TOME I
292 LA MARCHE DE l' EXPLICATION
son prix pour qui veut suivre le mouvement des idées dans ce domaine et en tirer des conclusions. Mais, encore un coup, le changement d'attitude dont il est question ici s'est produit en pleine période du phlogistique. C'est ce qui fait que Fourcroy, dans son admirable exposé de l'histoire delà chimie, considérant surtout, comme c'était naturel, la théorie du phlogistique sous la forme qu'elle avait revêtue en dernier lieu, oppose les explications mécanistes de Lémery aux conceptions de Stahl * ; alors que, nous venons de le voir, Stahl lui-même a, au contraire, fait usage d'explications entièrement semblables à celles de Lémery.
La plus importante des propriétés dont on est obligé de doter les nouveaux éléments est celle par laquelle on prétendra résumer leur manière de se comporter dans les réactions chimiques, c'est-à-dire ce qu'on arrive à définir comme leur affinité. C'est ce qui fait qu'à partir de ce moment des considérations concernant l'affinité prennent, en chimie, une place considérable. Geoffroy qui publie, le premier, en 1718, une table de ces « affinités », a immédiatement beaucoup d'imitateurs. Les plus connus, dans la période prélavoisienne, sont Sénac et Macquer *. Ce n'est pas le lieu ici de relater l'évolution que ce concept de l'aftînité (supposée primitivement immuable) a subie à son tour. Constatons simplement qu'il a paru, surtout pendant une certaine période, dominer la chimie entière : c'est l'affinité qui était considérée comme la cause principale des phénomènes chimiques, c'est à elle que pensait, en premier lieu, le théoricien qui cherchait à expliquer ces phénomènes.
Fourcroy, parlant du mouvement qui s'est produit, en chimie, dans la première moitié du xvm" siècle, à la suite des travaux de Stahl, déclare qu' « aucune découverte n'est plus éclatante dans cette époque des grands travaux
1. Encyclopédie méthodique, Chimie, pharmacie et métallurgie, vol. III, Paris, an IV, p. 332.
2. G. CuviER, Histoire des progrès des sciences naturelles, etc. (CEuvres de BuFFON, Supplément), vol. I, Paris, 1826, p. 21.