‹ De l'expérimentation curarique à dose neuro-végétativeChapitre 45 sur 59 · L’'APPORT DE L EXPÉRIMENTATION CURARIQUE · texte numérisé non relu

L’'APPORT DE L EXPÉRIMENTATION CURARIQUE

a) Nous avions posé comme hypothèse : l'effet analgésique du curare à dose neuro-végétative doit être minime si les incitations dolorigènes sont transmises par des voies centripètes ne présentant pas de relais.

Le curare élève légèrement l’abscisse de la douleur de la contraction utérine; l’expérimentation cadre donc avec notre hypothèse, car, si les voies centripètes transmettant les incilations dolorigènes des contractions utérines présentaïent des relais synaptiques, il y a tout lieu de croire que l'effet analgésique déterminé par le curare serait beaucoup plus net.

L’analgésie à peu près totale de la période d'expulsion semble résulter bien moins de l’élévation du seuil de la douleur de la contraction utérine que de l’assouplissement de parties molles.

b) Nous avions posé comme hypothèse : la contractilité rythmique de l’utérus est stimulée par des fibres cholinergiques directes; or, les elflecteurs dépendant de fibres cholinergiques directes sont ceux qui subissent une excitation apparente appréciable à la suite d'injection de curare à dose neuro-végétative; si ces fibres sont à effet muscarinique, cette fonction utérine doit être stimulée,

En fait, chronologiquement, la première fonction de l’utérus parturient modifiée par le curare est la contractilité rythmique, qui est stimulée. Bien que variable en intensité, cet ellet est toujours appréciable, Notre hypothèse semble donc vérifiée. Mais l’expérimentation curarique ne nous permet pas de préciser s’il s’agit de fibres vagales ou de fibres correspondant au para-sympathique de Ken Kuré.

c) Nous avions posé comme hypothèse : le tonus du col utérin est stimulé par des voies cholinergiques dont il est difficile de dire si elles présentent des relais; si ces voies cholinergiques sont à effet muscarinique, le curare doit augmenter le tonus du col utérin. Or, chronologiquement, la deuxième constatation à la suite d'injection de curare en cours de dilatation est l’arrêt de la progression de cette dilatation, voire la rigidité du col. Ce phénomène est plus durable que les autres effets du curare et difficilement influencable. Cette constatation semble vérifier notre hypothèse : le tonus du col serait stimulé par les fibres cholinergiques à effet muscarinique, et, cette action étant nette, il s'agirait sans doute de fibres directes.

Mais ces faits prêtent largement le flanc à la discussion :

— S'il s’agit de fibres cholinergiques à effet muscarinique, l'interprétation des effets du curare ne pourrait-elle être en faveur de l’existence de relais ? En effet, il semblerait que le col fût particulièrement sensible à l’acétylcholine, comme le montre la véritable anomalie de la dilatation fréquemment créée par le curare; cependant, la rigidité du col apparaît chronologiquement après l’augmentation de la contractilité rythmique; or, cette contractilité rythmique est stimulée par des fibres cholinergiques à effet muscarinique direct.

Ces deux notions, sensibilité particulière du col à l’acétylcholine, stimulation du tonus du col plus tardive que la stimulation d’une autre fonction utérine, dépendant de fibres cholinergiques directes ne seraient-elles pas en faveur de l'existence de relais ?

— Le col utérin est devenu d’autant plus tonique après injection de curare que les contractions ont été plus nettement stimulées : l’état spasmodique du col succédant pour les classiques à l’état spasmodique du corps utérin, l’hypertonie du col déterminée par le curare ne serait-elle pas secondaire à la stimulation de la contractilité rythmique ?

—— En revanche, les effets du curare semblent mettre en lumière un fait important : lorsque les contractions rythmiques et plus tard le tonus du col nous paraissaient fortement stimulés par le curare, une fois l’eflet de la drogue estompé les contractions diminuent d'intensité et de fréquence, sans reprendre toutefois leur allure primitive; par la suite, la dilatation ne progresse pas, ou bien le col devient rigide et les contractions reprennent une allure subintrante. Le premier temps : contractions augmentées, puis hypertonie du col, correspond à la théorie classique; le deuxième temps : col rigide, puis augmentation des contractions, correspond à la théorie de l’école de Strasbourg, qui voit toujours, dans les troubles par excès de la contractilité rythmique, la conséquence d’un état spasmodique du col.

Ainsi donc, col et corps de l'utérus auraïent une interaction réciproque : les troubles fonctionnels de l’un quelconque des deux seraient capables de déterminer secondairement des troubles de l’autre.

— Enfin, si l’on admet (ce qui n’est pas démontré) l’existence de neurones adrénergiques ayant une action négative sur le tonus du col, l'hypertonie créée par le curare peut être la conséquence de leur inhibition partielle.

d) Nous avions posé comme hypothèse : le tonus du corps utérin est stimulé par des fibres adrénergiques, peut être inhibé par des fibres cholinergiques, il doit donc être diminué par le curare.

Or, nous n'avons constaté aucune modification du tonus. Cette constatation ouvre largement la porte aux hypothèses et à la discussion.

— Le tonus utérin n’a pas été diminué par le curare, mais n'a pas été augmenté; l'hypertonie clinique correspond à l'enregistrement à des contractions cloniques subintrantes. Ce fait n'est-il pas malgré tout en faveur de la stimulation du tonus utérin par des neurones adrénergiques ?

— L'utérus de la femme en travail est très sensible à l’action de l’acétylcholine (contractilité rythmique); or, le tonus utérin n'est pas modifié, il faut donc que ces systèmes adrénergiques soient très puissants.

e) L'assouplissement habituel du périnée déterminé par le curare semble bien confirmer que le tonus périnéal est stimulé par des fibres adrénergiques particulièrement abondantes.

Mais alors, pourquoi cette diminution du tonus périnéal est-elle appréciable, alors que le tonus des autres muscles striés ne subit aucune modification appréciable cliniquement, que celui de l'utérus est inchangé ? Pourquoi ne pas attribuer ce fait à l’inhibition gravidique physiologique du périnée de la femme à terme ? Le curare agirait sur un terrain physiologiquement préparé à l’hypotonie et de là découlerait la netteté de son action.

j) Nous avions posé comme hypothèse : la chute de l’activité cholinestérasique sérique ne permet-elle pas d'envisager une sensibilité plus grande des effecteurs à l’acétylcholine chez la femme en travail ?

Or, l’effet muscarinique est plus net et plus durable chez la femme en travail, l'augmentation de la contractilité rythmi- ‘que est appréciable, l’hypertonie du col durable. Cet ensemble de faits est donc en faveur de notre hypothèse.

— La chute de la pseudo-cholinestérase sérique serait donc un reflet de la chute de la cholinestérase des synapses neurovégétatives sensibilisant les effecteurs à l’acétylcholine, et tout particulièrement l'utérus.

Il serait intéressant de comparer chez les mêmes femmes la forme de l’activité utérine, les effets du curare, l’impor-

tance de la chute de l’activité cholinestérasique au moment

du travail.

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