‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 39 sur 153 · Cf. Appendice XIX, p · texte numérisé non relu

Cf. Appendice XIX, p

en général les travaux de ce philosophe, il est impossible de trancher nettement ce problème primordial : quelle est la véritable nature de ce donné scientifique qui fait la base de la philosophie de la nature ? En effet, si les énoncés « spinozistes » de Schelling doivent être pris à la lettre (ainsi qu'il a incontestablement l'air de les comprendre dans le passage que nous venons de citer), il est certain que, dans l'exposé synthétique, non seulement tout donné, tout élément qui n'est pas strictement rationnel, doit disparaître, mais qu'encore cet exposé, la forme mise à part, doit coïncider parfaitement avec l'exposé analytique. Nous venons de voir qu'on ne peut juger ce qu'il en est dans la pratique. Mais nous avons à ce sujet quelques déclarations théoriques du philosophe. Ainsi, dès les premières pages du Système de V idéalisme transcendant al, il déclare que ni la philosophie transcendantale ni la philosophie de la nature ne peuvent, chacune à elle seule, représenter complètement le parallélisme entre la nature et l'élément intelligent ; il faut que ce soit l'ensemble des deux sciences « qui, justement pour cette raison, doivent rester les deux opposés éternels, lesquels ne peuvent jamais se fondre en une unité ^ ». De même encore, dans la Déduction générale du processus dvnamique, paru la même année, il explique que « l'unique tâche de la science consiste à construire la matière. Cette tâche peut être accomplie, bien que l'emploi que l'on fait de cette solution générale ne sera jamais complet... C'est une tâche qui dépasse toutes les forces finies et qui, dans la nature même, n'a pu être accomplie qu'à l'aide d'une production inconsciente ». Ainsi, le donné scientifique de la philosophie de la nature n'est pas un véritable irrationnel (selon notre nomenclature) ; mais pour le démontrer rationnel, il faudrait quel-

1. Cette idée d'une philosophie bipartite et dont les deux aspects s'opposent Tun à l'autre, tout en s'évoquant et se complétant mutuellement, paraît , avoir hanté Schelling pendant toute sa carrière. Elle domine entièrement la philosophie de sa dernière période. Seulement, à ce moment, Schelling place l'opposition entre ses deux philosophies, qu'il qualifie alors de négative et de positive, sur un terrain tout autre qu'il ne l'avait fait dans le Système de l'idéalisme transcendantal. Cf. à ce sujet plus bas, p. 111.

9G l'explication globale

que chose comme !'« analyse infinie » de Leibniz, et c'est pourquoi la philosophie de la natwe et la philosophie transcendantale ne peuvent jamais se rejoindre.

Etait-ce bien là le fin fond de la pensée de Schelling, la solution définitive qui, une fois pour toutes, le satisfaisait? A la manière vague et incomplète dont ce maître écrivain s'explique en cette matière et à l'état fragmentaire de ses productions dans ce domaine en général, on croit deviner plutôt qu'il y avait là chez lui une véritable hésitation et que son opinion, loin d'être arrêtée, a oscillé entre un « spinozisme » total et la reconnaissance d'un donné scientifique irréductible.

Ce qui ferait supposer qu'il en fut réellement ainsi, c'est la franchise, on oserait presque dire la naïveté, avec laquelle les deux points de vue contraires sont fréquemment exposés dans la même œuvre, à quelques pages de distance à peine l'un de l'autre et sans que le lecteur soit averti qu'il y a là une contradiction qui, pour ne pas dire davantage, doit être levée à l'aide d'une hypothèse auxiliaire. Ainsi, dans les Idées pour une philosophie de la nature, la définition de celle philosophie de la nature en tant qu'application de la philosophie à la science et l'affirmation que sa philosophie tout entière « n'est rien autre qu'une science de la nature » se trouve page 6, alors que dès la page 20 le « spinozisme », l'identité de l'esprit et de la matière, sont solennellement proclamés. De même, dans V Introduction à l Esquisse d'un système de la philosophie de la nature, il est dit que cette philosophie « est le spinozisme de la physique », et un peu plus bas, sur la même page, l'auteur proteste contre toute tentative d'y introduire des explications idéalistes, en ajoutant, à la page suivante, que \d. philosophie de la nature est « entièrement (durch und durch) réaliste » et n'est, par le fait, que de la physique spéculative *.

Plus loin encore, dans cette œuvre, on trouve même une tentative de justifier expressément le maintien simul-

Page 1