Pfiaenomenologie , p
3. Cf. les reproches qu'il formule de ce chef à l'égard de la « raison abstraite et classificatrice » (der tahellarische Verstand, Phaenoinenologie, p. 42). — Cette curieuse mésestime pour les relations spatiales est d'ailleurs encore «n emprunt fait àScHELLiNG. Cf. Darlegung des icahren Verhaellnisses, etc. [Werke, !'• série, vol. VII, p. 64 : « La philosophie de la nature représente ce qui est directement positif dans la nature, sans tenir compte de l'autre élément, par exemple de l'espace et du reste, qui sont de nulle importance {den Raum iind das uebrige Xichtige). >> D^ même dans les Apliorismen ueber die Naturphilosophie {ib., p. 224) : « La conception mécanique de la nature est, par conséquent, une conception qui repose sur l'abstraction, qui prend naissance quand on fait abstraction de tout ce qui, dans la ma-
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ces principes, Hegel se trouvait à mille lieues de la science, pour qui les déterminations temporelles et spatiales sont les plus essentielles. Et l'on s'aperçoit, en même temps, que s'il a, théoriquemenl, l'avantage sur Descartes par son admission (au moins partielle) de l'irrationnel du dwe7\9, il se trouve au contraire, à ce même point de vue, en grande infériorité, par suite de ce qu'il n'admet pas l'irrationnel de la sensation.
Mais cet inconvénient de la théorie hégélienne n'est pas le seul, ni peut-être le plus important. Et tout d'abord on peut remarquer que Hegel lui-même a ii peu près réduit à néant les avantages que pouvait lui conférer son irrationnel, par le fait que, l'ayant inclus dans son explication, il a dû, par là même, le considérer comme explicable ou raisonnable, lia raisonné sur cet irrationnel, raisonné exactement comme si c'avait été du rationnel (car il n'y a — quoi qu'il en ait dit — qu'une seule manière de raisonner). H l'a donc rationalisé, discipliné en quelque sorte, il a voulu, par le raisonnement pur, lui assigner sa part et ses limites.
On peut donner à l'observation que nous venons de présenter une forme un peu différente et qui fera peutêtre mieux ressortir le rapport de la tentative de Hegel (un rapport d'opposition, cela va sans dire) avec ?es tendances de la science de nos jours. Nous avons vu, dans notre chapitre VI, que la science s'est heurtée ou est en train de se heurter à toute une série de ces irrationnels. Est-il possible de situer l'irrationnel admis par Hegel à l'é'^ard de ces derniers ? La tâche, de prime abord, ne paraît pas très aisée. Nous avons trouvé plus haut une analogie entre la pensée de Hegel et celle de Newton ; ce que
tière, est réel et positif,ct qu'on tient compte de ce qui est de nulle valeur. » Ces deux œuvres datent de 1806 et Hegel a donc adopté, dans cette question, les opinions que Schclling a professées dans une phase relativement avancée de son activité. Antérieurement, en ellet, les conceptions de Schelling paraissent avoir été moins tranchées. Ainsi dans les Ideen, qui sont de 1797, il semble considérer comme allant de soi que toutes les difîérences entre les corps doivent pouvoir se ramener à leur rapport avec les trois dimensions de l'espace {ib., vol. II, p. 175).
LA TENTATIVE DE HEGEL ."lU
le premier aurait admis serait donc cette diversité qui a trouvé son expression, d'une part, dans l' « état invraisemblable » cfu'on est obligé de poser comme état initial du monde, si l'on admet, selon Boltzmann et Maxwell, l'interprétation mécaniste du principe de Carnot ; et, d'autre part, dans les mesures absolues des atomes de M. Perrin. Mais ce serait là, certainement, faire fausse route et prêter à la pensée scientifique du philosophe une précision qu'elle est loin d'offrir. Ce n'est pas cependant qu'on ne trouve parfois, dans ses exposés, des aperçus rapides montrant combien il a profondément médité sur l'obstacle qui s'oppose ici à la raison scientifique (selon la nomenclature hégélienne, bien entendu, la* raison abstraite). Ainsi, parlant de la démonstration newtonienne des lois de Kepler, il déclare que « la mathématique, en général, ne saurait démontrer des déterminations de grandeur de la physique, étant donné que celles-ci constituent des lois qui ont pour fondement la nature qualitative des moments ; et ceci pour la raison bien simple que cette science n'est pas la philosophie, ne part pas du concept, et que le qualitatif, par conséquent, en tant qu'elle ne le reçoit pas, sous les espèces d'un lemme, de l'expérience, se trouve en dehors de sa sphère * ». Laissons de côté ce qui a trait à la déduction philosophique, par le concept : il est clair qu'il y a, dans ce morceau, des vues fort justes, notamment sur l'essence des grandeurs physiques (nous dirons des coefficients) qui traduisent par la quantité ce qui, dans la nature, est qualitatif, ainsi que sur l'impossibilité de déduire complètement ces coeflicients (puisqu'il faudrait les déduire de l'indifférencié), ce qui fait cjue l'explication scientifique est obligée de renoncer en délinitive à l'explication du qualitatif (en tant du moins qu'elle ne peut le déduire de la disposition spatiale pure — mais Hegel ne croit pas à cette déduction spatiale). Pourtant, encore un coup, tout cela n'est qu'une sorte d'éclair fugitif. Hegel ne suit pas cette trace, pour la raison bien simple qu'il lui semblerait sans
1. Wissenschaft der Logik, 1" partie, p. 350, cf. ih., p. 456.
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doute tout à fait oiseux d'approfondir les méthodes appliquées par la science explicative, laquelle lui apparaît comme une œuvre entièrement indigne de l'attention sérieuse du philosophe.
Aussi envisage-t-il, la plupart du temps, le divers de la manière la plus générale, se contentant de poser simplement qu'il est autre (Anderssein). C'est donc, dans ce cas, cet irrationnel qui caractérise, nous l'avons vu, tous nos raisonnements sans exception ou, si l'on veut (et quoi qu'en pense Hegel lui-même), l'irrationnel tel qu'il apparaît dans les mathématiques. Or, c'est là un côté de l'irrationnel dont la science physique ne s'occupe même pas. Elle n'a pas à s'en occuper, en effet, puisqu'il concerne les mathématiques, qu'il est inclus en quelque sorte dans les mathématiques, et que la raison, par le fait même qu'elle se sert des mathématiques pour l'explication, la rationalisation des sciences physiques, témoigne en quelque sorte avoir dépassé ce premier stade.
Mais afin de bien saisir la différence entre le point de vue de la science et celui auquel se plaçait Hegel, il nous faut étudier d'un peu plus près l'attitude adoptée par le philosophe à l'égard des sciences mathématiques.
Dans cette attitude, ce qui frappe tout d'abord, c'est ce fait psychologique que l'esprit de Hegel paraît étonnamment peu accessible à l'explication mathématique des phénomènes physiques. H affirme, à propos des découvertes de Kepler et de Newton, s'être occupé de ces matières pendant vingt-cinq ans * ; et il est certain qu'il a dû se donner parfois beaucoup de peine pour saisir, ne fût-ce fpie superficiellement, certaines déductions de physique mathématique, afin de les résumer comme il l'a fait. Mais il est tout aussi certain qu'il n'en a jamais saisi véritablement l'esprit ou que (ce qui revient au même) ces déductions n'ont jamais véritablement parlé à son esprit à lui. Non seulement leur détail, comme il l'avoue lui-même à propos de la décomposition du mouvement des planètes,
t. Aalurjjhilosopliie, p. 101.
le troublait souvent S mais elles lui sont toujours apparues comme quelque chose d'artificiel, d'entièrement extérieur à la véritable essence des choses : « la représentation mathématique est une représentation torlurée ^ ».
Nous avons vu au chapitre Y (pp. 141 et suiv.) les observations qu'il formule à propos des démonstrations mathématiques et avons reconnu qu'il y avait, dans ses reproches, quelque chose d'exact et, d'ailleurs, d'inévitable, d'inhérent au caractère même des mathématiques et à la nature des services qu'elles doivent nous rendre (ce que Hegel, du reste, a parfaitement senti lui-même). Mais Hegel en conclut que « le mouvement de la démonstration mathématique n'appartient point à ce que l'objet est, mais est une opération extérieure à la chose ». En général, pour lui, « dans la connaissance mathématique la compréhension (die Einsicht) constitue une opération extérieure à la chose ; il s'ensuit que la chose véritable se trouve, par là, modifiée ». Ainsi, dans la démonstration, on « déchire » le triangle. Dans les mathématiques « le mouvement du savoir se passe à la surface, ne touche pas à la chose elle-même, ni à son essence ou à son concept et, pour cette raison, ne constitue pas une compréhension ' ».
Voici un exemple qui fera voir jusqu'où va ce parti pris intellectuel. Après avoir résumé, en somme correctement, la déduction des lois de la chute (il cite, à cette occasion, l'exposé de Lagrange, dans la Théorie des fonctions), il déclare que la séparation des deux mouvements « n'est rien de réel, mais constitue une fiction vide », conçue uniquement en vue de la représentation mathémalique. Or, la loi de la chute est une loi libre de la nature et, par conséquent, elle recèle un aspect qui doit être déterminé par le concept du coVps. C'est notamment de cette détermination du concept que doit se déduire la loi de Galilée selon laquelle les espaces parcourus ont la même propor-