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lumière sur la manière dont l'intellect humain, en général, se comporte dans ce domaine, malaisé à pénétrer pour notre introspection directe.
Schelling, plus jeune de cinq ans que son camarade Hegel, est un exemple rare de précocité intellectuelle (surtout dans le domaine de la philosophie, lequel semble plutôt dévolu aux efforts d'hommes mûrs). Ses premières publications datent de 1795, alors qu'il est âgé de vingt ans à peine ; elles attirent immédiatement sur lui l'attention du public philosophique et Fichte s'en montre enthousiaste. Ajoutons que ces écrits, aussi bien par le fond que par la forme, méritent certainement cet accueil. Dans les années qui suivent, c'est un courant ininterrompu de productions importantes. Les Idées pour une philosophie de la nature paraissent en 1797, alors que Schelling compte vingt-deux ans, VAnie du monde l'année suivante, la Première esquisse d'un système de philosophie de la nature en 1799, la très intéressante Introduction à cette Esquisse un peu plus tard dans la même année et le Système de Vidéalisme-transcendantal en 1800, de même que la Déduction générale du processus dynamique (nous omettons les œuvres de moindre importance). A ce moment, Schelling a tout juste vingt-cinq ans et l'on ne saurait vraiment sans stupéfaction contempler le volume et surtout la valeur de sa production. Mais celle-ci continue, d'un rythme presque égal, pendant les premières années du nouveau siècle. Et puis, un peu avant la fin du second lustre de ce siècle, survient un arrêt brusque. A partir de ce moment, Schelling, si fécond naguère, semble frappé de stérilité subite. Il se tait à peu près complètement ou ne produit que des choses insignifiantes. Ce n'est pas, de sa part, un arrêt volontaire dans sa production, il ne se tait pas parce qu'il croit avoir dit tout ce qu'il avait à dire et que son système est désormais complet, au contraire il reconnaît, au moins implicitement, que maintes choses essentielles y font défaut et ces lacunes, il promet de les combler dans de nouvelles publications. Mais ces promesses, il ne les réalise jamais. Comme autrefois la suite de se^ publications,
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dorénavant, celle de ses projets coule ininterrompue ; sans cesse les libraires de Leipzig ou d'ailleurs annoncent des publications du grand philosophe, et jamais ces publications ne voient réellement le jour. Elles n'avortent pas toutes dans la même phase ; pour quelques-unes l'auteur, dans l'exéculion, ne paraît pas être allé plus loin que le titre et un plan très vague du contenu, d'autres au contraire ont été commencées très sérieusement et interrompues alors qu'une partie était déjà complètement rédigée et même, dans certains cas, composée à l'imprimerie et tirée à un certain nombre d'exemplaires \ Mais, encore un coup, rien ne parvient jusqu'au public qui, constamment dans l'attente — attente soutenue par les annonces des libraires, — finit cependant par se lasser et par s'habituer au mutisme de ce philosophe qui naguère paraissait si intarissable dans l'expression de ses pensées. Dans les vingt dernières années de Schelling paraissent quelques écrits (dont la Préjace à Cousin est sans doute le plus remarquable) qui montrent, à n'en pas douter, que son esprit n'a rien perdu de sa vigueur et que ses moyens d'expression sont restés aussi brillants qu'autrefois, mais qui ajoutent peu de chose à nos connaissances sur sa philosophie. Enfin, après sa mort apparaissent, inachevés, plusieurs ouvrages auxquels il avait travaillé assidûment pendant ses toutes dernières années, c'est-à-dire depuis sa soixante-septième jusqu'à sa quatre-vingtième année ; ce sont des ouvrages systématiques, mais de contenu plutôt théosophique, montrant que l'intérêt du philosophe à cette époque s'est en quelque sorte déplacé. Les préoccupations religieuses, très marquées déjà dans le fragment des Epo- \ ques du monde % avaient pris entièrement le dessus, ce qui se comprend du reste, Schelling ayant été mandé à Berlin proprement en tant que philosophe religieux, pour servir de contrepoids en quelque sorte au mouvement anti-chrétien dont l'extrême gauche hégélienne était l'ini-