XIV. LA DIALECTIQUE HÉGÉLIENNE ET l'eXPÉRIENCE
(Vol. II, p. 58).
Trendelenburg déjà, en parlant de la méthode hégélienne, avait fait ressortir qu'il « n'existe point entre les deux terme^
de la contradiction, ni au-dessus d'eux, un troisième terme » (Logische Untersuchungen^BeTlin, 1842, vol. l'Sp. 31) et que « ce n'est point là un pas accompli par la dialectique se mouvant par elle-même, mais un saut de la représentation s'appuyant sur un langage audacieux » [ib., p. 41).
De même M. A. Setu {Hegelianism and Personalilg ^ p. 97) déclare qu'on « est obligé, en toute équité, de concéder à des critiques de la Méthode [hégélienne] que tout pas en avant est conditionné empiriquement. La célèbre opposition dialectique, qui constitue le nerf du processus, n'est pas l'opposition contradictoire du logicien. La contradiction pure et simple ne produit rien de nouveau et, par conséquent, rien qui, par une synthèse ou fusion avec le donné primitif, pourrait créer un troisième terme différent des deux autres. » L'opposition « ne surgit que pour une réflexion subjective qui a eu l'avantage de connaître le monde réel ».
Les partisans de la logique hégélienne, d'ailleurs, sentent fort bien que c'est là le point de la doctrine qu'il convient de défendre particulièrement contre les attaques des adversaires. Ainsi M, Mac Taggart (Studies in îhe Hegelian Dialectic, Cambridge, 1866, p. 3) insiste sur le fait que la dialectique « a la prétention d'ajouter à notre connaissance, et non seulement de l'exposer », car, dans le cas contraire, « la conclusion du processus, si elle était reconnue valide, ne pourrait pas receler un contenu plus grand que celui qui était renfermé dans le point de départ ». On peut du reste voir [ib.) de quelle manière M. Mac Taggart s'efforce, en répondant notamment aux objections de Trendelenburg, d'écarter cette difficulté.
Mais un hégélien aussi orthodoxe qu'ERDMANN a admis la justesse des reproches qu'on a formulés, dans cet ordre d'idées, contre les prétentions et les procédés de la dialectique hégélienne [Die Enlwickliing der deuîschen Spekulation seit Kaniy 2*" partie, Leipzig, 1853, pp. 768 et suiv.),et Rosenkranz lui-même a fini par concéder que la prétention de Hegel de laisser le concept se déterminer par lui-même, pour ainsi dire en dehors du philosophe, ne peut se soutenir (Hegel als deiiischer Nalionalphilosoph^ p. 114). — Cf. aussi sur la manière dont les concepts hégéliens, censés provenir de la pensée pure, s'emplissent subrepticement de contenu réel, Hay^i^ Hegel und seine Zeil^ pp. 318 et suiv.
Ce qui a, sans doute, contribué à discréditer la dialectique hégélienne en tant que mode de raisonnement, c'est l'abus qui en a été fait par ses imitateurs. Rosenkranz constate que la dialectique hégélienne a donné lieu « au dogmatisme le plus -arbitraire et le plus mortel » chez les disciples (/. c, p. 115). 'Cf. à ce sujet Croce, Esthéliqiie comme science de l'exprès-
sion, etc. y tr. Bigot, Paris, 1904, chap. XIII, pp. 334 et suiv. et Ce qui est vivant, etc., Paris, tr. Buriot, 1910, p. 169.