 15 janvier, on pratique la thoracentèse. L’épanchement ne s’est résorbé quen partie; vers le tiers moyen du poumon, en arrière, on entend des frottements pleuraux; le cœur reste déplacé. Le malade est très-afiaibli, il n’y a pas de fièvre. L’opération est faite avec l’appareil de M. Potain (canule n° 2). On est obligé de fermer le robinet de l a canule après l’évacuation d’un litre et demi
, de liquide, parce que le malade est pris à ce moment d’une violente douleur dans la poitrine, suivie immédiatement Je suffocation et de toux.
L’apparition de l’accident détermine un état syncopal qui dure une ou deux minutes. Au bout de quelques instants, on ouvre de nouveau le robinet, et il sort de la poitrine une certaine quantité de gaz qu’on évalue à un quart de litre ; on retire alors la canule.
La toux était presque continuelle et était suivie d’une expuition filante et un peu spumeuse. L’auscultation de la poitrine, faite immédiatement après l’opération, permettait d'entendre le murmure vésiculaire très-affaibli ; il n’y avait aucun signe indiquant la présence de l’air dans la cavité pleurale. Il est certain d’ailleurs qu’il n’y avait pas de pneumothorax avant l’opération.
La quantité de liquide expectoré après la ponction peut-être évaluée à 250 grammes, L’expuition se produisait surtout lorsque le malade était couché sur le côté gauche : elle cessa vers quatre heures du soir. Ce liquide était coagulable par la chaleur et l’acide nitrique.
La sérosité .obtenue par la ponction était un peu sanguinolente. On trouve à l’examen microscopique du eoagulum fibrineux, une grande quantité de globules rouges et quelques globules blancs.
Au 25 février, l’épanchement ne s’était pas reproduit.