pp
S.Mac Taggart, ^ c, pp. 30, 26, 29; cf. ib., pp. 65 et suiv., 204, 234.
18 l'explication globale
en ait dit, il n'a commis aucun illogisme (cf. plus bas, chap. XIY, pp. 148 et suiv.). Mais ces réserves une fois faites, et donnant à l'affirmation de M. Mac Taggart son sens plein, on est forcé de reconnaître qu'elle tend à établir une distinction purement verbale. Car enfin, les phénomènes non essentiels, ou plutôt le côté non-essentiel des phénomènes mis à part, et la trame de l'idée dans la réalité une fois retrouvée, il est certain que cette idée devait être reconnue pure, c'est-à-dire libre de tous éléments empiriques, et les déclarations de Hegel, tout aussi bien que son procédé lui-même, ne laissent aucun doute qu'il concevait en effet l'ensemble de cette trame essentielle comme étant déductible en son entier par le travail seul de la pensée, procédant selon les règles de la dialectique, à partir de fondements eux-mêmes nécessaires. G. Gaird, après avoir esquissé tout d'abord une atténuation dans le genre de celle de M. Mac Taggart, conclut cependant que « si trouver de la pensée dans les choses est plus qu'une expression vide, le mouvement ou le processus qu'est la pensée doit expliquer du coup la transition entre la pensée et ce qu'en opposition à celle-ci nous appelons des choses et doit nous fournir les moyens de concilier cette opposition S>. En faisant abstraction de la démonstration générale contenue dans ce passage, il est certain qu'il indique avec exactitude la position de Hegel en cette matière.
Ainsi, Hegel aboutit à un panlogisme. M. René Berthelot, non sans de bonnes raisons certes, a contesté que l'on puisse qualifier l'œuvre hégélienne de ce terme ^ En effet, cette désignation, qui est devenue en quelque sorte clas-
1. C. Caird, Essays on Literalure and Philosophy, Glasgow, 1892, p. 534.
2. R. Bbrthelot, L c, pp. 115, cf. ih., p. 117, 133,148, 157, 162.— Rosen- KBANz, déjà, avait fait ressortir que l'on devrait qualifier cette philosophie plutôt de philosophie de l'esprit, étant donné que chez Hegel « le concept de l'esprit seul rend possible les concepts de la nature et de l'idée en tant que logique » {Hegel's Lehen,p. 100), et Will. Wallace a protesté formellement contre cette appellation de panlogisme {Prolegomena, Oxford, 1894, p. 80), en objectant que, dans les limites de la déduction hégélienne, il y a de la place pour beaucoup de choses que l'on qualifie habituellement d'irrationnelles.
sique dans l'histoire de la philosophie S pourrait faire penser à la logique courante, qui est celle d'Aristote et que Hegel combat constamment, en la déclarant insuffisante. Il n'en reste pas moins que ce que Hegel a tenté, c'est proprement de résoudre la réalité en un ensemble de concepts purement mentaux et nécessaires, qu'il a donné à l'œuvre où il expose la manière dont, selon lui, et conformément aux préceptes de la raison concrète, ces concepts devaient se lier, le titre de Logique et qu'il a enfin tout expressément rapproché lui-même son œuvre de celle du Stagirite, en affirmant que « la physique d'Aristote est beaucoup plus de la philosophie de la nature qiie de la physique * ».
Bien entendu, comme c'est l'idée qui crée la nature % Hegel n'a aucun doute que celle-ci ne doive se montrer parfaitement intelligible. « L'essence fermée de l'Univers n'a pas, en elle, une vigueur (jui serait capable de résister au courage de connaître, elle devra forcément s'ouvrir à lui, étaler à ses yeux sa richesse et sa profondeur et l'en faire jouir », déclare-t-il en traçant le plan de sa Naturphilosophie, et, dans cette œuvre même, il affirme que « l'inscription du voile d'Isis s'évanouit devant la pensée ». Enfin, dans la conclusion de cet ouvrage, il répète que « la raison concrète doit avoir en elle-même assez de confiance pour croire que, dans la nature, le concept parle au concept et qu'ainsi la vraie forme du concept, qui se trouve cachée sous le déploiement des innombrables apparences, se révélera à elle * ». D'ailleurs, de même que la nature, l'histoire est l'expression de la raison concrète.
1. Cf. entre autres Kuno Fischer, Geschichte der neuern Philosophie, vol. VIII, Heidelberg, 1901, 2« partie, p. 1162 et Ed. v. Hartmann, Geschichte der Metaphysik, Ausgewaehlte Werke, Leipzig, 1901, vol. XII, p. 214 et passim.
2. Hegbl, Naturphilosophie, Werke, vol. VII, 1" partie, Berlin, 1S42, p. 5. Cf. sur le panlogisme de Hegel, Appendice VIII.
3. « La logique montre l'élévation de l'idée à un niveau où elle devient créatrice de la nature... » Wissenschaft der Logik, 2" partie, p. 26.
4. Encyclopaedie, Logik, p. XL, et Naturphilosophie, pp. 16, 695. — Cf. Philosophie des Geistes, ib,, 2* partie, p. 290 : « Si les hommes affirment qu'on ne peut connaître la vérité, c'est là le plus abominable blasphème. Les hommes, en affirmant cela, ne savent pas ce qu'ils disent. Sils le savaient, ils méri-
20 l'explication globale
<^ La seule pensée que la philosophie apporte [à l'examen de l'histoire], c'est l'idée simple que la raison concrète gouverne le monde et que, par conséquent, dans l'histoire du monde également les choses se sont passées d'une manière raisonnable ^ »
Cette théorie, il est à peine besoin de le faire ressortir, ne constitue qu'une expression précise de l'éternel postulat de la rationalité du monde extérieur, que Spinoza avait résumé en cette formule : ordo et connexio idearum idem est ac ordo et connexio renim. Cette conception est arrivée à Hegel en passant par Schelling, dont Hegel, comme on sait, a été le disciple dans ses débuts et qui l'avait dégagée de tout ce qui se rattachait, chez Spinoza, au dualisme cartésien de la pensée et de l'étendue '.
Du stupéfiant édifice érigé par Hegel et dont, bien entendu, nous ne songeons nullement à retracer les contours, même les plus généraux, ce qui nous intéresse exclusivement, c'est sa partie logique et scientifique. Les deux sont, chez lui, étroitement liées ; en effet, comme on sait, dans Y Encyclopédie la Natur philosophie suit immédiatement l'exposé de la Logique et s'y rattache de la manière la plus étroite. Cet aspect de la philosophie hégélienne, on peut l'affirmer, semble-t-il, sans exagération, a été un peu négligé par les commentateurs et même par les continuateurs du philosophe. Déjà la Logique elle-même, comme le constate un hégélien contemporain, n'occupe généralement dans les commentaires et les critiques qu'une place tout à fait insignifiante, comparée à son importance réelle
teraient qu'on leur enlevât la vérité. Le désespoir moderne en ce qui concerne la possibilité de connaître la vérité est étranger à toute philosophie, comme à toute religiosité véritable. » D'ailleurs, dès la première de se& œuvres publiées, sa thèse de doctorat De orbilis planelarum (parue en 1800), Hegel est aussi explicite que possible à cet égard : « Verum mensura et numerus naturae a ratione alieni esse nequeiint : neque sludium et cognitio legum natarae alla re nituntar,quam quod natiiram a ratione conformatam esse credamus et de identitale omnium legum naturae nobis persuasum sit. » {Werke, vol. XVI, p. 28.)