‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 58 sur 153 · Wissenschaft der Logik, V partie, vol. !«', p · texte numérisé non relu

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science purement apriorique, où rentrent dès lors non seulement ce que nous appelons la cinématique (et ce que Kant désignait comvae phoronomie), mais encore une grande partie de la dynamique, c'est-à-dire, en somme, les parties les plus essentielles de ce que nous comprenons sous le nom de mécanique rationnelle. Kant déduit d'ailleurs, entièrement a priori, bien des choses encore en dehors de la mécanique, telles que, par exemple, la conservation du poids de la matière à travers les phénomènes où celle-ci subit des changements de propriété très apparents, c'està-dire à travers les phénomènes chimiques. Il a nettement aperçu, il est vrai (et c'est là une observation d'une grande importance au point de vue de l'analyse épistémologique des principes de conservation en général), que l'énoncé, en l'espèce, se compose de deux éléments de dignité en quelque sorte inégale. Ainsi il dit dans les Premiers Principes : « On emprunte à la métaphysique générale ce principe qu'on prend pour base : que dans tous les changements de la nature aucune substance ne se perd ni ne se crée. Ici on ne fait qu'exposer ce qui est une substance dans la nature. » Mais cette détermination de la nature de la substance est également apriorique, car le concept de la matière inclut pour lui non seulement celui de masse, mais encore celui de poids ^

1. Cf. Identité et réalité^ pp. 190-191 et 450-451. — II est curieux de noteque, dans son premier écrit philosophique, les Pensées sur la véritable esiiv mation des forces vives, etc. (paru en 1747), Kant a essayé de déduire a priori la tridimensionalité de l'espace {Werke, éd. E. Cassirer, Berlin, 1912, vol. !•% pp. 21-23, §§ 9, 10). Cette déduction un peu naïve (puisque, très certainement, dans la conception de l'expansion de la force conformément à la loi du carré de la distance, celle de l'espace à trois dimensions se trouvait impliquée) a disparu dans les œuvres postérieures où, l'espace apparaissant comme une forme a priori de notre sensibilité, il n'est plus besoin d'aucune déduction en cette matière. Il se peut néanmoins (comme l'a fait ressortir Trendelbnburg, l. c, p. 187) que Hegel, en déduisant les trois dimensions des trois « moments » du concept (la généralité, la particularité, l'unicité), se rattache, sur ce point encore, à une tentative que Kant lui-même considérait en quelque sorte comme périmée. Toutefois, il est pour le moins aussi probable que l'influence de Kant, dans ce cas, n'a pas été directe et que Hegel, comme dans d'autres cas analogues et très nombreux que nous avons cités, n'a fait ici que suivre l'exemple de Schelling, qui déduit la-matière de l'existence de trois forces (et non pas de deux seulement, comme l'avait fait Kant) et qui explique ensuite, par ces trois forces, la tridimensionalité de

144 l'explication globale

C'est de cet aspect de la théorie kantienne que dérivent Id, philosophie de la nature et Hegel. Ce que ses successeurs y ont vu, en effet, de digne d'être imité, ce n'est pas la manière prudente dont le maître de la philosophie critique avait abstrait ces énoncés généraux à la suite d'une étude des œuvres maîtresses de la physique mathématique et surtout de celles de Newton et c'est, bien entendu, moins encore le rôle que joue, chez Kant, la déduction mathématique ; c'est uniquement le fait même de la déduction. Kant avait cru pouvoir déduire une partie de la science, une sorte de squelette, qu'il appelait ses « principes métaphysiques ». Mais c'est que Kant était duaUste, qu'il posait Texistence, dans la nature, de quelque chose ne dépendant pas de notre esprit. Mais si l'on rejetait ce dernier élément, cette chose-en-soi, si l'esprit, en lui-même, résorbait le monde, n'était-il pas logique de déclarer que Kant s'était arrêté à mi-chemin, que la science entière devait pouvoir se déduire, fût-ce par une voie très différente de la voie kantienne ? Ou du moins la philosophie devaitelle déduire aprioriquement non seulement un squelette de la science, mais tout ce qu'il y avait en celle-ci d'essentiel, tous ses traits dominants, ne laissant à déterminer à r« empirie », aux savants proprement dits, que ce qu'il y avait de secondaire, les traits par lesquels la nature, à cause de son impuissance à réaliser le concept, se répandait en formes du hasard (chap. XI, pp. 24 et 30). Si démesurément grandies que soient, dans cette théorie, les prétentions de la déduction apriorique, il est cependant impossible de méconnaître ce que toute cette manière de concevoir le rôle du processus déductif a de commun avec la conception kanlienne ^

l'espace, le magnétism3 créant la première dimension, l'électricité la seconde et le processus chimique la troisième {System des transcendentalen Idealismus, Werke, 1" série, vol. 111, pp. 444 et suiv. Cf. une déduction analogue, mais pas identique, Ans den Jnhrbûchern der Medicin als Wissenschaft, ib., vol. VII, p. 447).

1. Les disciples immédiats de Hegel ne se lassent jamais de répéter que la philosophie de Hegel n'est que l'accomplissement de celle que Kant avait eue en vue (cf. par exemple Rosenkranz, Leben HegeVs, p. 317 et Id,, Hegel als deaUcher Naiionalphliosoph, pp. 46 et 337). — Trb.ndelenburg, parlant

Or, que la déduciion kantienne dérive en très grande partie, directement ou indirectement, de la déduciion cartésienne, c'est ce qu'on ne saurait sérieusement contester. Sans douîe, pour le détail de la science, Kant a suivi Newton plutôt que Descartes, mais sans parler de la direction générale que ce dernier avait imprimée à la physique mathématique et que Newton avait conservée dans une grande mesure, on sait assez l'énorme prestige dont les conceptions cartésiennes avaient joui dans l'Europe entière pendant une période très longue et dont la fin n'était pas encore très éloignée au moment où écrivait Kant. Cependant, il faut bien le reconnaître, l'atmosphère scientifique (si l'on ose s'exprimer ainsi) avait considérablement changé entre temps, et le changement concernait précisément le rôle attribué à la déduction, dont le prestige se trouvait fortement battu en brèche. Les idées baconiennes, après avoir triomphé en Angleterre, avaient, surtout par l'intermédiaire de penseurs et de savants français, pénétré sur le continent, qu'elles étaient en train de conquérir à son tour. L'immense autorité de Newton était pour beaucoup dans cette évolution. Sans être aussi haconien qu'on veut le croire quelquefois, et l'étant surtout beaucoup plus dans ses formules épistémologiqnes que dans la pratique de la science, il est certain qu'il place l'expérience à un tout autre niveau que Descartes ; et ses déclarations retentissantes, surtout le fameux hypothèses non fin go, contribuent grandement à l'éclosion d'un esprit nouveau. Dès lors, ce n'est plus la déduction qui, dans la science, occupe la première place, c'est l'expérience. Il est certain que ce coude la conception de la matière mise en avant par Kant, dit : « Le côté essentiel de cette conception est demeuré et a continué à exercer son action dans la philosophie de la nature nouvelle » {l. c, vol. h% p. 212). Ainsi M. MacTAGOAuT n'a pas tout à fait tort, et reste en tout cas fidèle à l'esprit de l'école, en affirmant que « l'épistémologie de Hegel est, au fond, identique à celle de Kant » (/. c, p. 25), et l'affirmation plus générale de J.-H. Stirling (The Secret of Hegel, p. xxi) selon laquelle Hegel aurait « rendu explicite l'Universel concret qui était implicite chez Kant » n'apparaît pas non plus, à ce point de vue, dénuée de fondement. — On sait d'ailleurs qu'en général les néo-hégéliens de langue anglaise se réclament presque autant de Kant que de l'auteur d3 la Phénoménologie et que, de ce chef, on les désigne parfois comme des néo-kantiens.

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