‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 79 sur 153 · Cl. Bernard, Le, pp · texte numérisé non relu

Cl. Bernard, Le, pp

2. Leçon d'ouverture du cours de M. Claude Bernard au CoUèffe de France, Paris, 1857, p. 5. Introduction, etc., p. 39, cf. ih., p. 53 : « sans cela [une idée préconçue] on ne pourrait qu'entasser des observations stériles ».

toute espèce d'initiative ^ ». Par contre, « la croyance aveugle dans le fait, qui prétend faire taire la raison, est aussi dangereuse pour les sciences expérimentales que les croyances de sentiment et de foi qui, elles aussi, imposent le silence à la raison ». C'est au point qu'un fait « n'est rien par lui-même, il ne vaut que par l'idée qui s'y rattache ou par la preuve qu'il fournit » et que « si un phénomène se présentait dans une expérience avec une apparence tellement contradictoire, qu'il ne se rattachât pas d'une manière nécessaire à des conditions d'existence déterminées, la raison devrait repousser le fait comme un fait non scientifique. Il faudrait attendre ou chercher par des expériences directes quelle est la cause d'erreur qui a pu se glisser dans l'observation \ »

Onnous pardonnera d'avoir insisté sur les idées du grand physiologiste. La conception baconienne de la science, en dépit de tout, jouit encore d'un grand prestige, les manuels de science l'exposent couramment, et il n'était pas superflu de montrer à quel point un des savants qui ont fait la gloire du xix^ siècle s'y sentait étranger. Mais nous pourrions tout aussi bien évoquer le témoignage de savants contemporains. Ainsi M. Soddy fait ressortir que si les chercheurs n'avaient pas eu de théorie pour les guider, ils eussent certainement considéré le rhodium comme le père du radium, ce qui eût été une erreur funeste \ et M. Le Châtelier déclare que « l'imagination est indispensable pour conduire l'esprit dans des chemins nouveaux, sans elle il tourne toujours sur place dans un même cercle, répétant indéfiniment les mêmes expériences ou les mêmes raisonnements ' ».

Tout concorde donc à prouver que le schéma baconien «st, sinon entièrement inapplicable, du moins parfaitement stérile. Mais quelle est la raison intrinsèque de ce

1. Introduction, pp. 44, 41, cf. Id. Leçons de physiologie expérimentale, Paris, 1855, pp. 21 et 32-33, sur le rôle que des suppositions ont joué dans ses découvertes propres.

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