‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 60 sur 153 · Cf. Identité et réalité, pp. 46 et · texte numérisé non relu

Cf. Identité et réalité, pp. 46 et

2. Lavotsibr, Œuvres, Paris 1864, vol. I", p. 3. Le passage continue : « Le seul moyen de prévenir ces écarts consiste à supprimer ou au moins à simplifier autant que possible le raisannement qui est de nous et qui seul peut nous égarer ; à le mettre continuellement à l'épreuve de Texpérience ; à ne conserver que les faits qui ne sont que des données de la nature et qui ne peuvent nous tromper... Convaincu de ces vérités, je me suis imposé la loi de ne procéder jamais que du connu à Tinconnu, de ne déduire aucune conséquence qui ne dérive immédiatement des expériences et des observations. » Mais peut-on sérieusement en vouloir à Lavoisier qui, par sa théorie, avait fait accomplir à la science un bond si prodigieux sur la voie éternelle de la rationalisation du réel, d'avoir cru que sa conception se confondait avec les faits, qu'il tenait définitivement, pour nous servir de notre formule, un fragment de la grande chaîne déductive ? N'est-il pas naturel au contraire qu'il

ley, attaquant Xavoisier, se sert du même argument. « La spéculation, déclare-t-il à son tour, est en physique une marchandise de peu de valeur ; les faits nouveaux et importants sont bien plus précieux ^ » Peut-être y a-t-il chez Priestley, comme Berthelot l'a fait ressortir à juste titre, la rancune éternelle de l'homme qui a le don de découvre" des faits nouveaux (don que Priestley possédait en effet au suprême degré) contre celui qui a reçu en partage le don supérieur encore de coordonner de tels faits dans une conception théorique cohérente. Mais il est clair qu'il y a aussi cette circonstance que ce que Lavoisier considère comme une hypothèse, c'est la théorie du phlogistique^ celle par laquelle il entend la remplacer, la théorie des éléments chimiques qui persistent dans les combinaisons, lui apparaissant au contraire comme l'expression pure et simple de la réalité ; alors que Priestley estime au contraire que ses observations, relatées dans le langage des phlogisticiens, dont tout le monde avait alors l'habitude, sont tout uniment des faits et proteste contre une interprétation qui, en les traduisant dans le langage de la nouvelle conception, y mêle, à son avis, une part de spéculation inadmissible.

Il n'y a pas jusqu'à Schelling — le créateur de la philosophie de la nature, l'auteur de tant d'hypothèses dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles nous stupéiient par la singulière audace avec laquelle elles ont été édifiées sur des bases fort étroites et manquant entièrement de solidité — qui n'ait affirmé qu'en construisant la réalité physique a priori « on parvient à une théorie générale de la nature à l'aide de laquelle on a l'espoir de pouvoir se dispenser de toutes les hypothèses et de toutes les imaginations ' »,

ait écrit que la « marche actuelle [de la chimie] est si rapide, les faits s'arrangent d'une manière si heureuse dans la doctrine moderne, que nous pouvons espérer, même de nos jours, de la voir s'approcher beaucoup du degré de perfection qu'elle est susceptible d'atteindre » {ib., p. 5), lequel degré de perfection, comme on le voit par la phrase qui précède celle que nous venons de citer, est celui où se trouve la géométrie ?

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