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Xaturphilosophie, p

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traite et, bien entendu, une œuvre blâmable. « La matière ne persiste pas, dit-il dans un autre passage, si ce n'est dans le système d'identité de la raison abstraite... Or, la physique empirique n'a aucun droit d'affirmer l'existence de ce qui n'est pas donné par la perception. Et si elle voulait procéder d'une manière uniquement empirique, elle devrait dire que la matière s'évanouit. » Mais c'est aussi une œuvre qui ne saurait aboutir, la fixité des éléments constitue un « défaut fondamental » de la théorie scientifique et la « transition et transformation immédiate » des substances est « la circonstance oîi toute chimie, toute mécanique échouent ' ». Les faits que Hegel cite à l'appui de sa thèse nous apparaissent actuellement comme tout à fait fantaisistes et devaient sans doute déjà paraître tels aux bons esprits de l'époque, formés à l'école de Lavoisier et de ses disciples. Ainsi, il ne croit pas à l'indestructibilité des éléments chimiques. L'air se transforme directement en eau et inversement, « la pluie provient, pour ainsi dire, de l'air sec * ». C'est une transformation que la chimie est impuissante à expliquer, car il lui faudrait admettre que l'azote se transforme en hydrogène, alors qu'elle considère ces deux substances comme immuables. De même « l'eau n'est pas composée d'oxygène et d'hydrogène, quoique ceux-ci, par l'étincelle électrique, deviennent de l'eau ». Les météorites se forment des nuages. Par des polypes « l'eau est. transformée directement en une lymphe, une gelée ». Des grives s'engraissent en une seule matinée brumeuse, c'est là « la transformation directe de cette humidité en substance animale'». 11 n'empêche que les vues de Hegel sur la nature intime de l'explication mécaniste sont aussi justes

1. Nalurphilosophie, pp. 168, 171, 622. C'est là ce qui fait que le processus chimique « représente la dialectique par laquelle -toutes les propriétés particulières des corps sont entraînées vers le périssable » (ou le transitoire, die Verr/aen(flichkeit, ih., p. 421).

2. C'est, là encore, une conception que Hegel a de commune avec Schelling Cf. Jdeen zu einer Philosophe dev Nalur, Werke, V> série, vol, II, p. 119.

3. Naturphilosoi)hie, pp. 174, 184, 359, 459, 529, 624. Peut-être ne faudrait-il pas imputer toutes ces grossières erreurs à Hegel seul ; il semble bien que certains au moins d'entre les biologistes allemands de cette époque aient professé de bien singulières opinions au sujet de l'action chimique de l'orga-

que profondes. On oserait dire presque : trop justes. En effet, comme il a une confiance illimitée dans la puissance de la pensée et dans l'infaillibité de son enchaînement, que, par contre, il méconnaît le pouvoir explicatif de la « vertu du groupement » et qu'enfin, il aperçoit clairement que l'explication scientifique ne procède et ne peut procéder qu'en recherchant la cause ou la raison, en l'égalant à l'effet et en progressant ainsi d'identité en identité, cette œuvre tout entière lui apparaît comme une immense tautologie. « C'est à cause de cette identité de la raison et de la conséquence, que la raison est suffisante.,, il n'y a rien dans la raison qui ne se trouve dans la conséquence et rien dans la conséquence qui ne se trouve dans la raison. Quand on demande une raison, on veut apercevoir la même détermination, qui constitue le contenu, deux fois »... « L'indicalion d'une raison constilue un formalisme pur et une tautologie vide... Une telle indication de raisons est, pour ce motif, accompagnée du même sentiment du vide, que les locutions conformes au principe d'identité. Les sciences, principalement les sciences physiques, sont remplies de tautologies de cette espèce, lesquelles constituent en quelque sorte un privilège de la science. » Hegel cite, en guise d'exemples, l'explication du mouvement de la terre à l'aide d'une force d'attraction agissant entre celle-ci et le soleil, ainsi que la supposition d'arrangements de molécules, censés donner naissance aux diverses formes cristallines. « Dans la vie ordinaire, des étiologies de ce genre, pour lesquelles les sciences ont un privilège, passent pour ce qu'elles sont en réalité, à savoir pour un verbiage tautologique et vide. » Vide il l'est à tel point que « la connaissance, pour ce procédé, n'a fait aucun progrès, elle tourne en rond dans une différence de forme, que le procédé lui-même renverse et abolit ». C'est ce qui fait qu'un

nisme. Ainsi il résulte d'une citation d'Autenrieth (ti)., p. 621) que ce savant, qui paraît avoir joui d'une grande autorité, a bien cru que Tor^janisme animal avait la faculté de transformer des corps ne contenant pas d'azote en substances azotées, de même que l'on semble avoir supposé parfois que l'élément carbone se formait dans les plantes mêmes (cf. Schelling, Die Wellseele, etc., Werke, 1" série, vol. II, p. 513).

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esprit bien constitué a de la peine à se conformer à cette manière de raisonner. « Une des plus grandes difficultés qu'on éprouve à pénétrer par l'étude dans les sciences, où ce procédé domine, provient de ce renversement de la position, qui consiste à poser préalablement, comme raison, ce qui, par le fait, a été déduit, et de n'indiquer qu'ensuite, en passant aux effets, la raison de ces soi-disant raisons... Celui qui entend pénétrer dans des sciences de cette sorte doit par conséquent commencer par s'inculquer ces raisons ; c'est là une besogne que la raison concrète (Vej^nunft) n'accomplit que péniblement, car il lui faut reconnaître comme raison ce qui n'a point de raison *. » On crée ainsi de la confusion et l'on en arrive à s'exprimer sur des concepts hypothétiques — tels que les molécules, les interstices, la force centrifuge, l'éther, le rayon lumineux, la matière électrique ou magnétique, etc. — comme s'ils appartenaient à la perception directe ; c'est un « cercle ensorcelé ». On admet cependant que l'on ne connaît point l'essence intérieure de ces forces ou de ces matières. « Il n'y faut voir, conclut Hegel, que l'aveu que cette détermination des raisons est en elle-même entièrement insuffisante ^ » Il est évident que, dans tout ce qui précède, le •terme raison (Grund) est conçu comme synonyme à celui de cause, dans le sens où la science en use généralement — ce qui est d'ailleurs, nous l'avons vu, entièrement conforme

1. On pourrait traduire aussi « comme base ce qui n'a point de base ». Grundloses als Grundlage: on reconnaît ici le procédé d'allusions par jeu de mots que Hegel affectionne particulièrement.

2. Hegel, Wissenschafl der Logik, 1" partie, vol. H, pp. 91 à 96. Cf. de même, iJb., 1" partie, vol. 1", p. 497, après le passage cité au chapitre VHI (p. 272, note 1) sur la naissance et la disparition graduelle, l'affirmation de la « tautologie » et de « l'ennui » que comporte toute tentative de rendre les choses concevables de cette manière, conformément à ce qu'exige la raison abstraite. D'ailleurs « ce que Socrate et Platon ont appelé de la sophistique n'est autre chose que le fait de raisonner à l'aide de raisons » (//)., 1" partie, vol. II, p. 103). Cf. aussi Phaenomenologie, p. 119: « Dans ce mouvement tautologique, la raison abstraite persiste dans l'unité tranquille de son objet, et le mouvement ne se produit que dans cette raison même et non pas dans l'objet, c'est une explication qui n'explique rien, mais est claire à tel point qu'en faisant mine d'énoncer quelque chose de différent de ce qu'elle a déjà énoncé, elle ne dit proprement rien, mais se contente de répéter la même chose. »

à la manière dont l'emploient Spinoza et Leibniz. Mais voici, au surplus, dans la môme œuvre, un passage où il est parlé de la cause dans des termes tout à fait analogues : « L'effet ne contient... rien que ne contienne la cause. Inversement la cause ne contient rien qui ne se trouve dans son effet... L'identité de la cause en son effet est... l'unité indifférente aux différences de forme, le co^^^tim. Par suite de cette identité du contenu, cette causalité est un énoncé analytique... Etant donné que ces déterminations de la forme constituent de la réflexion extérieure, il appartient au raisonnement, par son essence même tautologique, de la raison abstraite (Verstand) et subjectwe de déterminer un phénomène en tant qu'effet et de remonter de lui à sa cause, afin de le comprendre et de l'expliquer ; on ne fait que répéter un seul et même contenu, on n'a dans la cause rien d'autre que dans l'effet ^ ».

Mais peut-être la liaison rigoureuse de ces pensées apparaîtra-t-elle plus clairement encore, en ayant recours à un exemple précis. Choisissons celui de la réaction chimique : aussi bien le lecteur, par nos citations multiples, est-il suffisamment au courant des opinions de Hegel en cette matière. Les chimistes expliquent les réactions en supposant des substances élémentaires immuables. INIais à quoi une « explication » de ce genre peut-elle bien servir ? En effet, il est clair que si elle pouvait être réelle, complète, elle aboutirait à indiquer d'où viennent toutes les propriétés des produits que la réaction a fait naître ; or, elle ne le pourrait qu'en affirmant que rien ne s'est créé, que rien ne s'est perdu, que tout par conséquent a préexisté. Ainsi, il n'y aurait pas eu de réaction du tout. Cela est absurde, car s'il n'y avait pas eu de changement, les chimistes ne se seraient pas mis en peine d'une explication. N'est-il pas plus simple dès lors (c'est le terme dont Hegel se sert à plusieurs reprises dans des occasions de ce genre) de sup-

1. Wissenschaft der Logik, V* partie, vol. II, p. 226. Cf. Encyclopaediey Logik, p. 394, un passage tout à fait analogue, ce qui prouve que dans l'intervalle (c'est-à-dire de 1813 à la fin de sa vie) les opinions de Hegel à ce sujet sont restées les mêmes.

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poser que l'air se transforme directement en eau et celleci en lymphe organique azotée ? Car la nature, cela est certain, doit être conforme aux exigences de notre raison, raisonnable. Le serait-il, de sa part, que d'avoir maintenu les substances élémentaires et avoir ainsi préparé en quelque sorte un semblant d'explication, alors que cette explication ne peut aboutir qu'à l'absurde ? N'est-il pas infiniment plus probable qu'il n'en est rien et que toutes les prétendues démonstrations des chimistes sont purement apparentes ?

Il est à peine besoin d'avertir le lecteur que, dans notre essai de reconstitution de la filiation des idées de Hegel au sujet de la réaction chimique, il y a une part d'hypothèse. Nous ne pouvons pas, comme nous l'avons accoutumé en d'autres circonstances, corroborer chaque phase de cette pensée par des textes. Nous espérons cependant que ceux qui auront suivi notre exposé des idées générales du philosophe voudront bien reconnaître que ce qu'il y a d'hypothétique est au moins fondé sur de fortes présomptions.

Est-ce trop s'avancer que de voir dans ces déductions sur la vanité de la science explicative, telle qu'elle est pratiquée par les savants eux-mêmes — idées qui reposaient donc en grande partie sur ce fait qu'il avait réellement, avec une admirable pénétration, mis à nu les profondes assises logiques de la science — le point de départ des conceptions épistémologiques de Hegel ? Gela, bien entendu, indépendamment des motifs proprement métaphysiques qui pouvaient le pousser dans la même direction et dont nous n'excluons pas l'action, mais qui se trouvent en dehors du domaine qui nous occupe en ce moment. Ainsi, jugeant vain l'effort explicatif de la science, il aurait conclu que son œuvre tout entière ne pouvait que constituer une erreur fondamentale, une aberration formelle de l'esprit humain, et qu'il fallait donc chercher de véritables explications dans une tout autre voie, voire même laisser les phénomènes entièrement inexpliqués.

Notons, à l'appui de cette supposition, que des critiques

compétents ont reconnu depuis longtemps que la logique hégélienne, contrairement aux prétentions qu'elle affiche si audacieusement, est loin de constituer un développement spontané de la raison pure, mais semble au contraire directement inspirée par l'usage auquel, dans l'esprit de son auteur, elle devait être destinée. « On peut légitimement douter, dit Trendelenburg, que ces prétendues catégories logiques soient purement logiques et qu'elles ne soient rien que les produits de la pensée se rapportant rigoureusement à elle-même et ne puisant qu'au fond d'ellemême. On a considéré la Naturphilosophie de Hegel comme une logique appliquée, étant donné que les catégories abstraites de la Logique y parviennent à l'état concret. Mais c'est l'inverse qui a lieu. La Logique.,, constitue en beaucoup d'endroits une perception sublimée, une abstraction anticipée de la nature*. » Constatons, en outre, que la chronologie de l'œuvre de Hegel, si elle ne corrobore pas, directement, notre hypothèse, n'y contredit cependant en aucune façon. On a \n, en effet, par nos citations du De orhitis planetarum (cf. plus haut, pp. 42, 43) que le fondement même de ses opinions épistémologiques, et notamment la conviction qu'il faut entièrement écarter la déduction mathémathique des explications physiques, date du début même de sa carrière philosophique. H n'est peut-être pas très probable que, dès ce moment, ses conceptions logiques se soient trouvées entièrement formées *.

Mais cjuoi qu'il en soit de ces conjectures concernant l'attitude de Hegel à l'égard de la science et de l'épistémologie, l'attitude de l'une et de l'autre à l'égard des théories du philosophe nous parait clairement tracée. Ce qu'il y a à retenir du pi^ocessus hégélien, c'est d'abord le fait très

1. Trendelenburg, Logische Uniersuchungen, Berlin, 1840, p. 67.

2. On ne trouve ni chez Rosenkranz, ni chez Haym, rien qui montre que Hegel, antérieurement au De orhitis, ait nettement conçu son système logique. Dans les Theologische Jugendschriften (éd. Nohl, Berlin, 1909) nous n'avons pu découvrir (p. 348) qu'une sorte d'allusion à la synthèse des contraires, assez lointaine, et appartenant d'ailleurs à un fragment datant de l'année 1800.

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important de l'existence d'une contradiction, d'une antinomie dans chaque raisonnement ; et c'est ensuite la manière dont la raison dépasse ce conflit, en le mettant pour ainsi dire de côté, puisqu'en somme, tout en ayant conscience, si nous nous interrogeons, qu'il y a là une contradiction, nous n'hésitons point, en d'autres circonstances, à agir comme si elle n'existait pas, comme si le tout était d'une rationalité parfaite. Et Hegel a eu raison aussi de croire que ce procédé du dépassement est indispensable à notre connaissance scientifique, qu'il est d'une application tout à fait générale dans le domaine de la science. Mais cette généralité est plus grande encore qu'il ne le supposait. Car il y a, dans les procédés de notre entendement, plus d'uniformité qu'il n'en résulte de son système. En effei, pour lui, le dépassement s'opérerait par deux procédés essentiellement; différents, d'une part — dans les raisonnements mathématiques — par la simple mise de côté du divers et, d'autre part — dans tous les autres raisonnements, y compris ceux des sciences physiques — par le processus « dialectique » proprement dit, qui enrichit le concept à l'aide de la négation. Or, cela n'est pas, et nos raisonnements mathématiques, physiques ou autres sont, à ce point de vue, tous entièrement analogues les uns aux autres. Car le prétendu processus « dialectique » revient en réalité tout simplement à cette même mise de côté que Hegel a bien discernée dans les mathématiques, mais qu'il a en quelque sorte dédaignée, en la déclarant impropre à être appliquée ailleurs. C'est vraiment le raisonnement mathématique auquel se conforme ou du moins cherche à se conformer la science dans toutes ses parties.

Le processus hégélien, consistant à parvenir, par la négation, à une affirmation supérieure, est, comme l'a fait admirablement ressortir M. HoefTding, tout à fait mystérieux au fond. Pour Hegel, la négation, étant déterminée, doit avoir un contenu ; elle constitue « un nouveau concept, mais un concept supérieur au premier, plus riche que lui, car elle s'est enrichie de sa négation ou de son contraire ; elle le contient par conséquent, mais contient

plus que lui, elle est l'unité de lui et de son contraire ». Mais, aussitôt qu'un conflit a été apaisé dans une synthèse supérieure, la dialectique en ouvre un autre, qui doit être résolu à son tour et d'une façon analogue. De ce chef, comme le remarque justement M. Mac Taggart S la pensée, selon Hegel, « avance en se dirigeant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, pareille à un navire qui louvoie contre un vent défavorable ». Cette méthode de raisonner (toul en étant susceptible de perfectionnements) est d'ailleurs la seule juste, car elle fait corps avec l'objet et son contenu, c'est le contenu lui-même et la dialectique qui est en lui (c'est-à-dire l'élément négatif qu'il recèle) qui le font progresser. C'est ainsi que « la connaissance se déroule d'un contenu à l'autre ». Elle commence par des déterminations simples, alors que les suivantes deviennent de plus en plus riches ; par son progrès dialectique « non seulement elle ne perd, ni ne laisse rien en chemin, mais elle emporte avec elle tout ce qu'elle a acquis et s'enrichit et se condense en elle-même ». « Il est clair — conclut Hegel dans un des passages où il résume ces vues — qu'aucun exposé ne pourra passer pour scientifique, qui ne suit pas la marche de cette méthode et qui n'est pas conforme à son rythme simple, car c'est la marche de la chose elle-même \ »

Or, en réalité, comme le dit M. Hoeffding ', en niant la négation, en posant non (non A), « la négation de la négation* » on retourne tout simplement à l'aftirmation, c'està-dire à A, au lieu de parvenir à un nouveau contenu D, Ainsi, conclut avec infmiment de justesse M. Hoeffding, « la triade : position — négation — unité supérieure, n'est qu'un schéma dans lequel Hegel introduit plus ou moins

1. J. M. T. E Mac Taggart, Studies in the Hegelian Dialectic, Cambridge, 1896, p. 1.

2. Wissenschaft der Logik, 1" partie, vol. 1", pp. 18, 20, 2« partie, pp. 336,

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