Plitt, l. c, vol. III, p
2.1b., vol. III, p. 138.— RosBNKRANz constate, en 1843, que Schelling désavoue et blâme tous les comptes rendus que l'on publie sur ce qu'il professe {Schelling^ p. v),
3. Schelling lui-même, en réponse à des amis qui s'étonnaient de son silence, a fait allusion aux difficultés auxquelles il se heurtait, en cherchant à exprimer ses idées en « un tout entièrement conforme » à ce qu'il voulait. Il entend cette fois « ne tenir compte que de sa propre satisfaction » et « s'exprimer lui-même en entier ». Or, son œuvre contient « des scories » et « il est difficile de se dégager de tout ce qui fait obstacle » et de se « libérer ainsi complètement ». Il annonce, il est vrai, à son correspondant qu'il y a enfin réussi, mais nous l'avons vu, il s'abusait sur ce point (K. Fischer, /. c, vol. VII, p. 165). C'est donc bien, comme Fischer l'a du reste reconnu, un conflit intérieur, un « désaccord entre lui et son œuvre », qui a motivé le silence du philosophe.
106 l'explication globale
déduit réellement ou du moins (ce qui ici revient au même) affirme Tavoir fait. Sans doute, il y reste de l'irrationnel ou plutôt du non-raisonnable ; mais ce sont des traits secondaires, dus au jeu de la nature, à son impuissance : par contre, tout ce qui y est essentiel est en même temps affirmé être entièrement conforme à la raison, composé uniquement d'éléments qui lui sont empruntés. — Il est manifeste qu'une telle doctrine était véritablement, du moins dans ce qu'elle affirmait avoir atteint, l'aboutissement du mouvement que la philosophie allemande avait suivi de Kant versFichte et de Fichte vers Schelling. L'abolition de la chose-en-soi, qui amenait l'identité du moi et du non-moi, le premier créant, se posant le second, et la pénétration de la nature par la pensée philosophique, montrant directement que la nature elle-même n'était que de la pensée, ici ces deux conceptions, qui se complétaient mutuellement, se confondaient en quelque sorte dans une troisième, qui apparaissait comme leur couronnement définitif à toutes deux. Elles n'avaient été que deux chaînons d'une pensée ininterrompue ; mais voici le troisième chaînon, qui est bien l'ultime, car cette fois l'identité de l'être et de la pensée n'apparaît plus dans un brouillard lointain, comme chez Fichte, elle n'est plus affirmée dans des énoncés théoriques équivoques pour être aussitôt reniée dans la pratique de la philosophie de la nature, elle est réelle, immédiate, palpable, le maître l'affirme, il le montre en détail, en parcourant le champ entier du savoir humain, aussi bien les sciences de la nature que celles de l'esprit, la physique comme l'histoire et la jurisprudence comme la théologie. Vous n'avez qu'à parcourir avec lui tous ces domaines et à vous pénétrer de ses explications (sans doute, est-il parfois un peu difficile d'en saisir le sens) pour vous en convaincre comme lui.
Rien de plus caractéristique à cet égard que l'attitude de Victor Cousin. Cousin, gêné par sa faible compréhension de l'allemand, reconnaît franchement n'avoir à peu près rien saisi de la philosophie de Hegel, ni en 1817, au moment où il faisait la connaissance du maître, ni plus
tard, en étudiant V Encyclopédie. « Tout ne m'y était pas entièrement incompréhensible ^ », dit-il en parlant des idées hégéliennes, et quant à V Encyclopédie il déclare que « c'est un livre tout hérissé de formules d'une apparence assez scolastique et écrit dans une langue assez peu lucide, surtout pour moi ' ». Il ajoute ailleurs : « Je me suis jeté dessus ; mais il m'a parfaitement résisté et je n'en ai pas saisi grand'chose. A mon retour à Heidelberg, j'ai en vain demandé à Hegel lui-même les explications dont j'avais besoin; il a toujours éludé mes questions, ne s'apercevant pas qu'il y répondait suffisamment en évitant d'y répondre ^ » Ceci n'empêcha point Cousin de concevoir, dès le début, la plus profonde admiration pour l'auteur du livre. « Dès la première conversation, je le devinai ; je compris toute sa portée, je me sentis en présence d'un homme supérieur ; et quand, d'Heidelberg, je continuai ma course en Allemagne, je l'annonçai partout, je le prophétisai en quelque sorte; et, à mon retour en France, je dis à mes amis : Messieurs, j'ai vu un homme de génie \ » Il n'est jamais revenu sur cette impression première, comme le montre précisément le fait qu'il a publié ces souvenirs, après la mort de Hegel, dans la préface aux Fragments philosophiques, et qu'au risque de mécontenter Schelling il y a déclaré que Hegel avait non seulement « développé et enrichi » le système que son prédécesseur avait laissé « rempli de lacunes et d'imperfections de toute espèce », mais qu'il lui avait donné « à plusieurs égards une face nouvelle ^ ».
Gela, sans doute, apparaît contradictoire. Cousin le sent et en deux mots, avec une pénétration et une précision parfaites, explique ce qui le poussait vers la doctrine hégélienne. « M.Hegel était dogmatique ; et sans que je pusse encore me bien orienter dans son dogmatisme, il m'attirait
1. Victor Cousin, Fragments et souvenirs, S' éd., Paris, 1857, p.
2. Id., Fragments philosophiques, 2" éd., Paris, 1833, p. xxxvii.