TOME II IS
cherche scientifique, et n'y a insisté avec plus de vigueur que Claude Bernard. Car la phrase que nous avons citée plus haut n'est pas, chez lui, une remarque faite en passant, mais se rattache au contraire à des opinions sur lesquelles il revient à maintes reprises. Bacon, déclare-t-il, « n'était point un savant et il n'a point compris le mécanisme de la méthode expérimentale ». Cette méthode ne développe « que les idées qu'on lui soumet ». En effet, « la méthode expérimentale, considérée en elle-même, n'est rien autre chose qu'un raisonnement à l'aide duquel nous soumettons méthodiquement nos idées à l'expérience des faits * ». Elle « n'est, en définitive que la logique appliquée à la coordination des phénomènes de la nature, pour en découvrir les lois », elle « a pour objet de disposer logiquement tous les faits observés directement ou provoqués par l'expérimentation en vue de les faire servir de vérification à une idée préconçue ; idée préconçue qui n'est, en réalité, qu'une anticipation logique de notre esprit sur des phénomènes inconnus ». D'ailleurs « il n'est pas possible d'instituer une expérience sans une idée préconçue ; instituer une expérience... c'est poser une question; on ne conçoit jamais une question sans l'idée qui sollicite une réponse. Je considère donc, en principe absolu, que l'expérience doit toujours être instituée en vue d'une idée préconçue, peu importe que cette idée soit plus ou moins vague, plus ou moins bien définie ^ » X^l'est « l'idée qui constitue... le point de départ ou le primum movens de tout raisonnement scientifique, et c'est elle qui en est généralement le but, dans l'aspiration de l'esprit vers l'inconnu ». On « doit s'y laisser aller librement, pourvu qu'on observe les résultats de l'expérience d'une manière rigoureuse et complète » et le chercheur doit « donner libre carrière à son imagination », car « l'idée est le principe de tout raisonnement et de toute invention, c'est à elle que revient