Werke, l" série, vol. 111, pp. 273 et
tané des deux points de vue en question. Le passage est fort curieux et vaut d'être cité en entier. Schelling commence par protester contre le fait qu'on prête à la philosophie de la nature des intentions que celle-ci ne nourrit point. « L'énoncé selon lequel la science de la nature devrait pouvoir déduira a pilori tous ses énoncés a été parfois compris comme signifiant que la science devrait se passer complètement de l'expérience et tirer ses énoncés d'elle-même, sans intervention aucune de l'expérience ; c'est là uns affirmation qui est à tel point absurde que même les objections que l'on formule contre elle ne méritent que de la pitié. Nous ne savons, non pas seulement telle ou telle chose particulière, mais nous ne savons à l'origine et en général rien qu3 par l'expérience ou par son intermédiaire et par conséquent notre savoir tout entier se compose d'énoncés d'expériences. » Mais après cette profession de foi, contre laquelle le disciple le plus déterminé de Stuart Mill n'élèverait pas d'objection, vient un rapide retour vers l'apriori. «Ces énoncés ne sont transformés en énoncés aprioriques que par le fait que l'on en prend conscience en tant que nécessaires, et ainsi tout énoncé, que son contenu soit d'ailleurs tel qu'on voudra, peut être élevé à cette dignité, étant donné que la différence entre les énoncés a priori et a posteriori n'est nullement, contrairement à ce que certains ont pu s'imaginer, une différence qui est originairement inhérente aux énoncés eux-mêmes, mais au contraire une différence qui est faite, concernant ces énoncés, par rapport à notre connaissance et à la manière dont nous connaissons, de sorte que tout énoncé qui, pour moi, est simplement historique, c'est-à-dire un énoncé d'expérience, devient un énoncé a priori dès que, d'une manière directe ou d'une manière indirecie, je pénètre sa nécessité intérieure. » Ainsi « tout phénomène naturel primitif est simplement nécessaire, étant donné qu'il n'y a pas, dans la nature, de hasard ». Tout cela est couronné par cette double affirmation : « Ce n'est donc pas nous qui connaissons la nature comme a priori, c'est la nature qui est a priori. Mais si la nalure est
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a priori, il doit être possible aussi de la reconnaître comme quelque chose qui est a priori '. »
La déduction contenue dans la dernière phrase est, certes, irréprochable et, d'ailleurs, tout à fait essentielle pour Schelling, puisque, nous le savons, c'est la philosophie de la nature qui doit entreprendre la tâche en question. Seulement, il semble bien que nous ayons tourné en cercle, car nous voilà revenus à notre point de départ. Si la nature est reconnue comme étant entièrement apriorique, qu'y aura-t-il besoin d'expériences ? comment les insèrerait-on même dans un tel exposé de la nature (toujours, bien entendu, après qu'elle eût été reconnue comme apriorique) ? Ainsi cette manière naïve de comprendre l'énoncé sur l'aprioricité de la nature, manière dont Schelling ne pouvait assez se gausser au début du passage cité, n'était pas, après tout, si absurde. Elle poussait simplement jusqu'à ses conséquences dernières l'un des côtés de l'équivoque que la doctrine de Schelling recèle certainement dans son sein.
Est-ce manquer au respect que mérite un nom aussi illustre, de supposer que Schelling n'est parvenu que tardivement et peu à peu à la pleine conscience de cette équivoque ? On sait cependant à quel point les penseurs que nous honorons le plus ont été aveugles au point de vue des lacunes que présentait leur œuvre propre, lacunes que des esprits d'envergure infiniment moindre n'ont aucune peine à découvrir.
La supposition que nous venons de formuler aurait d'ailleurs l'avantage de fournir la base d'une solution intelligible pour le problème troublant que présentent la vie et la production philosophique de Schelling. Nous demandons la permission de consacrer quelques pages à cette matière qui, le lecteur le verra, se rattache à des questions d'un grand intérêt. En effet, les dispositions particulières de ce profond esprit et même ses velléités personnelles et j changeantes nous paraissent de nature à jeter quelque