‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 47 sur 153 · Cf. Appendice XVI, p · texte numérisé non relu

Cf. Appendice XVI, p

3. L'auteur de la publication était Paulus, professeur k Ileidelberg, autrefois l'ami, mais depuis de longues années l'adversaire le plus acharné de Schelling. L'amitié datait des débuts mêmes de l'activité littéraii'e de Schelling (cf. la lettre très flatteuse de Paulus datée de 1793 — Schelling a dixhuit ans à peine ! — chez G.-L. Plitt, L c, vol. I", p. 37). La rupture s'est

Voici donc en quels termes Schellings'y exprime au sujet de Hegel : « Le fait que je mentionne Hegel montre à quel point je l'estime. Je vois que Hegel seul a sauvé la pensée fondamentale de ma philosophie pour une époque postérieure, et cette pensée, comme je l'ai reconnu notamment par ses cours sur l'histoire de la philosophie, il l'a maintenue jusqu'au dernier moment et conservée dans sa pureté. Alors que nous autres, nous nous sommes laissé prendre par l'élément matériel de la conception acquise, lui a maintenu excellemment la méthode dans sa pureté. Personne d'autre n'eut pu achever la philosophie précédente mieux que lui. H a fait de la philosophie de l'identité une philosophie positive et par là il l'a élevée en général au niveau d'une philosophie absolue, ne laissant rien en dehors d'elle. » Schelling trouve néanmoins blâmable que, chez Hegel, la logique ne forme qu'une partie de la philosophie, alors qu'elle eût dû être « la logique absolue, l'idéal de la science pure de la raison. » « Cependant, ajoute-t-il, le fait que toute cette science doit se dissoudre dans la logique, n'a été reconnu par moi que plus tard et point indépendamment de Hegel ^ »

A première vue, on a l'impression que Schelling, depuis sa Préjace de 1834, a complètement revisé son jugement. A l'examiner de plus près, le changement apparaît beaucoup moins important, du moins quant au fond. La forme, en effet, est tout autre, il y a des éloges là, où dans l'écrit antérieur, il n'y avait que des attaques. C'est que, sans doute, le ressentiment qui semble avoir été très vif immé-

produite en 1803 ou 1804, comme on le voit par une mention très amicale, dans une lettre de Schelling à Hegel du 11 juillet 1803, et un passage hostile, dans une lettre à Eschenmayer du 22 oct. 1804 (tjb., vol. I", p. 467 et vol. 11^ p. 45). Ce qu'il y a encore de remarquable dans cette querelle où, des deux côtés, on mit un acharnement inouï, c'est l'âge des deux adversaires. Schelling avait, en effet, à cette époque soixante-douze ans et Paulus en comptait quatre-vingts. Schelling perdit son procès. Cf. K. Fischer, /. c , vol. Vil, p. 261 et suiv.

1. K. Fischer, l. c, vol. VII, p. 266. — Cf. des déclarations analogues Einleitung in die Philosophie der Offenharung, Werke, 2" série, vol. III, p. 85 et suiv.— Cf. aussi Erste Vorlesung in Berlin, ib., vol. IV, p. 365 : « Si un homme s'est égaré davantage, c'est parce qu'il a osé davantage, s'il a manqué le but, c'est parce qu'il a suivi un chemin que ses prédécesseurs ne lui avaient point fermé. »

110 l'explication globale

diatement après la mort de Hegel — peut-être de\^ant les témoignages de regrets unanimes que provoquait cette disparition, les éloges, parfois hyperboliques, qu'on prodiguait au défunt, etc. — s'est adouci depuis. C'est peut-être aussi qu'il a en quelque sorte le sentiment de triompher de son adversaire, puisqu'il lui succède dans sa chaire. C'est enfin qu'il parle devant un auditoire dont il connaît l'admiration pour Hegel. Mais qu'il n'ait pas entièrement désarmé, nous le savons, non seulement par les déclarations du Zur Geschichte que nous avons citées et qui, très postérieures à la Préjace, doivent se rapprocher, comme date, du commencement de son activité à Berlin, mais encore par des lettres particulières de Schelling écrites à cette époque et par maint passage des écrits posthumes, certainement postérieurs d'origine. Hegel y est traité sans ménagement aucun, son dogmatisme est « le plus répugnant parce que le plus borné », et Schelling lui applique ces paroles de Térence : Haec si tu postules certa ratione facere, nihilo plus agas, quam si das operam ut cum ratione insanias. Il reste aussi ferme dans sa condamnation de la transition hégélienne entre la logique et la philosophie de la nature. Par cette transition, par la manière dont, chez lui, l'idée « expulse de son sein » la nature (cf. plus haut, p. 75), Hegel se rapproche de Jacob Boehme, qu'il affecte cependant de traiter avec dédain. Hegel est aussi théosophe que Boehme, sauf avec cette différence que l'ivresse, chez ce dernier, est réelle, alors que Hegel voudrait simplement paraître ivre *. Hegel était entièrement dépourvu de tout sentiment artistique et de tout sentiment de l'ensemble, sans quoi « il eût senti l'arrêt du mouvement qui se produit chez lui entre la logique et la philosophie de la nature et eût compris, par la manière seule dont celle-ci se trouve accolée à celle-là, qu'il se trouvait en dehors du droit chemin * ».

C'est aussi par ces écrits posthumes que l'on voit com-

1. Einleilung in die Philosophie des Offenhariinff, Werke, 2® série, vol. 111,

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