‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 80 sur 153 · Id., Introduction, p. 85, S · texte numérisé non relu

Id., Introduction, p. 85, S

3. F. Soddy, The Parent of Radium, Scientia, V, 1909, p. 269.

4. H. Le Chatbuer, Leçons sur le carbone, Paris, 1908, p. 49.

i7G RAISON SCIENTIFIQUE ET RAISON PHILOSOPHIQUE

lait ? Pourquoi est-il indispensable que le savant, en recherchant des lois, des rapports, exerce son imagination ? Pour quelle raison ne peut-il interroger la nature directement et sans idée préconçue ? Où gît le défaut du schéma lequel, à première vue, apparaît certainement comme logique ?

Afin de répondre à ces questions, nous n'avons qu'à nous rappeler ce que nous avons reconnu dans notre chapitre III (pp. 100 et suiv.) au sujet de la « structure » de la réalité. S'il est vrai que nous ne pouvons connaître des lois que parce que les circonstances qui conditionnent le phénomène sont soumises à une certaine hiérarchie, s'arrangent, selon l'excellente image de M. A. Balfour, en « fibres », c'est donc qu'en allant à la recherche d'une loi, il nous faudra, de toute nécessité, formuler une supposition concernant la manière dont cette structure se manifestera au point qui nous intéresse. En effet, les circonstances qui entourent un phénomène, nous ne pouvons en douter, sont strictement en nombre infini. Quelles sont celles dont nous étudierions les variations pour reconnaître si nous pouvons, dans quelque mesure que ce soit, les considérer comme concomitantes à celles du phénomène lui-même ? Il nous faudra, de toute évidence, opérer un choix, en d'autres termes formuler une hypothèse sur l'existence de la « fibre ».

Ainsi, pour prendre un exemple, tout phénomène, puisqu'il se passe dans le temps, est nécessairement accompagné d'une modification dans la disposition des corps célestes. Mais nous n'essaierons certainement pas de rattacher les phénomènes de cette manière, et le chimiste qui s'aviserait d'étudier si la marche de la réaction particulière qu'il a en vue ne dépend point de la position de la planète Saturne nous apparaîtrait aujourd'hui comme un esprit saugrenu. Mais il ne faut point oublier qu'il y a quelques siècles à peine, les alchimistes ont cru à une action de ce genre, qu'ils croyaient littéralement que certains phénomènes que nous qualifierions de chimiques ne pouvaient se produire qu'une constellation favorable aidant. Et de même l'astrologie enseignait que la position des.

autres exerçait une action directe et dominante sur les événements politiques et la marche des affaires humaines en général.

Il serait difficile d'exagérer l'emprise que ces conceptions ont exercée sur l'humanité, aussi bien dans l'antiquité que pendant le moyen âge. A la Renaissance cette influence grandit encore si possible, l'astrologue devient un personnage quasi-officiel et important à la cour du prince. On sait d'ailleurs que quelques-uns mêmes parmi les créateurs de l'astronomie moderne n'ont pas été à l'abri de ces croyances que nous considérons aujourd'hui comme purement superstitieuses. Tycho Brahé s'est érigé en défenseur formel de l'astrologie * et Kepler, s'il en combat quelquefois l'abus, croit cependant à l'influence des conjonctions des planètes sur les événements politiques et censure Pic de la Mirandole qui s'était déclaré l'ennemi des astrologues ^ Au xviii® siècle encore, l'astrologie a compté un partisan notable, le comte de Boulainvillers % et il suffit de jeter un coup d'œil sur les nombreuses publications que font paraître, dans presque tous les pays civilisés, les adhérents des « sciences occultes * », pour se convaincre que la croyance est loin d'être éteinte et que parmi ses tenants se trouvent des hommes qu'à d'autres points de yue on est obligé de considérer comme des esprits cultivés.

Quant au commun des hommes, un examen rapide de la langue prouve combien profondément ces croyances avaient pénétré dans leur âme. Des locutions telles qu'être né sous une bonne étoile, être bien (ou mal) luné, des vocables comme désastre ou ascendant, enfin ces mots

1. Tychoms Brahei, De disciplinis mathematîcis oratio, Hafniae, 1610, passim, surtout pp. 15 et suiv.

2. Bailly, Histoire de l'astronomie moderne, nouvelle édition, Paris, 1785, vol. II, pp. 33 et suiv,

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