XVII. LES OUVRAGES ANNONCÉS DE SCHELLING (Vol. Il, p
Un grand ouvrage, /)/e Weltalter (Les époques du monde), ^ est annoncé dès 1811. Dans une lettre à un ami, Schelling l'appelle son « enfant préféré ». Fin 1812 il annonce : « Comment
je parlerai maintenant, on le verra ! » A ce moment, la première partie du livre (11 feuilles, Schelling lui-même estime que l'ouvrage entier pourra en comprendre une trentaine) est composée et tirée. On l'imprime une seconde fois (avec des changements sans doute) en 1813. En 1815, le catalogue annuel des libraires allemands [Leipziger Messkalalog) et la A ligemeine Zeitung annoncent les Wellalter comme parus ; mais Schelling, au contraire, s'est fait rendre les feuilles tirées. Cependant, en 1819 encore, il affirme, écrivant à un ami, qu'il est « sur le point de tout terminer », il « n'a plus besoin que de quelques heures de liberté » pour ce faire. Mais c'était apparemment une illusion, et il ne paraît, du vivant de Schelling, qu'un traité Sur les divinités de Samothrace (Ueber die Goltheiten von Samot/irake, Werke, 1"® série, vol. VIII, pp. 345 à 423), publié en 1815, comme « Supplément aux Weltalter». Le fragment imprimé des Weltaller est inséré dans le VHP volume de rédition posthume (pp. 195 à 344), avec des modifications que l'auteur y a introduites postérieurement à l'impression (vers 1814 ou 1815, selon Karl Schelling). Mais il est curieux de constater qu'en dépit des affirmations très explicites de Schelling, on n'a rien trouvé dans ses papiers se rapportant à la continuation des Wellalter, en dehors d'une ébauche informe du commencement de la II** partie, que Téditeur n'a pas jugé possible de reproduire, et K. Fischer en conclut, non sans quelque raison, qu'en annonçant à ses amis l'achèvement imminent de l'ouvrage, Schelling les trompait donc sciemment (K. Fischer, /. c, pp. 163 à 168, cf. Schelling, Werke, !'« série, vol. VIII, p. v, la Préface de l'éditeur).
A partir de 1821, Schelling a un nouveau projet, celui d'un livre sur la mythologie, lequel doit précéder les Wellalter^ étant donné que cette œuvre « n'est pas encore suffisamment mûrie ». En 1826, le nouvel ouvrage est annoncé comme paru dans les catalogues des libraires, en 1830 comme devant paraître prochainement, de même encore en 1836. Mais cette fois encore, rien n'est publié du vivant du philosophe.
Même G-L. Plitt, dans les courtes notices dont il accompagne la publication de la correspondance de Schelling et où il se montre presque autant son apologiste que son biographe, ne peut s'empêcher de constater, à propos du retour de Schelling à Munich, en 1827, que « l'espoir de l'apparition d'une œuvre, espoir qu'il faisait naître sans cesse, chez ses amis, par des promesses répétées, fut trompé de nouveau d'année en année » [Aus Schelling s Leben, Leipzig, 1869, vol. II, p. 33).
Bien entendu, Schelling, par cette attitude étrange, prête le flanc aux attaques de ses adversaires, attaques qui deviennent particulièrement violentes à partir du moment où par sa
Préface de 1834, il exaspère les hégéliens. Ainsi Gans, dans sa préface à la Philosophie der Geschichie de Hegel (parue en 1837), traite Schelling de « vivant-décédé » (Lebendverstorbene) et fait valoir ironiquement « qu'au moins, les Quatre Epoques du Monde de Hegel ont réellement paru » (p. xxi).