Cf., par exemple, pp. 111 et suiv
4. UosB.NKnANz (Hegel's Lebeii, p. 199) a affirmé le contraire, en constatant que les extraits laissés par Hegel étaient empruntés « aussi bien à des livres allemands qu'à des auteurs français ou anglais », et cette assertion a été
tions de Biot ne se comptent pas et Hegel en fournit, parfois, de longs extraits. Mais Lavoisier, BerthoUet (surtout la Statique chimique), Guy ton de Morveau, Haûy, Francœur, Pictet, Lagrange, Laplace sont aussi fréquemment invoqués. Hegel connaît également, du moins de seconde main, les travaux de Galvani, de Volta, de Dalton, de Davy, de Berzelius, de Wollaston, de Rumford, de Chladni, de Tortini, de l'abbé Conti, de Richter, etc. Dans les sciences biologiques, les noms français dominent moins et les œuvres sur lesquelles Hegel se repose pour sa documentation sont surtout allemandes : Treviranus, Willdenow, Link, Schulz et d'autres. Cependant là encore Cuvier, Bicliat, Jussieu, Lamarck, mentionnés le plus souvent avec de grands éloges S tiennent une place considérable.
Ainsi, l'insuccès de Hegel ne saurait être attribué ni à une hostilité de principe envers la science, ni même à une ignorance des résultats auxquels celle-ci était parvenue à son époque ^
généralement reproduite depuis, même par des commentateurs de langue anglaise (cf. par exemple J.-II. Stirling, Tfie Secret of Hegel, Edimbourg 1896, p. xix). Mais Kosenkranz, ici comme ailleurs, dès qu'il s'agit des connaissances de son maître, est un témoin de valeur plutôt douteuse. Il se peut, du reste, que son assertion soit matériellement exacte et que Hegel, qui s'intéressait vivement au mouvement politique anglais, ait, dans la toute dernière époque de sa vie, acquis une connaissance suffisante de la langue pour comprendre le texte facile d'une feuille politique, ainsi que cela semble notamment résulter de son article sur le /îe/"orm-fîz7/ anglais, paru peu de temps avant sa mort {Ueber die englische Reform-Bill^ Werke, vol, X\'1I). Mais ni dans les trois volumes de la Locjlk ni dans les trois de l'Encychpaedie. ni dans aucun autre ouvrage de Hegel, où les citations d'auteurs français sont excessivement nombreuses (elles doivent compter par centaines dans la A'a/urphilosophie), nous ne nous rappelons avoir rencontré aucune citation d'après un texte anglais. Newton est cité exclusivement d'après des textes latins.
1. Cf. par exemple, Natiirphilosophie, p. 80. — De même, dans la Philosophie des Geistes, p 276, l'œuvre de Pinel est déclarée être « le meilleur de ce qui existe dans cet ordre d'idées ».
2. J. H. Stirling affirme {l. c., p. xix) que Hegel était « pleinement et profondément versé » {grounded to the futl) en mathématiques et en sciences physiques C'est là une exagération manifeste, même en ce qui concerne les sciences physiques, où ses connaissances paraissent avoir été plutôt étendues que véritablement profondes. En ce qui concerne ses connaissances mathémathiques, cf. plus bas, p. 4i. — Rosbnkranz rapporte que les extr its très copieux laissés par Hegel démontrent qu'il « n'avait omis dans ses études à peu près aucun ouvrage un peu célèbre de mathématique, de physique ou de physiologie » {Hegel's Lehen, pp. 132-153 , mais ne nous rensei-
:o.ME II 3
•H4 l'explication globale
Mais il y a plus : si l'on examine d'un peu plus près la position d'où Hegel part pour sa déduction totale, on est forcé -de constater qu'au point de vue théorique elle est, à certains égards, plus avantageuse que celle de ses prédécesseurs et notamment de Descartes. En effet, Hegel, contrairement à ce dernier, admet l'existence, dans le monde physique, d'un irrationnel. Car c'est, évidemment, à cette admission que revient au fond (au point de vue de l'explication scientifique) la théorie exposée dans la Logique et dont, dans notre chapitre V (pp. 131 et suiv.), nous avons essayé de résumer les traits saillants. Selon rexcellente formule de M. Boutroux, la « logique hégélienne veut que l'irrationnel, avec les antinomies qu'il engendre, soit la condition, le père du concept ».
L'élément de contradiction dont Hegel établit la présence dans chaque application du principe d'identité, c'està-dire dans tout raisonnement et, en particulier, dans tout raisonnement scientifique, n'est, cela est certain, qu'une première manifestation de l'irrationnel. C'est la constatation qu'il existe du divers, alors que notre raison voudrait qu'il n'y en eût point. Sans doute, Hegel déclare que cette raison n'est pas la bonne, que ce n'est que la raison abstraite et qu'au-dessus d'elle une autre raison, la raison concrète, comprend parfaitement ce divers et s'en sert pour expliquer les choses. Nous verrons tout à l'heure quelle est la véritable portée de cette dernière affirmation. Mais ce que l'on aperçoit d'ores et déjà, c'est qu'en élargissant ainsi le terrain de son explication, Hegel y inclut au moins quelque chose de cet élément irrationnel que constitue Texistence du divers.
De ce chef, ce que nous concevons comme irrationnel se trouve, chez Hegel, scindé en deux. Une pariie est déclarée conforme à la raison aux limites élargies, à la raison concrète ; cela est raisonnable (<;>ernuenftig) et peut donc
gnc point, hien entendu, sur la question de savoir si ces extraits démontrent que le philosophe s'élait véritablement assimilé le contenu de ces lectures (ce dont d'ailleurs sou disciple et bioj^raphc eût été, comme le montrent des exemples précis, assez pou capable déjuger).
être déduit de Tessence même de cette raison . Alors que le reste est rejeté en dehors des limites de cette déduction ; cela est sans doute connaissable, mais c'est un savoir d'un ordre inférieur, dévolu à Texpérience, à Xempirie et exclu de ce que Hegel considère comme faisant partie du domaine de la vraie science (Wissenschaft), lequel ne comprend chez lui (tout comme chez Aristote du reste) que ce qui est précisément tributaire de la déduction.
Observons, à ce propos, un rapprochement, à première vue un peu inattendu, entre les idées de Hegel et celles de Newton. Newton avait exprimé celte idée profonde que la diversité, aussi bien celle dans le temps que celle dans l'espace, n'était pas susceptible d'être déduite de « l'aveugle nécessité métaphysique » (chap. YI, p. 195). Hegel, on le constate par mainte page de la NatiirphUosophie, a beaucoup lu les Principes de Newton, et il n'est pas impossible que le passage en question l'ait inspiré. Mais il a pu également parvenir à ses constatations d'une manière indépendante, car chez Newton aussi il s'agit dune déduction entièrement apriorique. Ce qui est certain, c'est que la diversité que Hegel inclut dans le domaine de sa « raison concrète » ressemble touî; à fait à cette diversité newtonienne.
Ainsi Hegel a parfaitement admis l'irrationnel, en le plaçant au sein même de son principe d'explication. Eh l)ien, en dépit de ce fait qui, dirait-on, devait constituer à son profit un avantage important sur ses prédécesseurs, il a échoué complètement, cardinalement, aussi complètement, aussi cardinalement, semble-t-il, qu'il est possible d échouer dans ce domaine, échoué de manière inliniment plus complète certes que Descartes. D'où vient l'énormité de cet échec?
Une circonstance particulière qui frappe Tattention aussitôt que l'on entre dans l'examen de la Natiirpliilosophie, c'est que Hegel, dans ses déductions, n'hésite point à faire appel à la sensation directe. Ainsi, dans sa théorie de l'électricité, Y odeur qX le goût de c:lle-ci constituent
36 l'explication globale
un élément important '. Sa théorie de la lumière est même entièrement fondée sur la sensation. Elle n'est en effet que eelle exposée par Gœthe dans sa Farbenlehre ^ Hegel souscrit de la manière la plus complète à toutes les conclusions contenues dans cette œuvre, il prodigue les éloges les plus dithyrambiques à son auteur, et renchérit encore sur les invectives de Gœthe à l'égard de l'optique newtonienne. On ne saurait s'exprimer avec trop de rigueur au sujet de la « barbarie des représentations » de Newton. Ce dernier a observé et expérimenté « avec maladresse et inexactitude », et son exposé est empreint de « malhonnêteté ». La théorie de Newton n'est que du « galimatias métaphysique ». La science, en l'approuvant, fait preuve d'un « préjugé aveugle », de « manque de pensée » et de «bêtise"' ». Cette attitude de Hegel (les exagérations, bien entendu, mises à part) s'explique fort bien. Nous avons vu, en effet, que si les théories scientifiques excluent la sensation de leur domaine, ce n'est pas en vertu d'un décret expressément promulgué, mais par suite d'une décision tacite, parce qu'impliquée par les fondements du mécanisme. Du moment où l'on nie la suprématie du mécanisme, comme c'est le cas chez Hegel, celte exclusion de la sensation ne se justifierait plus d'aucune manière. PJn effet, l'idéalisme hégélien conçoit la nature uniquement comme ce qui apparaît dans la conscience et pour la conscience; la nature réellement existante devra posséder toutes les propriétés que la sensation lui attribue et, notamment, les qualités spécifiques que la science attribue à