Cf. Identité et réalité, pp
2. Platon, Timée. 35 a Voici la traduction de la phrase complète : « Dieu ayant pris les trois essences ainsi distinguées, les mélangea en une unique substance, accommodant par la violence la nature de l'Autre, nature rebelle, à celle du Même. » La portée véritable de ce texte nous semble résulter d'un rapprochement avec les passages Timée 28 a et 37 a, que nous avons cités p. 178.
Hobbes et de Leibniz sur la causalité et nous avons vu que Leibniz, notamment, a formulé, avec une grande netteté, le pnncipe de la raison suffisante et qu'il en a exigé l'application non seulement au divers dans le temps, mais encore à celui dans l'espace (chap. Y, p. 173). Nous avons dit aussi, d'autre part, combien Leibniz a insisté sur le rôle de l'identique dans les vérités nécessaires {ib., p. 128) et sur l'égalité de la cause et de l'effet {ib., p. 149). Ainsi voilà, semble-t-il, réuni tout ce qui fait le fondement de la théorie. Mais, on est bien forcé de le reconnaître, ce qui constitue le lien entre ces divers éléments, si impérieusement qu'une telle jonction semble s'imposer à l'esprit, ne se trouve nulle part nettement énoncé. Sans doute Leibniz déclare-t-il, dans maint passage, que toutes les vérités, quelles qu'elles soient, et par conséquent aussi celles qui pour nous sont de simples vérités d'expérience, doivent être, ddus l'esprit de Dieu, des vérités rationnelles et, donc, réductibles à des énoncés identiques ; seule la trop grande complication d'une telle entreprise, qui exigerait une analyse infinie, empêche qu'il en soit de même pour nous *. Et quelquefois, chez lui, le principe de la raison suffisante se trouve cité à la suite d'un exposé ayant trait au principe d'identité, de manière telle que l'on est pour ainsi dire poussé à conclure qu'il déduisait le premier de ces énoncés du second ', en concevant que, si nous cherchons les raisons des choses et égalons la cause à l'effet, c'est que nous voudrions réduire les vérités contingentes à des vérités nécessaires, ce qu'elles doivent être pour l'intelligence divine.
Mais, d'autre part, on constate que, le plus souvent, le principe de la raison sufQsante est formulé, à côté du principe d'identité, comme un énoncé entièrement indé-
1. Leibniz, Opéra philosophica, éd. Erdmann, p. 83 : «... m veriiatibus necessariis demonslratio sive reductio ad identicas locum habet... Al... veritaies contingentes infinita analysi indigent, quam soins Deus transire potesl. Unde ah ipso solo a priori ac cerle cognoscuntur. » Cf. Opuscules et fragments inédits, éd. Couturat, Paris, 1903, pp. 17, 272, et Couturat, La logique de Leibniz, Paris, 1903, p. 210.
2. Cf. par exemple Opuscules et fragments inédits, pp. 519 et suiv.
LE PARADOXE ÉPISTÉMOLOGIQUE 317
pendant et qu'il prend même parfois l'apparence d'une règle déduite de l'expérience, comme quand il dit : « Ce grand principe a lieu dans tous les événements et on ne donnera jamais un exemple contraire \ » Et légalité de la cause et de l'effet, en tant qu'elle se manifeste dans les lois du mouvement, est expressément déclarée « ne pas dépendre du principe de la nécessité, comme les vérités logiques, arithmétiques ou géométriques, mais du principe de la convenance, c'est-à-dire du choix de la sagesse [divine] S>.
On est donc forcé de conclure que si (ce qui paraît en effet probable) Leibniz a eu parfois le sentiment de la connexité des divers points de vue que nous avons rapprochés plus haut, sa conviction en cette matière n'était cependant pas assez forte pour ne pas s'oblitérer quelquefois, et qu'en tout cas cette connexité ne lui a pas paru assez évidente pour qu'il l'exposât expressément.
Gondillac n'aperçoit, dans le raisonnement, que l'identité parfaite. « Dans chaque équation les deux membres sont une même quantité, exprimée de deux manières » ; de même « la distinction de deux choses égales semble supposer deux choses qui, quoique égales sont différentes ; et cependant les deux raisons ne sont qu'une seule et même quantité. » Il s'applique à montrer que « pour être identique, une proposition n'est pas frivole », mais c'est parce que l'identité, qui est dans les idées, n'est cependant pas dans les mots. La faute en est à la langue que nous parlons, « car ce sont nos langues mal faites qui mettent les plus grands obstacles aux progrès des connaissances. Nous saurions inventer, si nous savions parler ; mais nous parlons avant d'avoir appris et nous n'aimons pas la simplicité. » Avec une langue bien faite, les découvertes seraient