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VIII. LE PANLOGISME DE HEGEL (Vol. II, p

Hegel a déclaré expressément, dans Vlntroduction à la Logique de V Encyclopédie (p. 17), que « la conception selon laquelle la nature de la pensée consiste elle-même en la dialectique et qu'en tant que raison abstraite elle est obligée d'aboutir à la négation d'elle-même, à la contradiction, constitue le contenu principal de la logique ».Dès 1812 d'ailleurs, Hegel écrit : « Selon ma manière de concevoir le logique, le métaphysique, de toute façon, s'y trouve entièrement inclus » (Ueber den Vortrag, etc., dans la lettre à Niethammer d'octobre 1812, Werke, vol. XVII, p. 338). Kuno Fischer constate que Hegel, qui a fait son cours sur la logique vingt-deux fois en tout, l'a constamment annoncé comme « logique et métaphysique » (/. c, p. 433). — Cf. aussi à ce sujet Rosen- KRANz, HegeVs Leben, p. 151 et Haym, Hegel und seine Zeil.y p. 294.

RosENRRANz reconnaît que « des hégéliens se sont conduits comme si, dans la philosophie tout entière, il ne s'agissait en dernier terme que de logique, dont la nature et l'esprit n'étaient au fond que des traductions superflues ». Mais c'était là, selon lui, mal comprendre Hegel [Hegel als deiilscher Nationalphilosophe p. Ii2). On ne saurait cependant s'empêcher de constater qu'en un certain sens au moins, cette « outrecuidance logique » de l'école provenait bien du maître. Rosenkranz lui-même l'admet implicitement, en insistant, dans maint passage, sur ce fait indubitable que Hegel tendait à confondre la logique et la métaphysique. Dans l'œuvre même que nous venons de citer en dernier lieu, il déclare que Hegel « s'opposait à tous ceux qui séparent la métaphysique delà logique ». Comme Hegel « a maintenu constamment, contre Kant, le caractère ontologique des catégories logiques, la métaphysique se confondait, pour lui, avec la logique. La pensée et l'être sont, pour lui, en leur diversité, en même temps identiques. La pensée est la puissance qui détermine Têtre » [ibid.,

Haym qui, dans ses appréciations sur Tœuvre de Hegel, s'oppose si souvent à Rosenkranz, est en cette matière tout à fait d'accord avec ce dernier. Il fait notamment ressortir que, chez Hegel, il n'y a plus d'opposition entre le connaître et l'être. « La limite entre la logique et la métaphysique s'écroule. La logique, en tant que telle, est, dans la même mesure, de la métaphysique, et la métaphysique est tout autant de la logique » {Hegel and seine Zeit^ Berlin 1857, p. 294).

Paul Janet estime que la philosophie hégélienne est « une restauration du dogmatisme^Wolfîen, fondé sur Fidentité de la logique et de l'ontologie » ; elle « persiste à croire, comme la scolastique, et malgré l'avertissement décisif de Kant, que c'est dans les conceptions logiques de l'esprit qu'est la solution du problème des choses » [Eludes sur la dialectique dans Platon et dans Hegel^ Paris 1851, pp. 307 et suiv.).

Dans le même ordre d'idées, Wundt déclare que « ce qui a fait que Hegel a manqué son but, c'était en première ligne son illusion de pouvoir comprendre l'évolution de l'esprit, voire même l'évolution des choses en général, comme une évolution logique » [Einieitung in die Philosophie^ 5® éd., Leipzig, 1909, p. 207).

Wallace observe que les deux premières parties de la Logique hégélienne sont ce que l'on qualifie généralement de métaphysique, la troisième seulement étant proprement de la logique dans le sens ordinaire du terme et ajoute que « le mérite de Hegel est... d'avoir aboli la coupure que l'on place généralement entre la logique et la métaphysique » [Enc.

Bril,, lPéd.,art. Hegel, vol. XIII, p. 205. — Cf. aussi IcL, Prolegomena, Oxford 1894, pp. 387 et suiv.).

M. A. Seth (Hegelianism and Personalily, p. 110) insiste justement sur ce fait que Tidentification de la logique et de la métaphysique ne peut être considérée, dans le système hégélien, comme une circonstance secondaire, mais que, de l'aveu des hégéliens eux-mêmes, elle constitue le résultat le plus essentiel (the gist of outcome) de ce système (/6., p. 131).

M. B. GROCE,qui n^entend pas que Ton considère « le panlogisme comme le caractère fondamental du système [de Hegel], alors qu'il n'est que l'excroissance morbide poussée sur lui » (Ce qui est vivant et ce qui est mort de la philosophie de Hegel, trad. Buriot, Paris, 1910, p. 157), admet cependant, d'autre part, que le but principal de Hegel, c'était d'édifier une « logique de la philosophie » , différente de celle que suivent les sciences mathématiques et expérimentales (/6.,pp. 1-3, cf. ib., p. 67).

Le commentateur le plus récent de Toeuvre de Hegel en France, M. P. Roques, n^hésite pas à défendre cet aspect de sa philosophie. « Qui n^aperçoit que la banale accusation de rationalisation du réel et de panlogisme, sans cesse lancée contre Hegel, menace au fond tout idéalisme », étant donné que, « contrairement à la science positive, la philosophie veut que le monde se déroule au sein de la pensée pure, soit dominé par le moi et prenne par là un caractère de nécessité logique » (Hegel, sa vie et ses œuvres, Paris 1912, pp. 12, 15).

Cette question de Tunion, chez Hegel, de la logique et de la métaphysique touche de près à l'aspect de sa philosophie qui nous intéresse ici, et Ton comprendra qu'il nous ait paru utile de résumer ainsi les opinions de quelques commentateurs.

IX. LES HÉGÉLIENS ET LA NATURPHILOSOPHIE DE HEGEL (Vol. II, p. 21).

Les partisans les plus résolus de la philosophie hégélienne se montrent généralement plutôt tièdes dans la défense de la Xaturphilosophie. Ainsi M. Mac Taggart lâche (si Ton ose se servir de ce terme) d'un coup la. philosophie de la nature hégélienne tout entière, en déclarant que « toute cette partie du savoir qui dépend de tel contenu plutôt que de tel autre — c'est-à-dire l'ensemble de ce que Ton qualifie à l'ordinaire de science — ne peut certainement être atteint en partant de la dialectique seule, dans l'état présent de nos connaissances, et ne pourra peut-être jamais être atteint ainsi » (/. c, p. 101).

Cf /6., p. 2o^ : « Les insultes dont cette partie de Tœuvre de Hegel [sa Naliirphilosophie] a été l'objet sont probablement excessives, mais on ne saurait nier qu'elles sont, jusqu'à un certain point, justifiées. » M. Gaird (Essays on Literaiure and philosophy, Glasgow, 1892, p. 53^) fait des déclarations analogues; de mêmeWill. Wallace, Prolegomena, Oxford, 1894, p. 86. M. R. Berthelot, dont le parti pris hégélien, tout en étant moins absolu que celui de ces disciples anglais, est encore suffisamment vigoureux, concède de même que la Philosophie de la Nature de Hegel « nous paraîtrait aujourd'hui dune insuffisance dérisoire » (/. c, p. 183). L'avis des hégéliens allemands semble, en cette matière, tout à fait analogue. Ainsi M. P. Barth, dans un travail consacré à la Philosophie de l'histoire de Hegel et des Hégéliens et paru en 1890, note, dans une simple incidente, que « la logique et la philosophie de la nature de Hegel sont tombées dans un oubli complet et mérité » (Die Geschichtsphilosophie HegeVs und der Hegelianer bis auf Marx und Hartmann^ Leipzig, 1890, p. 1). Le fait qu'il s'agit en l'espèce d'une thèse de doctorat (c'est-à-dire, selon la pratique des universités allemandes, d'un travail de jeune étudiant) est une preuve de plus que l'auteur se borne à constater un état de choses qu'il suppose universellement connu et admis.

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