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Nie. LÉMEny, Cours de chymie, Paris, 1756, pp

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division du coi'ps en parlics 1res lénucs et très lisses, qui se glissent dans les pores du menstrue, de manièi-e à former un fluide unique. Mais cette division des parties qui constituent le lout ne saurait s'e(Teclu(3r si la liqueur chargée de dissoudre ou de diviser ne pénétrait les pores du corps à dissoudre. Il en résulte évidemment cpie tout dissolvant doit èlre formé de parties cpii, par leur ligure et leur taille, c'est-à-dire leur diamètre, correspondent aux pores du corps à dissoudre : une liqueur donnée ne pourra donc dissoudre tous les corps, mais seulement certains corps. D'ailleurs, un corps quelconque est construit et tissu de parlicules qui ne sont pas toutes semblables entre elles, mais au contraire fort dissemblables ; ces particules ont des figures et des dimensions très différentes. Les variations de la texture, de la position et de la disposition de ces particules donnent à un môme corps des pores divers : on en conclut sans peine qu'il doit exister divers menstrues dont les plus petites parties puissent pénétrer les pores de ce corps. Gela posé, il est aisé de comprendre pourquoi l'eau-forte dissout les métaux, mais non point la cire ou le soufre, eï de même pourquoi elle dissout l'argent et non pas l'or ; et pourquoi l'eau-régale dissout l'or et non pas l'argent ^ »

On pourrait, à la vérité, s'étonner de la persistance de ces raisonnements mécanistes dans une branche de savoir qui, comme la chimie d'alors, parait, au contraire, fort adonnée à des raisonnements qualitatifs. Il faut observer tout d'abord que Descartes se tient tout à fait en dehors de la chimie de son époque et que Boyle même ne rentre que très partiellement dans son cadre. Le cas est différent pour Lémery et pour Stahl. Mais les passages que nous venons de citer montrent précisément que la domination des conceplions qualitatives était moins absolue qu'on ne le jugerait à première vue ; une sorte de sous-courant mécaniste persistait, dérivant sans doute des anciens, mais

1. D.-D. Georgii Ernesti Stahlii... Fandamenta. chymiae dogma.tico-ra.tiouaUs et experimentalis, Nuremberg, 1732, pars I, sectio i, cap. ii, p. 8.

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renforcé par la grande intluencc de la théorie cartésienne en physique. Il convient encore d'ajouter qu'en un certain sens C3 recours aux explications spatiales était, pour un chimiste d'alors, tout à fait indiqué. En effet, le nombre des éléments dont on disposait en vue des explications était fort restreint et il était entendu — puisque aussi bien ces éléments étaient surtout des êtres de raison — qu'on ne devait leur attribuer qu'un nombre de qualités limité. Dès lors, pour expliquer des différences d'action entre corps par ailleurs analogues (comme l'étaient, par exemple, les divers acides ou les divers métaux) et que l'on supposait donc semblablement constitués, la tentation était grande de recourir à l'artifice éternel des figures.

Mais à partir de Stahl, des déductions de ce genre se font de plus en plus rares. Les phlogisticiens, au moment où leurs théories triomphent sans conteste, semblent avoir à peu près oublié ce côté de l'enseignement de leur maître, et ni Lavoisier, ni ses successeurs ne paraissent disposés à ressusciter un type d'explications qui, de Lucrèce à Lémery, avait paru si particulièrement démonstratif. Même après que, par Dalton, Avogadro et Ampère, les conceptions atomistes ont pris, en chimie, une place importante et qui, peu à peu — à travers, il est vrai, des obstacles et des résistances considérables — devient dominante, la science ne retourne point vers ces errements anciens. Très certainement, aucun chimiste de la seconde moitié du xix** siècle (pour ne parler que de cette époque du passé assez proche pour que nous puissions, d'un coup d'œil, juger de ses tendances), n'aurait eu l'idée d'expliquer la diversité de l'action des acides sur tel ou tel corps particulier, en attribuant aux particules de l'acide ou aux pores du corps attaqué une figure particulière.

C'est qu'entre temps les théories en chimie ont subi un bouleversement profond, bouleversement que la « révolution » lavoisienne vient confirmer sans doute, mais qui ne coïncide pas avec cette révolution, qui se trouve déjà en grande partie accompli au moment où elle éclate et qui s'en distingue du reste en ce qu'il s'opère lentement et

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pi'csciao insoiisihlcnu'iil. Ce l)oulevcrsemont concerne le concept de l' « éiéinenl » eliinii([ue. A vrai dire, ses commencements ou du moins ses prodromes datent de loin. - On trouve dans le ScepUcal C/iymist de lîoyle toute une série d'extraits commençant par Roger liacon et où l'indestructibilité de l'or par les opérations chimiques est nettement allirmée '. C'est ainsi que, parce qu'on reconnaît la l'utilité des prétendues transmutations, s'établit peu à peu la conviction qu'il existe des corps qu'aucun des moyens que nous pouvons mettre en œuvre ne saurait décomposer. Ces corps, tout d'abord, ne sont pas, pour cela, considérés comme éléments : la conception de l'élément purement qualitatif, conférant aux composés qu'il forme une propriété nettement défmie, a encore trop de prise sur les esprits. C'est au point que Boyle lui-même, dont l'ouvrage cité est précisément consacré à combattre à la fois les conceptions des péripatéticiens et celle des partisans de Paracelse et à établir la notion de l'indestructibilité en question, considère que ces corps inaltérables (dans le nombre desquels il semble compter les métaux ou du moins certains d'entre eux, tels que l'or, l'argent et le mercure — mais aussi le verre), sont cependant des mixtes, mais dont les parties sont si intimement liées les unes aux autres, qu'elles ne peuvent être séparées par des moyens de laboratoire. Mais l'opinion commune des chimistes dépasse bientôt ce point de vue et, dans le courant du xviii" siècle, tout en conservant, pour la forme, la notion des éléments d'Aristote ou de Paracelse, on en arrive cependant peu à peu à concevoir, dans la pratique, l'existence d'un nombre considérable de substances élémentaires diverses, constituant une limite à toute tentative de décomposition (ou, comme le dit Boyle, d' « anatomie ») chimique. La carrière scientifique de Stahl se trouve, à ce point de vue, pour ainsi dire à cheval sur deux époques, et il est curieux d'observer comment l'évolution se poursuit au travers de son œuvre, sans que Stahl lui-même, considéré

1. Robert Boyle, The Sceptical Chymist, Londres s. d. (Dent), pp. 100-101.

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comme le grand maître et le législateur du savoir chimique de l'époque, y prenne une part vraiment active, ni même, semble-t-il, parvienne à avoir une conscience nette de ce phénomène si gros de conséquences. Au début de sa carrière, Stalil proclame hautement sa foi en l'existence d'une substance appelée Elixir ou Teinture et dont la principale propriété consistait à transmuer les métaux ; il affirme aussi expressément la possibilité d'une transmutation du plomb. Plus tard, au contraire, il combat énergiquement les prétentions des alchimistes, sans déclarer toutefois qu'il considère les chaux métalliques comme de véritables éléments '. C'est cette dernière opinion qui devient courante parmi les phlogisticiens de la seconde moitié du xviii" siècle et Lavoisier, en proclamant que « le dernier terme auquel parvient l'analyse, toutes les substances que nous n'avons encore pu décomposer par aucun moyen, sont pour nous des éléments », est d'accord avec l'opinion courante des chimistes contemporains ^ Bien entendu, de par sa théorie, la nature de ces éléments se modifie profondément : ce sont maintenant les métaux eux-mêmes que nous considérons comme tels, les chaux n'étant que les combinaisons avec d'autres substances, les « métalloïdes », qui nous apparaissent également comme élémentaires, ei principalement, comme on sait, avec l'oxygène. De ce chef donc, la chimie de nos jours pose l'existence d'une multiplicité considérable de substances (plus de 70 à l'heure actuelle) qui diffèrent essentiellement l'une de l'autre, et des savants autorisés (Helmholtz, Armand Gautier, Etard) ont pu écrire, il y a quelques lustres, que la « constance des éléments » constituait un principe fondamental de la chimie moderne ^ Nous verrons tout à

1. Cf. Herman Kopp, Die Alchemie in nelter-er iind neuerer Zeit, Heidelberg, 1886, vol. I, p. 69-72.

2. M. Werner (Xeuere Anschauanffen, etc., Brunswick, 1913, p. 1) définit : « On nomme éléments des substances homogènes qui sont indécomposables par la plupart de nos méthodes analytiques. » Il y a là, on le voit, une tentative d'adapter cette définition traditionnelle aux conceptions sur la variabilité des éléments chimiques.

3. Cf. Idéalité et réalité, p. 237. — Aug. Comte a certainement interprété les tendances fondamentales de la chimie de son temps avec beaucoup de

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riieui'C (jiio la siliialion, en lôalitô, n'a jamais élc aussi nelle qu'elle apparaît à première vue et que, dans les tout derniers temps, elle a sensiblement évolué dans le sens inverse. Il n'empêche que l'inlluence de ces conceptions sur la l'orme des explications en chimie a été décisive.

Du moment, en effet, où le soufre doit être considéré comme une matière différant essentiellement de l'azote, comme le cuivre de l'argent, il devient pour le moins oiseux de rechercher si la manière différente dont les acides nitrique et sulfurique se comportent à l'égard de ces deux métaux ne pourrait pas être expliquée par la forme diverse des particules acides ou par celle des pores des métaux, comme l'avait présumé Lémery. Cette divergence doit être au contraire fondée sur les propriétés intimes de ces diverses substances élémentaires, sur leurs propriétés essentielles. Ainsi, nous sommes obligés de considérer la chimie moderne, en cette matière, comme moins mécaniste, moins encline à recourir à des explications par les figures que ne l'était celle d'il y a plus de deux siècles. Ce fait est dû, comme nous l'avons indiqué tout à l'heure, à ce que les éléments chimiques d'aujourd'hui sont en nombre beaucoup plus grand que ceux d'alors et jouissent, ayant une base expérimentale infiniment plus large, d'un nombre de propriétés en quelque sorte indéterminé. Mais il est curieux de constater qu'alors que l'évolution de la chimie apparaît comme s'étant déroulée, en général, dans un sens défavorable à la prédominance de la qualité, c'est le contraire qui s'est produit au point de vue qui nous occupe à présent. Cela montre, soit dit en passant, qu'il n'est pas toujours sans danger, en épistémologie, de trop schématiser les divers courants scientifiques et que le détail de l'histoire des sciences a

fidélité, en affirmant que « les propriétés chimiques sont radicalement spécifiques», mais que « toutes les données fondamentales de la chimie devraient, en dernier lieu, pouvoir se réduire à la connaissance des propriétés essentielles des seuls corps simples », de sorte que la chimie « a pour objet final, étant données les propriétés de tous les corps simples, (de) trouver celles de tous les composés qu'ils peuvent former » (l. c, vol. IIIjï'pp. 12, 15, 18).

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