‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 105 sur 153 · Cf. Appendice II, p · texte numérisé non relu

Cf. Appendice II, p

Mais ce sur quoi il faudrait surtout insister, c'est à quel point, en dépit de l'opposition apparente qu'il y avait entre ces théories et celles qui leur ont succédé, opposition qui s'est traduite si souvent par une lutte violente, il y avait cependa'nt, au fond, de la continuité entre les unes et les autres, à quel point celles qui ont été antérieures dans le temps ont préparé celles qui ont suivi, combien elles étaient en réalité nécessaires à leur éclosion. Ainsi, pour nous en tenir aux deux exemples que nous venons de citer, on ne saurait s'imaginer que la conservation de l'énergie fut affirmée avant qu'on n'eût établi que, dans ce vaste domaine des phénomènes purement caloriques, la quantité de chaleur se maintient sans changement. Et de même, s'il est étrange de vouloir contester la grandeur de la découverte de Lavoisier, cela n'empêche point de reconnaître combien les phlogisticiens eux-mêmes avaient préparé la révolution : leur phlogistique n'était en effet, dans bien des cas, qu'une sorte d'oxygène négatif, et une immense série de phénomènes bien caractérisés se trouvaient ainsi classés d'avance, à peu près de la même manière que devait le faire la nouvelle théorie : la matière première était, en partie, à pied d'œuvre, attendant le souffle du génie pour former un véritable organisme doué d'une vie dont l'intensité n'a jamais été dépassée par celle d'aucune conception scientifique.

Pascal (en suivant d'ailleurs les traces de Francis Bacon) a exprimé cette belle pensée que « par une prérogative particulière, non seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes ensL'mble y font un continuel progrès à mesure que l'univers vieillit, parce que la môme chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement \ » La continuité fondamentale de la science

1. Pascal, Fragment de Préface sur le Traité du vide, Pensées et opuscules, éd. Brunschwicg, Paris 1897, p. 80. — Th., en note, les passages de Bacon.

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