LES MODALITÉS DE LE.VPLICATION SPATIALE
portaiilcs (telles que le remplacem(înl du murium par le chlore, la détermination de la vraie nature des alcalis, et surtout les lois des proportions définies et des proportions multiples), en laisse cependant del)out les f?randes lij^nes. Enfm Berzélius la codilie en un corps de docirine, qu'il rattache aux phénomènes électriques. Mais Berzélius entend aussi applicpiM^ sa théorie électro-chimique aux corps de la chimie orj^anique, ci là il devient manifeste du premier coup que le concept du mode de groupement doit s'imposer à l'attention beaucoup plus encore dans la chimie minérale. En effet, on constate immédiatement qu'un grand nombre de substances, tout en contenant les mômes éléments dans des proportions identiques, manifestent cependant des propriétés très différentes. Evidemment, quelles que soient les qualités qu'on attribuera aux éléments, elles seront inopérantes en l'occasion, et le groupement seul pourra expliquer quelque chose. Aussi, les vagues tentatives de la théorie de Berzélius sont-elles bientôt remplacées par les conceptions, beaucoup plus précises et mieux adaptées aux faits des théories de Dumas, Laurent et Gerhardt, et il est intéressant de noter comment, dans cette évolution, le concept de l'influence du groupement d'une part et celui des qualités inhérentes à l'élément d'autre part, s'opposent l'un à l'autre. Quant J.-B. Dumas, à la suite de sa mémorable découverte de l'acide trichloracétique, développe ses idées sur les substitutions, la supposition que des éléments, en apparence dissemblables, puissent se remplacer l'un l'autre dans une molécule et jouer dès lors un rôle analogue, choque à tel point l'opinion commune des chimistes, que Liebig, qui était cependant loin de partager toutes les idées de Berzélius, qui avait, peu de temps auparavant, conclu avec Dumas une sorte d'alliance et qui paraissait même disposé à admettre, jusqu'à un certain point, sa manière d'interpréter la genèse de l'acide trichloracétique, n'hésite point à publier, dans ses Annales, une attaque des plus grossières contre son associé de toul à l'heure. C'est la fam3U3e lettre signée S. C. H. Windler [Schwindler, farceur, escroc) et où l'auteur annonce qu'il
a remplacé, dans l'acétate de manganèse, non seulement l'hydrogène,, mais encore le métal, l'oxygène et même le carbone par du chlore, et que le produit, uniquement constitué par du chlore, conserve toujours les propriétés de l'acétate de manganèse. Il ajoute : « Je viens d'apprendre qu'il y a dans les magasins, à Londres, des étoffes en chlore filé, très recherchées dans les hôpitaux et préférées à toutes pour bonnets de nuit, caleçons, etc. '. »
On sait d" ailleurs combien ces résistances furent vaines. Liebig lui-même, quelques années plus tard, revint sur son erreur et célébra les mérites scientifiques de J.-B. Dumas, en lui dédiant un de ses ouvrages '.
Depuis cette époque les hypothèses concernant le mode de groupement des atomes élémentaires ou, comme on dit maintenant, la structure de la molécule, ont pris, en chimie, une place de plus en plus considérable. Ce sont, à l'heure actuelle, de véritables figures géométriques auxquelles on a recours, et il suffit de jeter un coup d'œil sur un manuel de chimie organique pour se convaincre que c'est réellement aux propriétés de ces ligures qu'on fait appel pour expliquer d'abord l'existence des isoméries et, ensuite, du moins dans la mesure où cela parait possible, les propriétés particulières les caractérisant ^ Ainsi la grande découverte de Kékulé, celle qui a fait triompher définitivement les conceptions « structurales », c'a été l'observation que le nombre des isoméries du groupe benzénique était susceptible d'être « expliqué » par les propriétés d'une figure d'hexagone ; et les chimistes, depuis, ont éprouvé comme un sérieux inconvénient le fait que cette conformité n'est pas tout à fait complète, l'alternance des liaisons simples et doubles dans l'hexagone ne fournissant pas d'isomérie. De même, on. motive la facilité des con-
1. Cf. Ladenbcrg, Histoire du développement de la chimie, etc. trad. A. CoRvisT, 2" éd., Paris, 1911, pp. 121, 152, 169.