‹ De l'explication dans les sciences (volume 2)Chapitre 82 sur 153 · Ib., p · texte numérisé non relu

Ib., p

4. La conception de Guyton, en cette matière, ne laisse pas d'être tout à fait bizarre. Là où il serre la question de près (comme, par exemple, l. c, pp. 136 et suiv.), il parle toujours de la légèreté du phlogistique par rapport à l'air et très logiquement, pour faire comprendre comment, en s'ajoutant à un corps, il peut le rendre moins lourd, il cite l'exemple d'un cube de plomb qui, attaché à un morceau de liège, surnage dans l'eau (p. 173). Evidemment, dans ce cas, la diminution du poids ne pourrait être que la conséquence d'une augmentation du volume. Toutefois, Guyton non seulement ne se donne point la peine de rechercher le poids spécifique des diverses substances dont il s'occupe, mais, étant donné les accroissements de poids qu'il constate, son hypothèse suppose nécessairement une densité de l'air immensément supérieure à ce qu'elle est réellement : alors que, cependant, il ne s'agit point là d'une constante entièrement inconnue à son époque. Plus d'un siècle auparavant Otto de Guericke avait tenté une première approximation (Cf. Rosbn- BERGER, Geschichte der Physik, vol. II, p. 149), et les données contenues dans le livre de Halbs, fort connu à l'époque et que Guyton cite à plusieurs

28â RAISON SCIENTIFIQUE ET RAISON PHILOSOPHIQUE

leur phlo^istique. Il contrôle et précise ces données par une série d'expériences faites avec une grande exactitude et arrive ainsi à établir qu il s'agit d'un phénomène tout à fait général et parfaitement déterminé au point de vue quantitatif. Cela était en grande partie nouveau, et c'était aller à l'encontre de la conception alors communément reçue parmi les chimistes, lesquels traitaient couramment les considérations quantitatives comme quelque chose d'à peu près indifférent au point de vue de la théorie ; plusieurs années plus tard encore, après les premières et vigoureuses attaques de Lavoisier, Macquer se déclarait parfaitement rassuré sur le sort du phlogistique, du moment que l'on ne pouvait faire valoir contre cette théorie que des raisons de quantité ^

Considérons maintenant toute une série d'expériences, relatées dans ce livre et ayant trait au bleu de Prusse. Guyton examine soigneusement la solubilité de ce corps dans les acides, ses propriétés magnétiques ainsi que celles des produits qu'il est susceptible de fournir, l'accroissement de poids que le fer subit en formant le bleu de Prusse, sa détonation avec le nitre, sa calcination en vase clos, les produits qui résultent de sa distillation, etc. Ces recherches servent à prouver que (contrairement à ce qu'avait affirmé Macquer, que Guyton, d'ailleurs, ne nomme nulle part à ce propos) « le phlogistique n'est pas la seule substance unie à la terre du métal » dans le bleu de Prusse et qu'il « n'y est pas pur », c'est-à-dire que « l'effet de la calcination ne se borne pas à enlever » au bleu de Prusse « le phlogistique identique » dont il est question dans d'autres réactions ^

Pourquoi cela nous paraît-il, à l'heure actuelle, si parfaitement oiseux ? Le lecteur voudra bien se rappeler ce

reprises (La statistique des végétaux et l'analyse de l'air, tr. Buffon, Paris, 1735, p. 150), auraient dû l'avertir à quel point il se fourvoyait. Mais, par le fait, il parle, la plupart du temps, comme si le phlogistique était absolument léger, c'est-à-dire comme si, en s'ajoutant à un corps, il était susceptible de contrebalancer n'importe quel poids.

1. Cf. Identité et réalité, pp. 179, 180 et Appendice II, p. 392.

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