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3. ScHELLiNG s'est, de même, demandé si « les soleils ne sont que les aimants Jumineux de l'univers qui rassemblent autour d'eux, en la tirant de tous les •espaces, toute la lumière que produit la nature ». (Die Weltseele,&lc., Werke, 1" série, vol. II, p. 391.)

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tile de retracer ici, l'hypolhèse de la captation de radiations a dû céder le pas à celle de la désagrégation atomique, qui a été généralement maintenue depuis. Mais le fait même (ju'une supposition de ce genre ait pu surgir et qu'elle ait été agréée sans aucune répugnance par beaucoup de physiciens autorisés, montre clairement que nous aurions tort de considérer les conceptions du passé comme tout à fait périmées.

B. — Un emploi beaucoup plus précis, mais aussi plus restreint de la fonction spatiale nous est suggéré par « l'explication » des feuilles. Les feuilles n'ont changé ni de taille ni de contexture; elles ont changé de forme, mais si légèrement que l'identité dès deux états ne nous semble atteinte en rien : nous avons d'ailleurs l'habitude de ces sortes de changements, nous pouvons plier et déplier une étoffe et même replier de nouveau les feuilles à peu près telles qu'elles étaient avant et nous convaincre qu'il y a là une modification qui est réversible au plus haut point, qu'on peut faire et refaire dans les deux sens sans qu'il en reste trace pour ainsi dire dans l'être intime de l'objet qui l'a subie.

C. — Que si, maintenant, nous nous référons à la première partie de la phrase de Bossuet et que nous considérons qu'il nous faut prendre pour point de départ la graine de la plante, nous voyons que ce procédé ne nous suffira point. A supposer que Bossuet ait pensé, dans une certaine mesure, aux théories préformistes si en vogue à son époque, il nous faudra, pour que la plante, avec toutes ses parties, puisse trouver place dans la graine, non seulement la plier et la replier de mille façons diverses, mais encore en réduire, dans de très grandes proportions, la taille. Ainsi les théories préformistes de l'être organisé nous montrent que ce changement de taille n'apparaît pas^ à notre entendement, comme une modification rompant ; réellement l'identité. Sans doute, l'observation directe de l'être organisé est-elle pour quelque chose dans cette con- ; viction. Nous voyons sans cesse des êtres qui grandissent tout en conservant leur individualité et nous nous souve^ j

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nons fort h'icn avoir iious-mèmcs grandi dans ces conditions. Cependant celte expérience, telle quelle, ne suffit certainement pas. Elle est en effet fort incomplète, car si nous voyons les organismes grandir, nous ne les voyons pas diminuer — le processus par lequel ils dépérissent finalement ne ressemble en rien à celui qui les a fait croî- Ire — et, d'autre part, la ressemblance entre deux phases successives du même organisme n'est pas complète : un homme n'est pas simplement un enfant dont on aurait élargi toutes les proportions. La vérité semble être que la conviction en question, si elle peut être suggérée par l'être organisé, repose cependant en dernier terme sur les propriétés de l'espace lui-même, l'espace mathématique ou, pour être plus précis, celui de la géométrie euclidienne, dont la conception est édifiée sur le postulat bien connu, lequel nous garantit précisément la possibilité d'accroître ou de réduire à l'infini les dimensions d'une figure, sans modifier en quoi que ce soit les rapports des éléments qui la composent. Dans cet espace, donc, tout semble être proportion et rien que proportion, sans que nous ayons • le moyen d'imaginer une limite ni une grandeur absolue quelconques. Il se peut aussi du reste que, du moins pour les clairvoyanls, l'habiiude de voir notre image visuelle de l'objet changer constamment de taille joue un rôle considérable. Quand, étant assis, j'observe mon ami qui se promène dans la chambre, son image change de taille du simple au décuple, sans que ce fait frappe même mon attention, et certainement je n'éprouve pas l'ombre d'un doute en ce qui concerne son identité à travers ces changements \ C'est sur la conviction de cette analogie foncière, essen-

1. Trendele.nburg {Logische Unlersuchuiigen, vol. I", p. 267), après avoir fait ressortir que, selon Platon, la supériorité de Thomme sur les animaux est fondée sur le fait que le premier seul sait compter, exprime l'opinion que la similitude géométrique des figures de différente taille joue un rôle analogue, n'étant conçue que par les hommes. Il n'est cependant point douteux qu'un carnassier, dont l'oeil ressemble strictement à l'œil humain et dont les impressions visuelles doivent donc être tout à fait analogues aux nôtres, n'éprouve, de même, aucune hésitation en ce qui concerne l'identité de la proie dont il voit sans cesse changer la taille au cours d'une poursuite.

tielle, de cette quasi-identité entre des objets de taille trèf> différente que repose évidemment la possibilité des conceptions préformistes. La plante, quoique renfermée dans l'étroit pourtour de la graine, peut cependant déjà être la plante complète. Elle augmentera de taille, de masse, et elle aura besoin, pour ce faire, que de la matière lui vienne du dehors. Mais cette matière, elle se l'assimilera. Sans doute, le processus de cette assimilation reste pour le moment obscur, mais on ne doute point que l'on ne parvienne à l'expliquer un jour (c'est là, nous l'avons vu, la manière de procéder de toutes les théories). Ce qui est clair, c'est que cette matière assimilée viendra s'arranger exactement de la manière dont se trouvait disposée celle, qui constituait la grame. Elle en élargira simplement le pourtour, mais n'altérera en rien son essence '. Cette supposition ressemble en somme à ce que nous voyons se produire pour les cristaux ; sauf cependant que, pour ces derniers, la matière qui s'ajoute vient se poser simplement sur le pourtour extérieur, alors que dans un organisme elle s'msinue partout dans son intérieur.

Il est certain qu'aux xvii^ et xviii« siècles on n'apercevait aucune difficulté à utiliser l'espace de cette manière ; on supposait la nature physique ùidétmiment proportionnée et pareille à elle-même, comme l'espace. C'était là évidemment la condition préalable de la théorie de l'emboitement des germes et, cette condition une fois acceptée, on n'éprouvait aucune répugnance à admettre que les germes, si petits qu'ils nous parussent, en renfermaient d'autres « à proportion desquels ils peuvent passer pour grands, car tout va à l'infini dans la nature » comme le dit Leibniz —

1. Hegel a fort bien saisi ce fait que les e--Plications causales mettent fréauemment en œuvre une modification de la taille. « 11 y a, dit-il, au fond, ^rdTnpSe d'une naissance graduelle cette -nception qu^ ce qu. na^^^ ^tait fl^ià nrésent au point de vue sensible ou, en général, de manière reeiie

tu lî n-ftaU rmperc'eptible qu'à cause de sa petitesse, cj-ieme que pour une disparition graduelle, on suppose que le non-etre ou 1 « '^^/''^^'^^^"^'j^^^,'^^ prend irplace éfait également présent ma s non pas P-|'f^«P ^^^^^^^^^ ainsi en général la naissance et la disparition ... ou on les ti ansforn e en une petitesse de l'existence extérieure. » {Wissenschaft der Logik, 1 partie, vol. II, p. 497.)

ij:s modalités de l'k.vi'lication si'ATiALi!; 27:{

ou soiiiio maillé soi aux iuliiiiuicul. petils de divers ordres quipc'UveuL être iuliiiimeut j^rauds à l'ép^ard l'un de l'autre ; il est fort possible que Leibniz lui-même y ait pensé en effet, bien que la supposition soit évidemment plus plausible encore, à ce point de vue, en physique qu'en mathématiques, car le fi:erme, si petit qu'on se le figure, ne le sera jamais iiifininient. La conception de la réduction illimitée de la taille des êtres organisés est d'ailleurs antérieure à Leibniz et, donc, au calcul infinitésimal. On la trouve en effet exprimée chez Pascal dans le fameux passage sur le ciron. « Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, divisant encore ces dernières choses, il épuise ses forces en ces conceptions, et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours : il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là dedans un abîme nouveau. Je lui veux peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y voie une infinité d'univers dont chacun a son firmament, ses planètes, sa terre, en la même proportion que le monde visible ; dans cette terre, des animaux, et enfin des cirons dans lesquels il retrouvera ce que les premiers ont donné ^.. » Une confirmation amusante de cette foi inébranlable de l'époque en la proportionnalité de la nature nous est fournie par l'admirable Gulliver de Swift. Ses Lilliputiens et ses Brobdignaghiens ne diffèrent de nous que par la taille, mais pour tout le reste ressemblent absolument aux hommes que nous connaissons ; de même tout ce qui les entoure, plantes, animaux, est à leur taille, sans différer autrement des types qui nous sont familiers. On peut facilement [ observer, du reste, qu'à l'heure acluelle encore des fan-

1. Pascal, Pensées e< opuscules, éd. Brunschvicg, 8» éd., Paris, 1917, p. 349.

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taisies de ce genre ne semblent pas trop choquantes à l'imagination de la masse des lecteurs même instruits ; c'est ainsi que M. Wells, dans son roman (d'ailleurs fort beau et psychologiquement profond) intitulé La nourriture des dieux, a pu présenter une conception tout à fait analogue à celle de Swift ; ses géants aussi, y compris les animaux, se comportent et notamment se meuvent, la taille mise à part, absolument comme les êtres qui nous sont familiers.

Or, non seulement cela n'est pas admissible, mais déjà antérieurement aux découvertes modernes (dont nous allons parler tout à l'heure et qui nous montrent les raisons profondes de cette impossibilité) on aurait pu s'en apercevoir. C'est, en effet, précisément dans la constitution des organismes que le défaut de proportionnalité dans la nature se manifeste clairement. Un grand chien n'est pas simplement la copie agrandie d'un petit chien, la proportion des diverses parties est modifiée et la tête, par exemple, relativement plus petite ; un connaisseur pourra certainement, si on lui présente la photographie d'un chien, indiquer très approximativement la taille de l'animal. D'ailleurs l'observation la plus superficielle nous apprend que les grands animaux se meuvent tout autrement que les petits. Les sauts d'une puce, en proportion de sa taille, nous apparaissent prodigieux, et nous sentons instinctivement qu'un animal plus grand ne pourrait pas se conduire de cette façon ; en effet, à mesure que leur taille croît, les animaux sont^ construits d'une façon de plus en plus massive et leurs mouvements deviennent, relativement, de plus en plus lents : l'éléphant habituellement ne marche plus qu'au pas et ne trotte qu'avec difficulté et dans de rares occasions.

Mais aux yeux d'un physicien ou d'un biologiste moderne la diminution indéfinie de la taille d'un organisme apparaît comme une impossibilité beaucoup plus palpable encore qu'on ne pouvait le concevoir aux époques qui nous ont précédés. Il a la conviction que la nature n'est pas continue, qu'elle est au contraire formée

Li:s MoDAriTLS DE l'expucation spaïiali: 27o

di" pai'liculcs discrètes ayaul uii(3 laille di'linic. Les germes de Leibniz^ par suite de leurs réductions successives, se trouveraient rapidement ramanés à des dimensions moléculaires et sous-moléculaires et, dès lors, placés dans un monde qui, sans doute, constitue le nôtre, mais cpii n'a avec lui aucune ressemblance *. D'ailleurs, à supposer que ce germ3 ne (ut pas plus grand qu'une molécule — comm? cette molécule est un individu, indestructible ou (si on le suppose, d'après les idées plus récentes, composé d'électrons) ne fournissant des parties que par une destruction radicale qui fait naître des choses essentiellement différentes — il faudra que le germe soit composé d'une molécule unique, ce qui contredit évidemment l'idée que nous nou^ en faisons. Mais il y a plus, et quoique nous n'ayons que des idées très vagues sur la constitution des cellules, il paraît infiniment probable à l'heure actuelle qu'elles ne peuvent subir une réduction de leur taille que dans des proportions strictement limitées, si toutefois elles doivent continuer à accomplir la fonction spécilique qui leur est dévolue. La cellule germinative, en particulier, a certainement une structure très complexe ; elle contient des groupements variés, se composant de sous-groupements et, en dernier terme, de grosses molécules de corps albuminoïdes, etc. Si l'on veut s'imaginer tout cela réduit en taille, mais conservant partout les mêmes dispositions, on est forcé d'admettre qu'on a réduit également les dimensions des molécules. Or, celles-ci sont par essence irréductibles ; leur taille est d'ailleurs un élément déterminant les propriétés du corps qu'elles composent, c'està-dire de ce qui nous apparaît comme qualitatif. L'albumine dont les molécules n'auraient pas la grosseur voulue, ne serait plus de l'albumine et ne pourrait pas assumer le rôle que celle-ci joue dans l'organisme, et de même l'eau ne serait plus de l'eau. On peut rendre immédiate-

1. Maxwell, dans un passage dont nous nous sommes déjà servis (chap. V, p. 164), à propos de la distinction entre les propriétés de la matière palpable et celles des molécules, a fait ressortir cette différence entre le monde moléculaire et le nôtre.

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