‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 56 sur 153 · Mac T.\ggart, l. c, pp · texte numérisé non relu

Mac T.\ggart, l. c, pp

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rieur se résoudraient en accords. La solution apparaît d'abord comme contradictoire — car qu'est-ce que la rationalité sinon la conformité à la raison, à notre raison, puisque nous n'en pouvons connaître d'autre (l'auteur n'ignore pas entièrement cette objection *) — mais cela revient au fond, tout simplement, à constater que notre intelligence est antinomique et se contredit elle-même. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y a, dans cette attitude, une certaine humilité de l'esprit, qui est aussi éloignée que possible de « l'arrogance logique » dont parle Trendelenburg.

Elle est, par contre, tout à fait conforme à l'attitude de la science de nos jours. Soumettant à tout moment ses déductions hypothétiques au contrôle de l'observation et résigné à les bouleverser entièrement en cas de besoin, c'est-à-dire si une déduction meilleure et surtout plus compréhensive venait à se présenter, le savant ne peut évidemment, à aucun degré, considérer sa raison avec cette confiance absolue qui inspirait la pensée de Hegel. Aussi, rien n'est-il plus éloigné de ses intentions intimes que l'idée d'abaisser la nature devant elle. Nul phénomène, si minutieux et si insignifiant qu'il soit en apparence, ne lui semble indigne de son attention, et le moindre lui paraît encore apte à lui révéler quelque chose de ce mystère, qu'il sonde sans cesse tout en le sentant insondable. Si une difficulté l'arrête, si le phénomène dément complètement les prévisions qu'il a formulées en partant de suppositions qui paraissaient pourtant entièrement conformes à tout ce que la nature lui avait révélé jusque-là, il ne songera certes point à accuser celle-ci de manifester son impuissance, comme l'a fait Hegel; c'est lui-même, c'est sa propre insuffisance qu'il accusera, il pensera qu'il n'a pu encore sur ce point sonder le mystère, tout en ne doutant pas un seul instant fpie, s'il réussissait à le pénétrer, le chaos apparent se révélerait à lui comme un cosmos plein d'harmonie et de beauté. Là même oii la science a célébré ses triomphes

les moins contestables^ il sent que ce qui a été accompli est infiniment peu de chose en regard de ce qui reste à faire. Quand il a, à coup d'opérations compliquées, calculé quelques points de la chaînette, il sait fort bien qu'il n'a qu'à suspendre un fil par les deux bouts pour que la solution complète de cette équation « transcendante » s'offre immédiatement à ses yeux et quand, par des approximations successives, à l'aide d'opérations pénibles, qui prennent parfois des mois et des années, il est parvenu à déterminer, à peu près, une partie de la trajectoire que suivra une planète à la suite de nombreuses perturbations, il ne doute pas non plus un seul instant que la nature résout ce problème instantanément, complètement et sans peine aucune. La nature « ne s'arrête pas aux difficultés de l'analyse », a dit Fresnel, qui était pourtant, à peu de chose près, un contemporain de Hegel. Et quand il est forcé de constater l'existence d'une barrière permanente à sa compréhension, d'un irrationnel, le savant, plutôt que de porter, comme Hegel, un jugement qui lui apparaîtrait comme un blasphème, reconnaîtra sa propre impuissance à l'égard de cette nature qui lui inspire un respect en quelque sorte religieux.

Sans doute n'est-c3 pas là tout à fait l'attitude de Comte. Peut-être même pourrait-on, à la rigueur, affirmer qu'en accusant la nature de ne pas obéir, au-dessous de certaines limites, à ses propres lois, il manifestait au moins quelque chose de cat état d'esprit que Hegel révèle avec tant de superbe. Mais, nous l'avons constaté (chap. IV, p. 95), il semble bien qu'il n'ait pas considéré ces phénomènes trop minutieux dont il interdisait l'accès à la recherche scientifique comme véritablement arbitraires, mais seulement comme trop compliqués pour que nous puissions jamais parvenir à connaître les lois les régissant. Il s'agit donc là plutôt, de la part de la raison, d'un excès d'humilité. D'ailleurs, le fondement même de la doctrine positiviste, avec son renoncement à toute pénétration dans le domaine de la véritable essence et du mode de production des phénomènes, implique bien un esprit d'humilité de

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cette sorte et se trouve, à ce point de vue, aux antipodes de la conception hégélienne.

Il n'en demeure pas moins que les analogies que nous avons fait valoir se rapportent à un côté essentiel des deux doctrines. Non seulement Hegel et Comte entendent tous deux régir durement la pensée scientifique et philosophique (ce qui peut s'expliquer, nous l'avons vu, par l'esprit de l'époque), mais ils mutilent la science d'une manière tout à fait semblable, en prétendant la confiner dans le domaine des règles strictement expérimentales. L'un et l'autre (quoique pour des motifs fort différents) méconnaissent absolument l'effort de la science vers la rationalité, ou plutôt lui interdisent cet effort, et si cette interdiction constitue la base même du positivisme (comme le montre le nom de cette conception), elle est aussi (nous l'avons constaté, chap. XI, p. 54) le point de départ, ou du moins un des points de départ principaux, des idées de Hegel.

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