‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 122 sur 153 · XX. TYCHO BRAHE, l'aSTROLOGIE ET LE MOUVEMENT DE LA TERRE · texte numérisé non relu

XX. TYCHO BRAHE, l'aSTROLOGIE ET LE MOUVEMENT DE LA TERRE

(Vol. II, p. 279).

L'argumentation de Tycho en faveur de l'astrologie a pour base une forte conviction de la dignité de ce qui se passe sur la terre, et l'on peut se rendre compte que cette même manière de voir a grandement contribué à le rendre réfractaire à la conception héliocentrique. Tycho avait le plus grand respect pour le génie de Copernic qui, dit-il, a mérité d'être appelé un second Ptolémée, étant donné qu' « avec une pénétration d'esprit admirable il avait, d'une manière toute différente, établi la science des mouvements célestes de telle façon que nul autre avant lui n'avait plus exactement devisé du mouvement des étoiles » {De disciplinis mathemalicis oratio, p. 9). Les raisons qui, néanmoins, ont empêché Tycho d'accepter l'idée d'un mouvement de la terre étaient en grande partie des raisons de physique, basées sur la considération des mouvements terrestres, — raisons qui, du reste, sont demeurées fort légitimes tant qu'on ignorait le principe d^inertie (Cf. à ce sujet Identité et réalité^ p. 521). Mais des motifs religieux ont également joué chez lui un rôle considérable. Seulement il s'agissait moins, dans son esprit, de l'interprétation littérale de certaines paroles de la Bible, comme du fameux passage sur Josué, que du fait que le système héliocentrique tout entier lui paraissait impossible à concilier avec la manière dont le rapport entre le ciel et la terre est envisagé dans les livres saints. Il est écrit, raisonne-t-il, creavit Deus cselum et terram, et dans cette phrase la terre est opposée au ciel entier ; se peut-il dès lors qu'elle soit l'astre infime et obscur qu'elle apparaît dans l'hypothèse copemicaine?(TYCHONis Brahe Epistolariini astronomicarum libri, Uranienbourg et Francfort, KUO, pp. 190 et suiv.). En effet, le copernicien le plus déterminé pouvait, semble-t-il, malaisément nier le désaccord profond qui existait à ce point de vue entre la nouvelle théorie et la doctrine pour laquelle la terre était l'objet unique de l'action divine et, par conséquent, ne pouvait déchoir de sa dignité de centre de l'univers. — Il est malaisé, croyons-nous, de se rendre compte sur quoi reposait l'immense prestige de l'astrologie et comment il a pu être si complètement ruiné, si l'on ne tient compte du poids de ces considérations de finalité et du fait que, par suite de la réforme copernicienne, un lien légal immédiat, que ces considérations avaient fait envisager comme plausible, est devenu au contraire peu probable.

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