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les répercussions dans la science, où son action se prolonge d'ailleurs par la doctrine de M. Mach, qui en dérive directement. 11 ne peut y avoir contraste plus grand que celui que présente cette influence si puissante et si persistante avec le parfait dédain qu'ont témoigné à la doctrine scientifique hégélienne les savants contemporains de l'auteur, ceux des générations suivantes ne s'étant d'ailleurs nullement souciés de reviser ce verdict sévère.
Nous avons, certes, en cherchant à nous rendre compte de l'attitude de Hegel à l'égard de la science, trouvé assez de motifs pour justifier ce dédain. 11 y faut cependant ajouter un trait de plus et dont le rôle n'est peut-être pas, en l'occasion, des moindres. En effet, aucune particularité de la mentalité de Hegel ne choque peut-être autant le sentiment intime de l'homme élevé à l'école de la science moderne que son mépris de la nature. On a dit que Hegel méprisait la science, et cela est vrai en un certain sens, nous venons de le voir, car il se conduit fort cavalièrement à son égard ; il la gourmande et entend la régenter, et tout ce qui, en elle, a trait à l'explication lui apparaît certainement comme vain ; cependant, d'autre part, il respecte la science expérimentale, reconnaît volontiers l'importance de ses conquêtes et trouve des mots fort élogieux à l'égard de leurs auteurs. Par contre, à l'égard de la nature, son dédain est absolu. On ne trouvera pas, croyonsnous, dans toute l'immense œuvre hégélienne, qui prétend cependant embrasser la totalité de l'activité spirituelle de l'homme, une phrase, une expression témoignant qu'un spectacle de la nature l'ait ému ou ait provoqué, si peu que ce soit, son admiration. 11 y avait là, assurément, chez lui une prédisposition innée, et sa correspondance nous révèle que déjà au moment où, à vingt-cinq ans, il visita les Alpes bernoises, ce spectacle le laissa indifférent. L'aspect des glaciers « ne présente rien d'intéressant », il n'offre « rien de grand ni de plaisant ». Le voyageur n'y trouve « aucune satisfaction autre que celle d'avoir approché un tel glacier » et estime que le bas du glacier ressemble à une rue très boueuse. En général, il observe que « ni l'œil ni
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rimagination ne découvrent dans ces masses informes un point quelconque où le premier pourrait se reposer avec plaisir ou la seconde trouver un sujet d'occupation ou de jeu ». La raison n'y aperçoit « rien qui lui en impose, qui force à l'étonnement ou à l'admiration ». L'aspect de ces masses éternellement mortes, ajoute-t-il, ne m'a donné « rien d'autre que l'impression monotone et, à la longue, ennuyeuse : il en est ainsi » {es ist so) ^
Mais ce qu'il y a peut-être de plus caractéristique à cet égard, c'est la manière dont il parle du ciel étoile. Il estime niaise l'admiration que Kant professait pour ce spectacle sublime ; ce lui est un sujet de dérision constant et sur lequel il revient à plusieurs reprises. L'immensité des espaces célestes est du « mauvais infini » ; il faut se garder de toute admiration et même de tout étonnement à cet égard, et quant aux étoiles, elles sont comparables tout simplement aune éruption cutanée '.
On comprend qu'avec cette tendance il n'hésite point à considérer en quelque sorte comme négligeable l'immense masse des phénomènes naturels. Les savants peuvent s'en occuper, mais ce travail n'a d'intérêt réel qu'en ce qu'il prépare des matériaux à la vraie science, à celle qui recherche, dans ces matériaux épars, la trame de l'esprit. Mais tout ce qui n'a pas trait à cette trame déductive, tout ce qui reste en dehors d'elle, tout cela est simplement un effet du « jeu » de la nature, témoignage de son esprit d'arbitraire et de son impuissance à réaliser le concept
1. Cf. les extraits de la correspondance communiqués par Rosenkranz, Leben Hecfel's, p. 4'5 à 482, et Kuno Fischer, l. c, vol. VIII, Heidelberg, 1904, p. 64, 606 et suiv.
2. Hegel, Nalurphilosophie, pp. 92 et 462. — Will. Wallace reconnaît que Hegel en général « mésestimait {looked down iipon) le monde de la nature » (art. Hegel, Encyclopaedia Britannica, 11» éd., vol. XIll, p. 206). — 11 y avait là très certainement, dans l'esprit de Hegel, une particularité tout à fait caractéristique et très individuelle, dont ni son époque ni son entourage ne peuvent être rendus responsables; le romantisme allemand, suivant l'impulsion de Jean-Jacques Rousseau, dont Hegel lui-même s'est nourri de préférence dans sa jeunesse (cf. Rosenkranz, Ilegel's Lehen, p. 171), professait pour la nature, et surtout pour ses aspects sauvages, une admiration sans bornes et l'ami le plus intime de Hegel, le poète Hœlderlin, dans son culte du classicisme grec, en arrivait aune véritable déification de la nature (//>., p. IV). ScHELLiNG du rcstc avait déjà souligné ce trait distinctif de la philo-
et, à ce titre, indigne d'arrêter l'attention du penseur sérieux.
Trendelenburg témoigne que, de son temps déjà, on parlait couramment de « l'arrogance logique » des hégéliens ^ C'était, à tous les points de vue, une expression justifiée, mais c'est ici, sans doute, la manifestation la plus étonnante, la plus outrancière, de cette logique outrecuidante, qui méprise tout ce qui n'émane pas d'elle. A quel point tout cela est étranger à l'esprit de notre époque, l'attitude des disciples de Hegel en témoigne éloquemment. Non seulement, comme nous l'avons fait ressortir, ils se sont, en quelque sorte, complètement désintéressés de la philosophie de la nature hégélienne, mais ils ont généralement cherché à adoucir ce que l'intransigeance du maître présentait, dans ce domaine, de trop choquant. Un exemple caractéristique de cette tendance nous est offert par M. Mac Taggart. Pour ce philosophe, « nous ne pouvons nier qu'il y a, dans l'univers, des marques de rationalité, de même que nous ne pouvons nier qu'il y a, en lui, des marques d'irrationalité ».Mais celles-ci ne nous donnent pas le droit de « conclure à la rationalité incomplète de l'univers ». Gela tient en effet tout simplement à ce que notre intelligence « persiste à demander ce qu'elle ne peut ni ne doit obtenir ». C'est ce qui fait que « prise en elle-même, la philosophie proclame sa propre impuissance {inadequacy), car elle est obligée d'affirmer que les choses sont complètement rationnelles et, par conséquenf, complètement explicables, alors qu'elle ne saurait réussir à les expliquer complètement " ». Ainsi, ce n'est pas l'univers qui est en faute, c'est notre raison, et le philosophe la déclare en quelque sorte irrationnelle, au nom apparemment d'une intelligence supérieure, d'un intellectus angelicus pour qui les irrationalités que nous apercevons dans le monde exté-
sophie de son émule. « C'est à peine si Jacobi peut traiter la nature pis que ne le fait Hegel... » (Znr Geschichte der neiieren Philosophie, Werke,V* série, vol. X, p. 152.)