Cf. chap. 1", p. 23 et suiv.et chap. VI, pp. 214 et suiv
2. M. Hadamard, témoin inTmiment précieux tant par sa haute autorité dans tout ce qui touche aux mathématiques que par le fait que, n'étant pas physicien, il est sans doute moins apte à subir un entraînement qui ne serait qu'éphémère, constate qu'une « évolution vers le discontinu se dessine à l'heure actuelle » en physique {f.^œavre d'Henri Poincaré:le mathématicien, Revue de métaphysique, sept. 1913, p. 620). — On sait d'ailleurs que la conception atomistique domine à l'heure actuelle non seulement (comme nous l'avons exposé chap. VI, p. 273) la théorie dô l'électricité, mais encore celle du magnétisme (cf. Pierre Weiss, Le momznt magnétique des atonies et le magnéton. Les idées modernes, etc. Paris, 1913, p. 335,344).
La manière dont Hartmann rattache son système à la science peut se résumer très brièvement. Hartmann constate que la science, à l'aide de l'observation, et en partant du monde du sens commun, arrive cependant à lui substituer une conception entièrement différente, à savoir le mécanisme. Mais, d'autre part, elle ne peut établir que celui-ci existe en soi, puisque le dernier term^ de la réduction reste mystérieux. Enfin, à travers son œuvre destructive de la réalité directement perçue, la science maintient les notions de temps et d'espace. C'est donc qu'en fin de compte elle conclut à un noumène soumis aux conditions du temps et de l'espace, c'est-à dire à un système métaphysique déterminé, qui est précisément celui que Hartmann désigne sous ce vocable de réalisme transcendantal ^
Le système de Hartmann ne paraît pas avoir beaucoup attiré l'attention des savants. Il semble cependant, à certains égards, représenter assez bien les convictions moyennes (la plupart du temps inconscientes, cela va sans dire) du physicien expérimentateur. Ce dernier, s'il est enclin, d'une part, à croire à la réalité du monde extérieur qu'il explore, est forcément conscient, d'autre part, des difficultés inextricables inhérentes à l'image que la science lui en offre dans ses théories mécaniques. Dès lors, c'est bien autour d'un « noumène soumis aux conditions du temps et de l'espace » que flottera le plus souvent l'ensemble des convictions intimes de ce physicien au sujet de la réalité du monde sensible, et en ce sens Hartmann n'a pas tort d'y voir la théorie philosophique courante du physicien moderne. Elle se trouve certainement impliquée dans nombre d'exposés scientifiques de nos jours. Si elle n'est pas plus clairement affirmée, ce n'est pas uniquement parce que le savant n'ose s'aventurer sur le terrain de la philosophie, ni même parce que, obéissant aux suggestions positivistes, il croit sincèrement pouvoir s'abstenir de métaphysique; mais sans doute aussi parce qu'il a le sentiment intime, quoique imprécis, qu'il n'y a pas là, au point de