‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 70 sur 153 · E. Goblot, Traité de logique, Paris, 1918, p · texte numérisé non relu

E. Goblot, Traité de logique, Paris, 1918, p

pour la vie de tous les jours, il peut arriver qu'elle triomphe au point d'effacer pour ainsi dire toutes ses rivales, d'amener la conviction qu'elle va de soi. C'est là, en dépit de l'immense illogisme qu'il comporte, le véritable état d'esprit d'un grand nombre de ceux qui nient le contenu ontologique de la science : La réalité métaphysique — qui fait le fond de leur pensée et qui se compose essentiellement de concepts de sens commun, quelque peu modifiés et surtout complétés par les notions scientifiques les plus indispensables, cette modification s'opérant d'ailleurs par une évolution insensible dont les expériences et des raisonnements (de causalité, tout comme ceux du sens commun) ont constitué les ressorts moteurs — leur paraît avoir une existence à tel point assurée qu'ils sont pour ainsi dire incapables d'apercevoir qu'il s'agit là d'une hypothèse ontologique, pareille à toutes les autres. C'est ce qui nous fait comprendre que le physicien, tout en professant en paroles le positivisme le plus pur et en le faisant évoluer, au contact des théories scientifiques, vers un idéalisme mathématique suffisamment absolu, interprète à l'occasion cet idéalisme comme un simple « réalisme retourné », selon l'expression d'Ed. Hartmann (chap. X, p. 334).

Incontestablement, l'attitude delà science, telle que nous l'avons dessinée, a quelque chose de paradoxal et c'est ce qui, sans doute, la rend plus difficile à admettre. Cependant la constatation de ce paradoxe, plutôt apparent, n'est pas chose nouvelle. Méditons, en effet, ce passage de Cournot : « L'union Intime et pourtant la primitive indépendance de l'élément philosophique et de l'élément positif ou proprement scientifique dans le système de la connaissance humaine se manifeste ici [en mathématique] par ce fait bien remarquable que l'esprit ne peut régulièrement procéder à la construction scientifique sans adopter une théorie philosophique quelconque et que néanmoins les progrès et la certitude de la science ne dépendent pas de la solution donnée à la question philosophique *. » On

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