‹ De l'explication dans les sciencesChapitre 109 sur 123 · Duhem, Le mixte, Paris, 1902, p · texte numérisé non relu

Duhem, Le mixte, Paris, 1902, p

294 LA MARCHE DE l'eXPLICATION

calorique, le fluide électrique, etc., figurer à côté de l'oxygène et de l'azote, comme entrant dans des combinaisons avec d'autres éléments. Sans doute, les explications ressortissant à ces théories qualitatives mettent-elles également en œuvre le concept du déplacement : nous l'avons vu à propos du phlogistique, et il est évident que la théorie de Black tire, de même, toute sa vigueur de ce que l'on peut siiwre le calorique au moment où il passe d'un corps à un autre. De même, enfin, le concept entier de l'élément chimique repose sur son indestructibilité ; et si l'on serait embarrassé de dive pourquoi il confère à telle ou telle combinaison où il entre telle ou telle propriété, on sait du moins que ces propriétés seront toujours les mêmes et que, si l'on parvient à dégager l'élément lui-même, on le retrouvera avec des propriétés toujours identiques. Mais ce que transportent ces fluides et ces éléments, ce ne sont plus des particules figurées, mais des propriétés essentielles, dont, du moins pour le moment, on ne recherche pas l'explication.

Cependant, bien entendu, ce triomphe des idées qualitatives n'empêche aucunement que, sous une autre forme, on fasse appel à des explications directement spatiales. Lavoisier déjà et ses collaborateurs immédiats sentent qu'il ne suffit pas de connaître quels sont les éléments qui forment un composé, mais qu'il est encore indispensable d'indiquer de quelle manière ils y sont groupés ; car on a beau s'imaginer les « éléments » irréductibles l'un à l'autre (nous verrons tout à l'heure que ce n'était même pas là la pensée de Lavoisier, du moins sa pensée tout entière), on est obligé de reconnaître qu'il existe entre leurs combinaisons des analogies frappantes et qui ne peuvent évidemment en grande partie dériver que de ce mode de groupement. C'est ce qui fait que la nouvelle nomenclature, que Guyton de Morveau élabore de concert avec le maître, traduit immédiatement les idées que les anti-phlogisticiens se font à ce sujet. Ces idées, la génération suivante les recueille fidèlement et, tout en y apportant des modifications et des précisions suggérées par des découvertes im-

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