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XVIII. CAROLINE SCHELLING (Vol. II, p

S'il est certain que Caroline Schelling (née Michaëlis) fut une personne d'un esprit fort distingué, et si elle paraît avoir exercé sur l'activité de son mari une influence des plus heureuses, on n'oserait cependant affirmer que celle-ci ait pu être décisive. Caroline, on le voit par sa correspondance, s'intéressait vivement à tout ce qui rentre dans le domaine intellectuel et passionnément à tout ce qu'entreprenait son mari ; mais il paraît plus que douteux qu'en philosophie en particulier elle ait pu jouer le rôle d'inspiratrice, si ce n'est dans le sens le plus large du terme. Il ne faut certes pas un instant songer à supposer qu'elle ait pu l'aider dans la rédaction de ses œuvres. Caroline écrit remarquablement bien et ses lettres sont parmi les plus jolies de la littérature allemande (laquelle d'ailleurs, comme on sait, n'en est pas très riche). Mais Schelling est vraiment un des maîtres du style allemand ; à rencontre de ce qui a lieu chez Hegel, qui semble toujours lutter contre sa propre pensée et n'arriver que péniblement à lui donner une expression plus ou moins approchante, chez Schelling la phrase coule naturellement et aisément, à la fois souple et vigoureuse, manifestement adéquate à la pensée qui l'engendre : il n'est pas étonnant que Gœthe, qui s'y connaissait, ait fort apprécié sa manière d'écrire. (Cf. sur la faveur que Gœthe a constamment montrée à Schelling et qui diffère fort des rapports aimables, mais purement extérieurs, qu'il entretenait avec Hegel, K. Fischer, Geschichie der neuern Philosophie, vol. VII, Schelling, 2« éd., Heidelberg, 1879, p. 93, et Bréhier, Schelling, Paris, 1912, p. 21. Parmi les lettres pubhées par G. L. Plitt, Aus Schelling' s Leben, Leipzig, 18G9, il s'en trouve un nombre considérable émanant de Gœthe, presque toutes fort flatteuses. Dès 1799, Gœthe annonce qu'il lit le Système de l'idéalisme transcendantal et qu'il croit le comprendre, ib., vol. l'\ p. 295).

On ne voit d'ailleurs point que le style de Schelling soit le moins du monde différent avant qu'il ait connu Caroline, pendant sa vie avec elle ou après sa disparition. On est, de même, forcé de constater qu'au moment où il fait sa connaissance

(elle était alors en puissance de son second mari, Auguste- Guillaume Schlegel, le célèbre littérateur, et des relations intimes — même purement spirituelles — entre elle et Schelling n'ont pu s'établir que quelque temps après) le jeune philosophe est déjà en plein développement. Il n'a que vingt- trois ans (Caroline en a trente-cinq), mais il est célèbre, il vient d'être nommé professeur à léna, les Ideen sont publiées depuis un an et la Weltseele vient de paraître. Le commencement de cette période de prodigieuse activité étant ainsi très antérieur à rentrée de Caroline dans sa vie, il paraît peu logique de rattacher sa fin à la disparition de la compagne. Enfin Schelling ne se conduit aucunement, après la mort de Caroline, comme un homme dont Télan vital aurait été brisé. Il la pleure sincèrement, mais trois ans plus tard il se remarie et sa nouvelle vie de famille apparaît fort heureuse ; sa seconde femme (qui a quatorze ans de moins que lui) lui donne trois enfants — le mariage avec Caroline avait été stérile.

XIX. LES RAPPORTS PERSONNELS ENTRE SCHELLING ET HEGEL (Vol. Il, p. 119).

Schelling et Hegel, originaires tous deux du même pays allemand (le Wurtemberg), condisciples au Stift (séminaire) de Tubingue, s'y étaient liés d'une amitié des plus étroites et qui persista après qu^ils eurent quitté cet établissement d'éducation. Les lettres qu'ils échangent dès qu'ils sont séparés Tun de l'autre sont fort chaleureuses (cf. notamment les lettres de Schelling, du 24 novembre 1802, du 11 juillet, du 31 août 1803 — meine Fraii laesst Die h ganz erslaunlich grussen — et du 3 mars 1804 chez Plitt, /. c, pp. 369, 467, 483) et témoignent d'une communauté intime de sentiment et de pensées. Mais il est à noter que Schelling, plus jeune de cinq ans que son ami, y fait constamment figure d'aîné. C'est Schelling qui attire Hegel à l'université de Iéna,où tout le monde ne voit en lui qu'un collaborateur actif de son camarade, déjà glorieux. L'apparition de l'écrit Ueber dieDijferenz des Fichleschen iind Schelling schen System' s der Philosophie en 1801 confirme cette impression. Hegel y prend énergiquement, contre Fichte, le parti de Schelling, en déclarant que la philosophie de ce dernier est destinée à vaincre (K. Fischer, /. c, vol. VII, p. 145, Haym, /. r., pp. 151 et suiv.). Les rares allusions que l'on peut découvrir dans cet écrit et qui indiquent une manière de penser plus indépendante, passent entièrement inaperçues, et la Allgemeine Zei-

tiing^ d'Augsbourg, en appréciant cet ouvrage, écrit que « Schelling est allé chercher, dans son pays, un défenseur énergique et fait annoncer au public, par ce dernier, que Fichte également se trouve très inférieur aux théories développées par lui (Schelling) » (Rosenkranz, Hegel s Leben, p. 162; Hegel proteste vivement, sans qu^on voie nettement sur quoi porte sa dénégation, si c'est seulement contre l'accusation d^avoir voulu déprécier Fichte ou si c'est au contraire contre le fait qu'on le représentait comme un adhérent pur et simple de Schelling). La dissertation pro licenlia docendi de Hegel, qui paraît la même année, est également, selon le jugement compétent de Haym (/. c, p. 154), « entièrement schellingienne ». A partir de 1802, les deux philosophes éditent en commun un périodique, le Kritisches Journal, et telle est la communauté de leur pensée, qu'on a parfois de la peine à déterminer qui des deux est Fauteur de tel ou tel article (paru sans signature) et que des contestations se sont élevées à ce sujet entre les biographes (cf. Roseinkranz, Vorlesungen ueber Schelling, Danzig, 1843, p. 195, Erdmann, Z)/e Entwickhing der deulschen Spekulation seit Kant, 2® partie, Leipzig, 1853, p. 695 et Haym, /. c, p. 503). Sans doute, dans certains articles de ce périodique éphémère, Hegel manifeste une indépendance d'esprit de plus en plus grande, mais Schelling ne paraît pas s^'en apercevoir, et c'est probablement en grande partie parce qu'il continue à le considérer comme un simple disciple que, dans une lettre très amicale à Hegel (11 janv. 1807, G. L. Plitt, Aus Schelling s Leben, Leipzig, 1869, pp. 110 et suiv.), il déclare attendre avec la plus grande impatience l'apparition de l'ouvrage annoncé. « Quelle œuvre pourra naître, si ta maturité se laisse encore le temps de mûrir ses fruits ! Je ne puis que continuer à te souhaiter la situation tranquille et les loisirs nécessaires à l'exécution d'œuvres aussi précieuses et placées en quelque sorte en dehors du temps. » L'apparition de la Phénoménologie où, dès la préface, Hegel dirigeait les attaques les plus vives contre Pécole entière de Schelling, fut évidemment pour ce dernier une amère déception. Hegel accompagna l'exemplaire destiné à son ami d'une longue lettre ; une seule phrase contient une sorte d'excuse, elle insinue qu'il avait pensé uniquement aux imitateurs de Schelling : « En ce qui concerne la préface, tu n'estimeras sans doute point que je sois allé trop loin en attaquant la banalité (Plallheii) qui surtout abuse à tel point des formules établies par toi et qui abaisse ta science au niveau d'un formalisme » (Hegel, Werke, vol. XIX, 1'^ partie, Leipzig, 1887, p. 102, lettre du 2 mai 1807). Schelling ne répond que cinq mois plus tard (2 nov. 1807, Plitt, /. c, vol. II,

p. 123) par une lettre d'un ton assez hautain, où il a l'air cependant d'accepter l'explication ; « Je n'ai lu jusqu'à présent que la préface. Gomme tu mentionnes toi-même la partie polémique de celle-ci, je te dirai qu'il faudrait qu'en m'appréciant à ma juste mesure, j'eusse cependant une bien piètre opinion de moi-même pour croire que cette polémique a trait à moi; qu'elle ne frappe donc, comme tu l'as dit dans ta lettre à moi, que l'abus fait par les imitateurs (Nachschwaelzer), bien qu'une telle distinction ne soit pas faite dans l'écrit lui-même. » On suppose généralement que cette lettre fut suivie d'une rupture complète entre les deux amis. Kuno Fischer a l'air de l'admettre (Geschichte^ vol. VII, p. 146) et V. Delbos, dans son excellent opuscule De posterioreSchelllnrf il philosophia(Fanbf 1902, p. 8), le suit en cette matière : inde nullae postea inter se epishilae, amicitia nulla. Il semble que cette conception soit née de la phrase par laquelle Karl Hegel, l'éditeur de la correspondance de son père, en commentant la réponse de Schelling, a déclaré que cette lettre fut la dernière. Or, il n'est même pas établi qu'il en ait été ainsi; Schelling. en écrivant à la veuve de Hegel en 1832, a l'air d'affirmer que la correspondance a continué jusqu'en 1808 (Plitt, /. c, vol. III, p. 61). Mais en supposant qu'il y ait là un malentendu, ce qui est certain, c'est qu'il n'y eut point de brouille formelle et que tout au moins des relations extérieures continuèrent. La correspondance de Hegel en fournit la preuve. En juillet 1812, Schelling et sa femme passent par 5s^uremberg, où Hegel se trouvait à ce moment, sans voir ce dernier; mais Hegel ne songe nullement à attribuer cette abstention à un sentiment d'hostilité à son égard, ils ne sont restés que quelques heures et Schelling, qui avait des rhumatismes, n'a pu voir personne ( ^VerÂT, vol. XIX, l*"^ partie, p. 345). Hegel avait sans doute de bonnes raisons d'interpréter les choses de cette manière, et ce qui prouve qu'il ne se trompait point, c'est que quelques mois plus tard Schelling lui fît une «visite amicale », au cours de laquelle cependant on s'abstint, de part et d'autre, de parler philosophie (lettre du 23 oct. 1812, /6.,p. 3oO).

Quelques années plus tard, en 1817, Victor Cousin vint à Heidelberg. On sait que Cousin se vanta plus tard d'avoir découvert ou deviné Hegel avant que ce dernier ne fût connu dans son pays. « 11 s'en faut bien que Hegel fût alors l'homme célèbre que j'ai depuis retrouvé à Berlin, fixant sur lui tous les regards, et à la tête d'une école nombreuse et ardente. Hegel n'avait alors d'autre réputation que celle d'un disciple distingué de Schelling. 11 avait publié des livres qu'on avait peu lus ; son enseignement commençait à peine à le faire connaître davantage » (Fragments philosophiques, 2^ éd., Paris,

1833, p. xxxvii). Cousin, évidemment, se trompait : Hegel^ neuf ans après la Phénoménologie^ cinq ans après la Science de la Logique, à la veille d'être appelé, dans les conditions les plus honorables, à Berlin, avait une tout autre situation morale que celle que lui supposait le visiteur. Sans doute Cousin, à cette époque de sa vie, ignorait-il Tallemand au point d'être obligé d'étudier Kant dans l'exécrable traduction latine de Born (Fragments et souvenirs, 3' éd., Paris, 1857, p. 57, — en dépit de ce qu'affirme Jules Simon, Victor Cousin, 4® éd., Paris, 1910, p. 24, il est pour le moins douteux qu'il ait jamais bien appris cette langue). !1 était aussi plutôt mal renseigné sur le mouvement philosophique allemand par des hommes qui, comme le comte Reinhart, Passavent ou Fr. Schlegel, nourrissaient dans cet ordre d'idées des partis pris violents. Mais son erreur même eût été inexplicable, si les deux philosophes allemands avaient été, à ce moment, à couteaux tirés (comme on semble le supposer généralement). Aussi, on vient de le voir, n'en était-il rien et quand, Tannée suivante. Cousin revint à Heidelberg et se proposa ensuite d'entreprendre un petit voyage circulaire philosophique en Allemagne, Hegel, en le munissant d'une sorte de lettre d'introduction générale, y inséra le passage suivant : « Pour M. Schelling, je vous prie de le saluer de ma part ; vous trouverez sans doute auprès de lui un accueil ouvert et une façon de penser politique sans préjugés antifrançais » (Hegel, Werke, vol. XIX, 2« partie, p. 20). Vers la même époque, Hegel, en écrivant à son vieil ami Niethammer, le prie de « saluer cordialement » Schelling de sa part (ib,, p. 17), ce qui confirme l'impression qu'il n'y avait, à ce moment (en 1818), entre eux aucune hostilité ouverte.

En août 1829, les deux philosophes, par hasard, se rencontrèrent à Carlsbad. Schelling, dans la lettre à sa femme (Plitt, /. c, vol. ni, p. 47), s'étonne un peu de la cordialité que Hegel lui témoigne « comme s'il n'y avait rien eu entre nous », mais on voit que cela ne peut avoir trait à ce qui s'était passé après l'apparition de la Phénoménologie et qui se trouvait en quelque sorte effacé par la visite de 1812 ; il est donc probable que ce à quoi il pensait surtout, c'étaient ses propres attaques contre Hegel, qu'il semble avoir commencées quelques années avant ce moment. Hegel qui, à son tour, raconte l'événement à sa femme, se montre très heureux de la rencontre : « Nous en sommes tous deux joyeux et nous nous comportons envieux et cordiaux amis » ( Werke, vol. XIX, 2« partie, p. 326), et il répète ces expressions dans deux lettres adressées à des amis (/6., pp. 330 et 331). Hegel et Schelling restent cinq jours ensemble, mangent et se promènent de compagnie.

Il semble bien, cependant, que (comme nous l'avons dit plus haut) les attaques de Schelling contre Hegel avaient commencé quelque temps auparavant. Sans doute, ce que Rosenkranz dit des cours de Schelling auxquels il a assisté (on le cite habituellement à propos de ces attaques, cf. Kuno Fischer, Le, p. 216) ne peut être invoqué ici, car cela a trait à une époque très postérieure à la mort de Hegel (cf. Rosenkranz, Schelling y Danzig, 1843, p. xx). Mais une lettre de l'économiste Fr. Thiersch montre qu'au moins dès son retour à Munich, en 1827, Schelling s'en est pris publiquement à Hegel, à qui il a reproché d^'avoir « gâté » sa philosophie à lui (Schelling), en lui donnant une tournure erronée (W. I. Thiersch, Friedrich Thiersch's Leben, Leipzig 1866, vol. h% p. 346). L'année suivante, en écrivant à Cousin, Schelling s'exprime comme suit : « Vous êtes entré dans le territoire de la philosophie allemande du côté de Heidelberg [c'est là que Hegel se trouvait en 1817, lors du premier voyage de Cousin en Allemagne, cf. Appendice XV, p. 428]; vous n'avez commencé à connaître le système dérivant de moi que dans le sens que lui donnaient quelques personnes, mal endoctrinées ou faibles de jugement, et dans la forme qu'il avait reçue en passant par la tète étroite d'un homme, qui a cru s'emparer de mes idées, comme l'insecte rampant peut croire s'approprier la feuille d'une plante qu'il a entortillée de son filage. Il s'est trompé, le système lui-même ayant un principe de vie...» (suit un passage entièrement incompréhensible, mais on peut raisonnablement douter qu'il soit réellement dû à la plume de Schelling, ce dernier écrivant en général un français suffisamment correct ; peutêtre quelqu'un connaissant mieux la langue que ne semble l'avoir possédée Plitt trouverait-il, en examinant le manuscrit, une leçon fournissant un sens approprié).

« Qu'on me laisse à moi mes idées, dit-il encore dans la même lettre, sans y attacher, comme vous semblez le faire, le nom d'un homme qui, tout en pensant me les escamoter, s'est montré aussi peu capable de les conduire à leur vraie perfection qu'il était capable de les inventer » (G. L Plitt, .4^/5 Schelling's Leben, Leipzig 1869, vol. III, pp. 39 et 41).

Un passage de Henri Heine, bien que contenu dans une œuvre qui a paru après la mort de Hegel, se rapporte certainement à la môme époque. Voici cette amusante description, fort juste, semble-t-il, sous sa forme légère :

« Ceci se passait au commencement du siècle. Schelling était alors un grand homme. Mais entre temps Hegel parut sur le théâtre philosophique ; M. Schelling qui, dans ces dernières années, n'a presque rien écrit, fut éclipsé, tomba même dans l'oubli et ne conserva qu'une importance historique. La philo-

Sophie de Hegel devint dominante, Hegel fut souverain dans le domaine spirituel, et le pauvre Schelling, philosophe déchu et médiatisé, se promena mélancoliquement, parmi d^autres seigneurs médiatisés, à Munich. C'est là que je le vis un jour et j'aurais pu presque verser des larmes à la vue de ce spectacle lamentable. Et le plus lamentable, c'était ce qu'il disait ; c'étaient des vitupérations envieuses à l'égard de Hegel, qui Tavait supplanté. Comme un cordonnier parle d'un autre cordonnier, qu'il accuse de lui avoir dérobé son cuir et d'en avoir confectionné des bottes, de même j'ai entendu M. Schelling, quand je le vis un jour par hasard, parler de Hegel, de Hegel, qui lui « avait pris ses idées » ; et « ce sont mes idées qu'il m'a prises » et, de nouveau, « mes idées » — c'était là le refrain continuel du pauvre homme. En vérité, si le cordonnier Jacob Boehme a parlé autrefois en philosophe, le philosophe Schelling parle à présent comme un cordonnier» (H. Heine, Saemmtliche Werke, Hambourg 1861, vol. VI, Ueber Deutschland, p. 157. Ce passage manque dans l'édition française du livre De r Allemagne, OEiwres, Paris, 1835, vol. V, il n'a été ajouté qu'à l'édition allemande et l'auteur, pour des raisons inconnues, s'est également abstenu de le faire figurer dans les éditions postérieures de soft œuvre en langue française. L'édition française contient d'ailleurs un passage analogue, mais plus court et bien moins caractéristique^ à un autre endroit, /. c, p. 229).

Hegel eut certainement vent de ces attaques de Schelling. Rosenkranz, du reste, l'affirme expressément (Vorlesungen ueber Schelling^ Danzig, 1843, p. xvi et suiv.), mais il eut le bon goût de ne pas trop s'en formaliser, comme le montre son attitude à Carlsbad. Peut-être cependant est-il permis d'en conclure aussi que les attaques — du moins celles faites dans les cours publics — ne revêtirent point, à beaucoup près, une forme aussi violente que celle de la Préface de 1834 ou du traité Zur Geschichte, et que, de toute façon, Schelling mit en avant alors plutôt des réclamations de priorité. On ne peut sérieusement douter que Hegel eût relevé une attaque à fond contre son système, dans le genre de celles que contiennent les ouvrages que nous venons de citer.

Ce qui est certain, c'est que Schelling, du vivant de Hegel, n*a rien publié contre son rival. C'est ce que constate Rosenkranz, en faisant ressortir le contraste entre cette attitude et celle à l'égard de Reinhold, de Fichte et de Jacobi (Schelling, Dcinzig, 1843, p. 352). Il note aussi qu'au reproche de n'avoir attaqué Hegel qu'après sa mort, Schelling a fait répondre, par des disciples, qu'il ne pouvait prévoir que Hegel disparaîtrait si vite (/6., p. 359).

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