‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 26 sur 153 · H. ilcKFFDiNo, /. c, p. 183. Cf. Appendice, XIV · texte numérisé non relu

H. ilcKFFDiNo, /. c, p. 183. Cf. Appendice, XIV

réalité, en partant exclusivement du concept. C'est là ce qui fait qu'il a pu considérer comme un inconvénient logique des mathématiques le fait de « ne pas procéder du concept du théorème » (chap. V, p. 141 et ce chapitre, p. 45) ; reproche étrange car, nous l'avons vu, ce n'est qu'en raison précisément de ce caractère « synthétique » que la déduction mathématique peut nous rendre service, en créant du nouveau. C'est dans le même sens encore qu'il a reproché à Kant d'avoir déclaré que l'attraction fait partie du concept de la matière bien qu'elle ne soit pas contenue dans ce concept. « Une détermination, dit Hegel à ce propos, qui appartient au concept d'une chose, doit se trouver véritablement incluse dans ce concept » et il ajoute que la supposition contraire n'est, de la part de Kant, qu'un « vain prétexte » (leere Ausfliicht) *. De toute évidence, la pierre d'achoppement du procédé hégélien, c'est qu'on ne saisit pas bien comment, de cette manière, il est possible de parvenir à du nouveau, à quelque chose que le concept n'ait pas explicitement contenu. C'est là, en effet, semble-t-il, l'obstacle où Hegel a échoué.

Jugeant la déduction dialectique applicable aux sciences physiques, Hegel a cru par conséquent que c'était partout, dans ce domaine, le même conflit qui se résolvait de la même façon. Or, nous le savons, tel n'est pas le cas non plus. La science, dans son effort patient et incessant vers la rationalisation du réel, se heurte continuellement à de l'irrationnel ; mais ce n'est pas toujours de l'irrationnel de la même espèce ou, si l'on veut, le même irrationnel. L'irrationnel tel que le conçoit Hegel ne suftlrait, strictement parlant, qu'à édifier les mathématiques. Que si, de là, nous voulons passer à la mécanique, nous rencontrerons ce nouvel obstacle de l'acUon transitive ; comme il s'agit de mécanique raiionnelle, c'est-à-dire d'une science entièrement déductive, nous pouvons affu^mer avec assurance que l'obstacle, comme pour les mathématiques, est unique. Mais si nous voulons entrer ensuite dans la phy-

1. Hegel, ^Vissenschàfl der Logik, 1" partie, vol. I«% p. 201.

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sique, il nous en faudra enregistrer toute une série, série qui, nous l'avons \u, ne pourra jamais être complète, de nouvelles anomalies pouvant surgir là où nous nous attendions le moins à en rencontrer. De même, il y en aura très probablement pour la transition entre la physique et la chimie et, presque certainement, un ou plusieurs qui caractériseront un jour, quand elles seront infiniment plus développées que nous ne le voyons actuellement, les sciences de l'être vivant.

C'est parce qu'il a jugé unique l'obstacle qui s'était révélé à lui, qu'il était convaincu qu'une fois cet obstacle dépassé, la raison n'aurait plus qu'à procéder dans son travail, sans avoir à craindre aucun arrêt nouveau, que Hegel a posé son concept de la raison concrète. Or, cette raison concrète, la Vernunft, en tant que principe supérieur à la raison abstraite et réglant d'une manière essentiellement différente que ne le fait celle-ci le cours de nos pensées, n'existe pas \ Ce que Hegel a décoré de ce nom, c'est la raison tout court (ou raison abstraite, Verstand, selon sa nomenclature), après son premier compromis avec la réalité extérieure. Ce compromis, la raison n'en triomphe pas, elle le subit tout simplement, elle s'en accommode tant bien que mal, parce qu'elle ne peut faire autrement, parce qu'elle est forcée de reconnaître que « le monde va ainsi ». C'est dire qu'elle ne constitue en aucune façon cette acceptation en principe de compréhension nouveau. Au contraire, ses principes restent ce qu'ils étaient avant. Nulle part cela n'apparaît mieux que dans l'exemple que Hegel a choisi lui-même comme fondamental au point de .\ue de sa théorie, à savoir dans celui du devenir.

1. M. Mac Taggart, tout pénétré qu'il se montre de la validité et de l'importance de la logique hégélienne, reconnaît cependant que l'explication à l'aide de la raison abstraite {understanding, Verstand), c'est-à-dire par le concept de causalité seul, « sera reconnue comme ayant rationalisé l'événement de manière suffisante pour les besoins dii moment » dans le « travail de la pensée ordinaire » et que, d'autre part, il est nécessaire de « justifier la raison concrète devant le tribunal de la raison abstraite » {l. c, pp. 12, 15), alors que, cependant, il est impossible d'opérer cette justification, de « démontrer, de manière positive, à la raison abstraite, la validité de la raison concrète » (ih.,p. 88).

Hegel, nous l'avons dit plus haut (p. 15), cherche à forcer notre consentement en cette matière en faisant valoir que « tout le monde possède une représentation du devenir et que c'est là une représentation une ». Mais il va sans dire que le second membre de la phrase constitue un simple tour de passe-passe : Hegel répète bien, à la fin du passage, que la représentation est unique, mais ne tente nulle part de le démontrer. C'eût été d'ailleurs impossible, et Hegel, au fond, se prévaut simplement du fait que la langue désigne ce processus par un terme particulier ; mais il est à peine besoin de faire ressortir que toutes les langues possèdent des termes pour désigner des ensembles de conceptions fort complexes, telles que guerre, marche et d'autres sans nombre. H entend évidemment profiter aussi de ce que ce processus nous e^l familier ; ce qui est exact, mais ne fait rien à l'affaire, car cela ne prouve point que nous le comprenions, qu'il soit rationnel. C'est cependant cette pseudo-déduction qui semble avoir séduit beaucoup de disciples. Ainsi Engels déclare que « pour la dialectique, qui conçoit les choses et leurs images conceptuelles essentiellement dans leur connexité, leur liaison, leur mouvement, leur naissance et leur disparition, les phénomènes dont nous avons parlé (les phénomènes du devenir) constituent autant de confirmations de sa manière de procéder. La nature est la preuve de la dialectique ^ » Et, tout récemment, un hégélien polonais, dans un exposé, d'ailleurs fort bien fait, de la doctrine du maître, donne une place prééminente à ce même argument : « La réalité est une transition continuelle de conirastes, leur floraison ininterrompue dans le sein de l'uniformité. La réalité est dialectique '. » Mais, la dialectique ayant la prétention d'e.vpliquer la nature, vouloir la démontrer rationnelle en invoquant ce qui se passe dans la nature constitue évidemment cette faute élémentaire de logique que l'on appelle un fvystéron-protéron. On soupçonnerait plutôt, dès lors,

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