Cf. sur cette théorie Identité et réalité, p
3. Schelling, Ween zueiner Philosophie der Natur, TV'erA'e, 1" série, vol. II, p. 70.
4. fb., pp. 209, 212 et suiv. — Dans ses débuts, Schelling avait affirmé que toutes les sciences finiraient par se résoudre en une »< mathématique universelle »
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Dans une œuvre un peu postérieure^ il expose, de même, que « la tendance de toute science consiste à parvenir, en partant de la nature, à ce qui relève de l'intelligence (auj dos Intelligente), C'est là et rien d'autre ce qui fait le fond de l'effort qui consiste à introduire, dans les phénomènes, de la théorie, » — « Le perfectionnement le plus haut de la science consisterait à spiritualiser complètement toutes les lois de la nature en les transformant en lois de la perception (des Anschauens) et de la pensée. Les phénomènes (ce qui est matériel) doivent complètement disparaître et les lois seules (ce qui est formel) doivent rester. » La suite du passage ne laisse aucun doute sur le fait que Schelling parle là d'une action de la science véritable et non pas (car on pourrait presque le supposer) du rôle attribué à sdi philosophie de la nature, « C'est ce qui fait qu'à mesure que dans la nature même se manifeste ce qui est légal, le voile enveloppant, disparaît de plus en plus, lea phénomènes eux-mêmes deviennent plus spirituels et finalement disparaissent complètement. Les phénomènes optiques ne sont rien autre qu'une géométrie dont les lignes sont tracées par la lumière et cette lumière elle-même est déjà d'une matérialité douteuse. Dans les phénomènes du magnétisme disparaît déjà toute trace de l'élément matériel, et quant aux phénomènes de la gravitation — que les savants eux-mêmes ont déclaré ne pouvoir comprendre que sous les espèces d'une action spirituelle immédiate — il n'en demeure rien en dehors de leur loi, dont la réalisa-
(vol I", p. 463). Il se proclamait un adhérent du dynamisme; un chapitre des Idées, ib., vol. III, p. 178, est intitulé De l'attraction et de la répulsion engénéral, en tant que principe d'un système de la nature, et plus loin, dans la même œuvre, il déclare que « toute qualité de la matière est uniquement fondée sur l'intensité de ses forces fondamentales » ( ib., p. 272). Il essaie aussi de rattacher en quelque sorte son œuvre propre à celle de l'atomistique en se réclamant d'une M atomistique dynamique». Mais, avec la mobilité caractéristique de son esprit, il abandonne, dès 1801, ce point de vue (qui avait été attaqué par Eschenmayer), en déclarant qu'il n'avait voulu s'en servir que « pour trouver à son aide une voie d'entrée dans le système ». Il ajoute: « J'abandonne volontiers toute cette conception atomistique à M. Eschenmayer et à tous ceux qui veulent s'exercer sur elle. » Uber den wahren Begriff der Naturphilosophie, ib., vol. IV, p. 94.
tion en grand constitue le mécanisme des mouvements célestes ^ »
Il est presque inutile de faire ressortir à quel point cet exposé de Schelling, sa conception de la spiritualisation (nous dirions de la rationalisation) graduelle de la nature parle moyen des lois et des théories est conforme, à certains égards, au credo véritable de la science moderne - et combien cette attitude, en ce qui concerne notamment le respect qu'en dépit de mainte restriction, il témoigne à la science théorique, diffère de celle de Hegel.
En somme, pour Schelling, la philosophie de la nature n'est pas quelque chose de fondamentalement différent de la science telle que la conçoivent les savants ; elle est simplement delà science plus poussée, parce que mieux outillée par les ressources que lui apporte la spéculation philosophique ^ : c'est de la « physique spéculative * ». Sans
, 1. Schelling, Si/sfem des transcendantalen Idealismus, ib.,V° série, vol. III pp. 340 et suiv. — Dans une œuvre notablement postérieure, la DarZegrungr des wahren Verhaeltnisses, etc. (parue en 1806), il écrit de même : « Dans cette intention dirigée vers la connaissance de l'être, la philosophie est, entièrement et d'une manière immédiate, d'accord avec la physique... et c'est une entreprise vaine que de vouloir faire naître la lutte ou la discorde entre elles. C'est en outre une entreprise ridicule, quand elle est entamée avec une ignorance aussi évidente de l'essence de ces deux sciences que cela a lieu de la part de M. Fichte », ib., vol. VIT, p. 108.
2. Cf. cependant, à ce sujet, l'observation formulée chap. XV, p. 198.
3. Cf. Schelling, Ideen zu einer Philosophie der Xatur, ib., vol. II, p. 6 : « C'est à la philosophie qu'il appartient d'interpréter ce que lisent (dans le livre de la nature) la physique, la chimie, la mathématique. » — Schelling, d'ailleurs, s'il a été le maître incontesté de la philosophie de la nature, n'a cependant pas inventé cette manière de considérer les phénomènes. Franz von Baader, dont l'œuvre est animée à bien des égards de tendances très analogues, lui est notablement antérieur (cf. Brbhier, l. c, pp. 184 et suiv.) et simultanément avec Schelling, et d'une manière indépendante, un autre penseur allemand, Eschenmayer, a tenté, dans un champ limité, un véritable essai de philosophie de la nature, qu'il rattache directement à Kant (on voit que cette conception était réellement « dans l'air » à ce moment, ce qui explique son rapide succès). Eschenmayer s'est occupé surtout des phénomènes magnétiques, qu'il cherche, bien entendu, à construire a priori. Eschenmayer a réclamé expressément la priorité en ce qui concerne la philosophie de la nature(RosBNKRANz,Sc/ieZ/ni(7, Danzig, 1843, p. 151), a insisté sur le côté mathématique des théories et a blâmé Schelling d'avoir négligé cet aspect (K. Fischer, l. c, vol. vu, Schellinff, pp. 44, 45), mais a constamment fait preuve d'une grande admiration pour ce dernier, sur qui d'ailleurs ses travaux paraissent avoir exercé une influence notable (ib.). La correspondance de Schelling, publiée par G.-L. Plitt sous le titre Aus Schelling's Leben (Leipzig, 1869), contient un grand nombre de lettres échangées entre lui et Eschenmayer.
4. Ideen, p. 69. Dans une œuvre parue peu après, le terme « physique
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doute est-elle, de ce chef, immensément supérieure à la science tout court, dont les conceptions ne sont qu'un « tissu de fictions empiriques et de suppositions arbitraires, dénuées de toute philosophie » et « tournent éternellement dans le même cercle ». Il n'empêche que la science théorique est déjà, en quelque sorte, une transition entre la science et \di philosophie de la nature : dans le passage du Système de Vidéalisme transcendantal que nous avons cité tout à l'heure, après avoir répété que la science a « la tendance de donner de l'intelligence à la nalure », il conclut en déclarant que « par cette tendance même elle devient de la philosophie de la nature, laquelle est l'une des sciences fondamentales de la philosophie ».
Cette continuité entre la philosophie de la nature et la science et le fait que la première s'appuie, tout comme la seconde, sur la réalité telle que la conçoit la science, expliquent qu'à l'égard de l'expérience Schelling se comporte tout autrement que ne le fait Hegel. Sans douté trouve-t-on parfois, chez Schelling, des déclarations par lesquelles il témoigne, en les résultats de ses déductions scientifiques, d'une confiance qui ne paraît pas le céder beaucoup à celle dont Hegel fait preuve dans des cas analogues : la position qu'occupent les phénomènes dans le système de la philosophie de la nature est « la seule explication qui existe à leur sujet » et, d'ailleurs, « tout doute est levé » en ce qui concerne cette explication*. Mais il est à remarquer qu'il s'agit dans ce cas, comme toujours chez Schelling, dans les écrits rentrant dans le domaine de la philosophie de la nature propre, de déductions ayant elles-mêmes pour point de départ des données expérimentales et que le sentiment de leur certitude ne saurait donc avoir d'autre source que l'accord parfait (réel ou supposé)
spéculative » se trouve même énoncé dans le titre : Introduction à l'esquisse d'un système de là philosophie de la nature, ou Sur le concept de physique spéculative et l'organisation interne d'un système de cette science. L'écrit est daté de 1799 [Werke, 1" série, vol. 111) et le paragraphe 3 de cet ouvrage est intitulé : La philosophie de la nature est de la physique spéculative {ib., p. 574).
1. Schelling, Ideen zu einer Philosophie der Natur, ib., vol. II, p. 71.
entre ces déductions et l'expérience. Schelling déclare expressément^ à propos du principe de « dualité générale » — principe qu'il estime pourtant « être aussi nécessaire en tant que principe de toute explication dans la nature que l'est le concept de la nature elle-même » — qu'une présomption de ce genre doit être confirmée par l'expérience. « Cette supposition absolue doit porter en ellemême sa nécessité^ mais elle doit être soumise en outre à une yérification empirique, car si tous les phénomènes de la nature ne se laissent pas déduire de cette supposition, si dans l'ensemble entier de la nature il existe ud seul phénomène qui, selon ce principe, n'est pas nécessaire, voire qui y contredit, la supposition se trouve par là même déclarée erronée et doit cesser, à partir de ce moment, de valoir comme principe ^ » En effet, « aucun procédé d'explication idéaliste ne doit être admis dans la philosophie de la nature ». Cette manière d'expliquer les choses serait « aussi dénuée de sens, pour la physique et pour notre science qui se place sur le même terrain que celle-ci, que les anciens procédés d'explication théologiques ou l'introduction d'une finalité générale dans la science, que cette introduction défigure. Car tout procédé d'explication idéaliste, que l'on ferait sortir de son domaine propre pour le traîner dans celui de l'explication de la nature, dégénère dans le non-sens le plus extravagant, ce dont les exemples sont connus '. » 11 est fort remarquable, soit dit en passant, que ce morceau et surtout la dernière phrase, laquelle semble directement viser la Naiurphilch Sophie de Hegel, aient été écrits cependant avant que l'auteur de la Phénoménologie ait commencé à manifester des opinions indépendantes. — Aussi Schelling, dans maint passage, fait-il expressément appel à l'expérimentation
1. Schelling, Einleitnng zu dem Entwurf, eLc„ ib., vol. III, p. 277. II est à remarquer que Schelling avait parfaitement conscience, en l'occasion, de faire ime importante déclaration de principe. Le passage que nous citons se trouve, en effet, presque entièrement souligné dans l'original, fait d'autant plus à noter que Schelling paraît beaucoup moins enclin à abuser de ce procédé que ne le sont, en général, les écrivains allemands.
2. Schelling, Einleitung zu dem Enitvurf, p. 272. L'écrit est daté de 1799.
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scientifique S et se prévaut-il liautement de confirmations (réelles ou supposées) que celle-ci lui aurait apportées ^ Ainsi la philosophie de la nature de Schelling (et de ses disciples) est réellement quelque chose de fort différent, par essence, de ce qui porte le même nom chez Hegel. On a, le plus souvent, prétendu le contraire, mais c'est que l'on s'est laissé abuser par une ressemblance purement extérieure. Cette ressemblance existe en effet et elle est même, bien souvent, frappante, Hegel, faisant preuve à cet égard de peu d'esprit inventif et même, semble-il, d'une imagination médiocre, se contente, la plupart du temps, de reprendre les « constructions » de l'école de Schelling, et nous avons, dans notre exposé, relevé quelques-uns de ces emprunts (cf. notamment chap . XI, pp. 24, 36, 37). Mais si l'on pénètre un peu plus profondément, la dissemblance des deux théories éclate. Car la Naturphilosophie de Hegel est soutenue par une sorte d'armature intérieure de propositions cohérentes, qui constituent un système rigide et entièrement apriorique, n'ayant ou du moins prétendant n'avoir d'autre fondement que des énoncés de logique, alors qu'il n'y a rien de pareil chez les autres « philosophes de la nature » (en faisant exception
1. Schelling. Ideen zn einer Philosophie der Natur, ib., vol. II, pp. 5, 114, 116, 164,313, Von der Weltseele, ib., p. 501.
2. Cf. notamment dans la réponse aux attaques de Fichte : Darlegnng des wahren Verhaeltnisses, etc., ib., vol. VII, p. 107, où la découverte du diamagnétisme par Coulomb est expliquée comme une confirmation de la « découverte » de Schelling selon laquelle le magnétisme serait une propriété générale de la matière. En 1832, à propos de la découverte, par Faraday, de Tinduction magnéto-électrique, Schelling, qui ne connaît encore ce travail que par un entrefilet de journal quotidien, sommaire et en partie erroné, fait cependant valoir publiquement, dans une séance de l'Académie de Munich, qu'il avait affirmé, trente ans auparavant, l'unité de l'électricité, du magnétisme et de l'action chimique {ih., vol. IX, pp. 446 et suiv.). Plus tard encore, dans la D&rstellung des Naturprocesses, œuvre posthume qui reproduit un cours professé à Berlin on 1843-1844, il fait ressortir que les déclarations de la philosophie de la nature, dans ce domaine, ont précédé la découverte de la pile voltaïque {ih., vol. X, p. 358). Par contre il est obligé de reconnaître dans cet écrit une déconvenue notable dans le même ordre d'idées. Dans la Darlegung il s'était targué de ce qu'il avait affirmé antérieurement que deux corps différents pouvaient toujours être considérés comme les deux côtés d'un aimant et qu'un savant allemand (Ritter) avait composé depuis une véritable aiguille aimantée en soudant un morceau de cuivre à un morceau d'argent. Mais l'expérience n'a pas été confirmée {ib., p. 350).
des écrits de Schelling dont il sera question tout à l'heure). Ces philosophes ne font vraiment que de la « physique spéculative »^ c'est-à-dire une science folle d'hypothèses en quelque sorte, qui en construit à tout propos et même hors de propos, sur les bases les plus étroites et les plus branlantes, quelquefois même sur des bases purement imaginaires, en se souciant fort peu d'éprouver la solidité de ces édifices et en proclamant au contraire leurs chimères comme des certitudes. Ces extravagances, dont des constatations expérimentales ont fourni le point de départ (ou, du moins, le prétexte), gardent, malgré tout, un certain contact avec la science théorique, alors que d'autre part, cependant, elles s'enfoncent dans le domaine illimité des suppositions entièrement arbitraires. A ce double point de vue, donc, Hegel a eu raison de ne pas vouloir qu'on le confonde avec ces émules : il a, nous l'avons vu, la science théorique en horreur, et il n'avait pas entièrement tort non plus de traiter les efforts des autres philosophes de la nature de vagues et de protester contre toute tentative visant à les assimiler à son travail de déduction systématique.
Rappelons-nous cependant que, placé entre Fichte et Hegel, Schelling est, ou du moins prétend être, aussi fermement idéaliste que l'un et l'autre. De ce chef, le résultat des recherches auxquelles doit aboutir l'esprit en entrant librement dans le monde des phénomènes naturels et de la science, doit être marqué d'avance: cet examen ne peut que révéler que le phénomène, le donné scientifique, est entièrement conforme à la raison. Dès ses débuts philosophiques, alors qu'il n'est encore, ostensiblement, qu'un disciple de Fichte, Schelling, dans cet ordre d'idées, est fort explicite. « Le monde infini, dit-il dans une de ses premières œuvres, n'est rien d'autre que notre esprit créateur lui-même, en des productions et reproductions sans nombre. » Il déclare de même que « notre représentation est, simultanément, représentation et chose » et « qu'il ne nous reste aucune issue autre que celle d'affirmer que ce n'est pas la matière qui engendre l'esprit, mais l'esprit qui en-
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gendre la matière ^ ». Ce sont là des opinions qu'il maintient fermement, car la démonstration de la rationalité de la nature est, on l'a vu, le but même de sa philosophie de la nature et la justification de la place qu'elle occupe dans le système. « La nature, affirme Schelling, dans l'Introduction aux Idées pour une philosophie de la nature (1797), doit être l'esprit visible, l'esprit, la nature invisible. C'est, par conséquent, dans cette identité absolue de l'esprit qui est en nous et de la nature qui est en dehors de nous que le problème de savoir comment une nature est possible doit trouver sa solution. Le but ultime de nos recherches est donc cette idée de la nature ^ » Spinoza « a considéré, en pleine conscience, l'esprit et la matière comme ne faisant qu'un et la pensée et l'étendue comme n'étant que des modifications d'un seul et même principe ». Sans doute sa philosophie est-elle « la plus incompréhensible de toutes » et c'est pourquoi elle « est demeurée incomprise pendant plus d'un siècle ». Mais Schelling entend la renouveler en opérant une conciliation entre ces conceptions et celles de Leibniz \ Il n'a d'ailleurs aucun doute que sa philosophie ne puisse accomplir cette tâche. La philosophie de la nature, dit-il dans le texte de la même œuvre, « est, jusqu'à ce moment, la tentative la plus poussée d'un exposé de la théorie des idées et de l'identité de la nature et du monde des idées... Ce que l'on avait à peine pressenti il y a peu de temps et que l'on aurait, presque, considéré comme impossible, la philosophie de la nature l'a, en partie, d'ores et déjà accompli réellement et, pour l'autre partie, elle est en bonne voie de l'accomplir *. » La philosophie de la nature, déclare-t-il un peu plus tard, « est le spinozisme de la physique ^ ».
Mais si cette philosophie, après être « descendue dans les profondeurs de la nature » (cf. plus haut, p. 82), réussit
1. Abhandtungen zur Erlaeuterung des Idealismus der Wissenschaflslehre, ih., vol. I", pp. 360, 362, 373.
2. Schelling, Ideen zu einer Philosophie der Natur,ib., vol. 11, p. 56.