‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 104 sur 153 · Hegel, Encyclopaedie, Logik, pp · texte numérisé non relu

Hegel, Encyclopaedie, Logik, pp

l'unité de la raison humaine 367

qui l'a remplacée, pour être plus vraie, n'est cependant pas craie tout simplement, et elle peut présenter des difficultés, des inconvénients qu'ignorait la théorie vaincue. Nul esprit pondéré ne songera certes à retourner, en chimie, vers les conceptions qualitatives d'autrefois. Mais cela ne peut nous empêcher d'admettre qu'elles fournissaient, ou du moins tendaient à fournir une explication beaucoup plus directe et, partant, plus satisfaisante (au point de vue de la rationalisation du réel, qui est le but véritable de toute science) de l'apparition et de la disparition des propriétés pendant les réactions chimiques, que ne le faisait Lavoisier et que n'a pu le faire toute la chimie moderne née des efforts de ce grand homme : à ce titre donc, la résistance des phlogisticiens, en tant que tenants de la dernière parcelle de ces théories qualitatives, n'était pas entièrement injustifiée. Et de même on doit, sans nier l'immense progrès que constitue la conception moderne de la conservation de l'énergie, relativement à la [conception de Black, reconnaître que cette dernière présentait cet avantage que le substrat dont elle affirmait la conservation, à savoir le calorique, était, au point de vue de notre imagination, quelque chose d'infiniment plus concret que ne l'est notre énergie, concept purement mathématique et dont nous ne pouvons fournir aucune définition verbale satisfaisante.

Guyton de Morveau, au moment où il quittait les rangs des phlogisticiens pour se joindre à Lavoisier, eut l'esprit assez juste pour ne pas traiter son ancienne foi avec le dédain auquel les néophytes se croient trop souvent obligés, pour reconnaître au contraire franchement ses mérites *. Elle était, dit-il, « au nombre de ces erreurs que l'on a appelées fécondes ». Or, ce dont il convient de se pénétrer, c'est que c'est là le cas de toutes les conceptions qui ont dominé, dominent ou domineront la science : toutes ne peuvent être, dans le cas le meilleur, que des « erreurs fécondes ».

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