Jean Key, Essais, Réimpression. Paris 1896, p
LE PARADOXE ÉPISTÉMOLOGIQUE 329
cipe de la conservation de l'énergie), déduit son énoncé, tout comme celui concernant l'inertie, de ce que « Dieu ne change jamais sa façon d'agir », d'où il découle qu'il « conserve le monde avec la même action qu'il l'a créé ^ ». Mais Descartes, on le sait, se trompe dans sa formule, et c'est Leibniz qui fournit l'énoncé juste de ce que l'on appelle le « principe de la conservation de la force vive ». Il le déduit, en le rattachant, à l'aide d'une démonstration par l'absurde, à l'égalité entre la cause et l'effet (cf. chap. V, p. 149). La conception leibnitienne s'élargit dans la suite et atteint enfin sa formule moderne chez J. R. Mayer, Colding et Joule. Mayer déduit son énoncé a priori, exactement de la même manière que Leibniz : « Les forces sont des causes et par conséquent il y a lieu de leur appliquer pleinement le principe causa aequat effectuni » dit-il, dans son fameux opuscule de 1842 ^ Colding raisonne d'une manière analogue, mais, en quelque sorte, plus apriorique encore, en déclarant que « puisque les forces sont des êtres spirituels et immatériels,... il est absolument impossible de concevoir que ces forces soient quelque chose de mortel ou de périssable^».
Enfin Joule, que Ton affecte souvent de considérer comme le type du savant « positif», n'hésite pas non plus à mettre en branle la déduction. « Nous pourrions déduire a priori, dit-il dans une de ses publications, qu'une telle
destruction de force vive ( — — ) ne saurait avoir lien, car
il est manifestement absurde de supposer que les forces dont Dieu a doté la matière puissent être détruites par l'action de l'homme ou créées par celle-ci ; mais nous ne sommes pas réduits à cet argument seul, quelque décisif qu'il doive paraître à tout esprit dénué de préjugé. » D'ailleurs les données numériques avxquelles Joule était par-